Landes : Deux pêcheurs professionnels condamnés pour une pêche au filet encerclant près de la côte

SECURITE La technique de la pêche au filet encerclant, qui se pratique près des côtes, est remise en cause par des associations qui l’estiment dangereuse et portant atteinte aux ressources halieutiques

Mickaël Bosredon

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Illustration de pêche au filet encerclant près de la côte landaise
Illustration de pêche au filet encerclant près de la côte landaise — Sea Shepherd
  • Deux pêcheurs de Capbreton, un fils et son père, ont été condamnés à 5.000 euros d’amende dont 3.000 avec sursis pour violation de la réglementation en matière de pêche, et mise en danger de la vie d’autrui.
  • L’association Sea Sheperd avait déposé plainte contre eux en 2018, à cause de leur pratique de pêche au filet encerclant.
  • Cette technique consiste à tourner très vite autour d’un banc de poissons près des côtes, pour l’encercler autour d’un filet.

Cette décision va apporter de l’eau au moulin de plusieurs associations environnementales, qui veulent interdire la pratique. Vendredi 12 juin, le tribunal maritime de Bordeaux a condamné Vincent Agnès, un marin-pêcheur de Capbreton (Landes) - frère du défunt PDG de Quiksilver Pierre Agnes - et son fils Julien, des faits de violation de la réglementation en matière de pêche, et de mise en danger de la vie d’autrui.

Les deux pêcheurs étaient poursuivis devant cette juridiction spécialisée à la suite d’une plainte déposée par l'association Sea Sheperd en janvier 2018, dénonçant la pratique de la pêche au filet maillant encerclant dans la bande des 300 mètres. Cette technique, écrit Sea Sheperd dans un communiqué ce jeudi, « consiste à s’approcher très près de la côte à grande vitesse et à encercler les poissons ». Elle est « particulièrement critiquable, d’une part en raison de son impact environnemental et d’autre part, du fait des risques qu’elle fait encourir à l’ensemble des usagers du littoral. » Le père et le fils ont tous deux été condamnés à 5.000 euros d’amende, dont 3.000 euros avec sursis.

Nombreux films tournés pendant des années

A l’origine de cette affaire, qui a passionné et mobilisé marins-pêcheurs, surfeurs et défenseurs de la cause écologique, se trouve Philippe Garcia, témoin clé lors de l’audience du 14 février dernier. C’est lui qui a apporté les principales preuves des infractions relevées, à l’aide de nombreux films tournés pendant plusieurs années.

Interrogé par 20 Minutes, il raconte comment son combat « contre cette pêche » s’est peu à peu transformé en une « vocation pour sauver l’océan. » Un investissement qu’il détaille longuement dans les écrits au sein de l'association de défense des ressources marines.

Une pêche qui se pratique « au ras de la côte, le terrain de chasse privilégié du bar »

« Cette technique de pêche n’est pas interdite, nous précise-t-il d’emblée, même si on espère qu’elle le sera très vite. L’idée est d’entourer très vite un banc de poisson, en l’occurrence des bars, et d’espérer qu’ils se prennent dans un filet, qui est déroulé à l’arrière du bateau pendant que le navire tourne à très grande allure autour du banc de poissons, à des vitesses observées de l’ordre de 12 à 15 nœuds en ce qui concerne le navire Chipiron II. Il faut aussi que ce filet arrive au fond de la mer, sinon les poissons passeraient par-dessous, il faut donc agir dans des profondeurs faibles, c’est-à-dire au ras de la côte, le terrain de chasse privilégié du bar. Cette pêche est incompatible avec les règles de sécurité dans la bande des 300 mètres partout en France, qui fixe la vitesse maximale des embarcations à 5 nœuds, et avec l’interdiction bidépartementale de pêche dans les 300 mètres, en été et de jour, en vigueur dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques, afin de protéger baigneurs et surfeurs. »

Contactée par 20 Minutes, la préfecture confirme ce jeudi « qu'en l'espèce, le navire de pêche n'a pas respecté l'arrêté 2006-38 du préfet maritime de l'Atlantique, qui interdit de poser des filets à moins de 300 mètres du bord l'été entre 8 h et 20 h » dans ces deux départements, et qu'il n'y a « pas d'arrêté équivalent en Gironde. »

Pratiquée un peu partout en France

Si elle est pratiquée un peu partout en France, notamment en Méditerranée, cette technique suscite de fortes polémiques le long de la côte Atlantique. « Il y a une opposition phénoménale des surfeurs et d’autres pêcheurs, souligne Philippe Garcia. Il faut l’arrêter pour la sécurité, et pour la ressource halieutique, car en plus des bars, d’autres poissons sont des victimes collatérales, comme le mulet. Cette décision de justice est donc très importante pour nous. »

Les deux pêcheurs ont assuré durant l’audience que cette pratique, qui remonte aux années 1970, « n’a jamais fait aucun blessé ». Ils estiment qu’ils avaient les autorisations nécessaires, et ont décidé de faire appel du jugement.