Bretagne : « On en devient fou »… L’appel au secours des agriculteurs face aux ravages des corbeaux

NATURE En Ille-et-Vilaine, des parcelles entières de maïs ont été décimées par les oiseaux cette année

Camille Allain

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Des agriculteurs réunis au milieu d'un champ de maïs à Cesson-Sévigné, près de Rennes. Ils dénoncent les ravages des corbeaux dans leurs cultures.
Des agriculteurs réunis au milieu d'un champ de maïs à Cesson-Sévigné, près de Rennes. Ils dénoncent les ravages des corbeaux dans leurs cultures. — C. Allain / 20 Minutes
  • En Ille-et-Vilaine, les agriculteurs font face à des populations de corbeaux très nombreuses.
  • Les oiseaux viennent détruire leurs cultures de maïs en dévorant la graine.
  • Ils demandent aux autorités de réguler leur nombre et à la population de comprendre leur démarche.

« J’ai tout essayé. Le canon, les cages, les épouvantails. J’ai fini par rouler dans mon champ en voiture deux fois par jour avec mon père pour les effrayer ». Hervé Sarrazin est dépité. Planté au milieu de ses petits semis de maïs, l’éleveur de taurillons installé à Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine) fait face à un prédateur très intelligent en ce début d’été. Alors que ses homologues du Finistère et des Côtes d’Armor pleurent leurs pertes à cause du choucas des tours, lui est entré en guerre contre le corbeau. L’oiseau noir souvent symbole de malheur rendu célèbre par l’œuvre d’Hitchcock est devenu le cauchemar des agriculteurs depuis qu’il a proliféré autour de la capitale bretonne. « Ma femme me dit que je suis cinglé », ajoute Mickaël Heurtin.

Chaque jour, cet éleveur de vaches installé à deux pas de Rennes se rend dans ses champs de maïs pour chasser les corbeaux. « Si on ne le fait pas, ils ravagent tout et il faut ressemer. On perd de l’argent, du temps et on perd du rendement. Mais c’est surtout moralement, que c’est déprimant. On ne dort plus la nuit, on en devient fou », explique l’agriculteur.

Illustration d'un corbeau, ici dans un parc à Paris.
Illustration d'un corbeau, ici dans un parc à Paris. - Ludovic Marin / AFP

Toujours présent dans la région, le corbeau a vu ses populations se multiplier, tout comme les pies, les corneilles, les pigeons et les choucas des tours. Très intelligents, ces oiseaux parviennent à repérer les graines de maïs quand elles sont plantées et viennent en faire leur goûter. « Depuis quinze jours, c’est la folie. On n’arrête pas de nous appeler. Les agriculteurs ne savent pas quoi faire », explique Christian Mochet, membre du bureau de la FDSEA d’Ille-et-Vilaine.

« On n’est pas contre la biodiversité mais il faut la maîtriser »

Le premier syndicat agricole français sait qu’il marche sur des œufs avec ce sujet. Car sa demande est assez claire. « Il faut limiter les populations. On n’est pas contre la biodiversité mais il faut la maîtriser. Là, ce n’est plus tenable », explique Jimmy Guérin, président des Jeunes agriculteurs du département. Autrement dit, il faut en tuer.

Plusieurs problèmes se posent alors : les associations environnementales s’y opposent, la population le perçoit assez mal et les chasseurs, dont la population est vieillissante, ne sont pas toujours intéressés pour venir « tirer » des oiseaux bien plus rusés qu’eux. « Ils doivent venir camouflés tôt le matin et attendre. Si un chasseur en tape dix dans une journée, c’est un tireur d’élite », glisse un éleveur.

D’après les agriculteurs, les corbeaux sont parfois plusieurs centaines à envahir leurs champs, décimant les cultures destinées à nourrir leurs bêtes. Et le confinement a visiblement accentué leur prolifération. « La chasse était interdite, ils étaient tranquilles », explique le responsable de la FDSEA. Les captures en cage et les canons d’effarouchement ne suffisent plus.

« L’impression de passer pour des assassins »

En plus de la chasse, les agriculteurs s’interrogent sur la possibilité de neutraliser les œufs comme c’est le cas pour les goélands par exemple. « Le problème, c’est qu’on a l’impression de passer pour des assassins. Mais il faut que les gens sachent. Quand on doit ressemer, c’est du temps à passer, du fioul à dépenser, du produit [phytosanitaire] à racheter », ajoute un autre paysan du coin.

Les agriculteurs en appellent à l’aide et craignent que la situation ne se renouvelle en septembre au moment de semer le blé. « Il faut agir, sinon, on court à la catastrophe », implore Mickaël Heurtin.