Agriculture : Les jardiniers amateurs ont enfin le droit d’acheter des semences paysannes

BIODIVERSITE Depuis le 11 juin, les semences paysannes, issues de la récolte des agriculteurs, peuvent être vendues à des jardiniers amateurs, pratique jusque-là interdite. Une bonne nouvelle pour la biodiversité ?

F.P.

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Les visiteurs attrapent des graines de blé lors de la journée d'ouverture du salon de l'agriculture
Les visiteurs attrapent des graines de blé lors de la journée d'ouverture du salon de l'agriculture — Tobias SCHWARZ / AFP
  • La loi relative à la transparence de l’information sur les produits agricoles et alimentaires, parue au Journal officiel le 11 juin dernier, autorise la vente de semences paysannes aux jardiniers amateurs.
  • Une victoire importante pour les collectifs d’agriculteurs et de paysans, qui demandaient depuis des années ce droit de pouvoir vendre leurs propres semences, pratique interdite depuis 1932.
  • Mais ce n’est qu’une étape. Cette loi ne permet toujours pas aux agriculteurs et aux professionnels d’acheter des semences paysannes.

« Je n’arrive pas à comprendre comment on a pu se faire spolier ce droit de planter ce que la nature nous a donné », fulminait le chef étoilé Olivier Roellinger, devant les caméras de Cash Investigation, il y a un an. Son coup de gueule portait sur l’interdiction de vendre des semences paysannes, ces graines issues de la propre production d’un agriculteur.

« Un grand pas pour la biodiversité »

La pratique a longtemps eu cours avant d’être interdite en 1932. Seules les semences d’une variété inscrite au Catalogue officiel des espèces et variétés de plantes cultivées étaient alors autorisés à la vente.

Après une longue bataille, les collectifs de paysans et d’agriculteurs désireux de vendre leurs propres semences ont obtenu une première victoire le 11 juin dernier, avec la parution au Journal officiel de la loi relative à la transparence de l’information sur les produits agricoles et alimentaires. Elle autorise la vente ou l’échange de semences paysannes aux jardiniers amateurs. « Un grand pas pour la biodiversité », réagit, sur Twitter, Barbara Pompili, députée de la Somme et présidente de la commission du développement durable à l’Assemblée nationale.

Une pratique qui sort de l’illégalité

C’est que les critères de ce catalogue officiel répondent surtout à l’agriculture intensive. « Des plantes homogènes et stables, qu’on va planter pratiquement toujours aux mêmes dates, qui vont pousser toutes de manière identique », pestait Olivier Roellinger, toujours au micro d’Elise Lucet. Le restaurateur voit alors dans cette standardisation des légumes une perte importante de biodiversité. « En cent ans, 75 % des légumes et fruits cultivés ont disparu », évaluait-il, s’en prenant aux multinationales de l’agroalimentaire [Monsanto, Syngenta, DuPontDow] qui brevettent les semences et ont les fonds pour l’inscrire au catalogue. « Ils se sont approprié le vivant », déplorait-il.

Concrètement, cette loi du 11 juin entérine une pratique qui était plus ou moins tolérée ces dernières années, des associations comme Kokopelli vendant déjà des semences paysannes à des amateurs. « La loi du 11 juin est une victoire, c’est assez historique, commente tout de même Ananda Guillet, président de Kokopelli, interrogé par Libération. Pour la première fois depuis la création de notre association, il y a vingt ans, on est en pleine légalité. Si on nous attaque en justice, la loi française nous protégera. » Ananda Guillet voit aussi dans cette nouvelle autorisation la possibilité pour de nombreux autres acteurs de se lancer dans la vente de semences paysannes. A commencer par de petits maraîchers ou d’autres agriculteurs, indique-t-il, toujours dans les colonnes de Libération.

Juste une étape ?

Ça ne reste toutefois qu’une étape dans la bataille que mènent, depuis des années, les collectifs de paysans et d’agriculteurs désireux de vendre leurs propres semences, et leurs soutiens politiques. Cette loi ne permet toujours pas aux agriculteurs et aux professionnels d’acheter des semences paysannes, note par exemple Novethic, média spécialisé dans l’economie responsable.

Barbara Pompili invite aussi à mener ces mêmes combats à l’échelle de l’Union européenne.