Gironde : « La Pelle du 18 juin », ils veulent remettre en culture des terres en friche pour manger français

AGRICULTURE Le collectif Aliment-Terre a prévu une action coup de poing ce jeudi sur le Bassin d’Arcachon

Clément Carpentier

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Une parcelle en friche à La Teste-de-Buch
Une parcelle en friche à La Teste-de-Buch — J-R.Barthélémy
  • Le collectif Aliment-Terre se bat depuis 4 ans pour remettre en culture des terres en friche à travers un projet alimentaire territorial sur le Bassin d’Arcachon.
  • Face à l’inertie de l’Etat, ils vont préparer et planter des fruits et légumes sur un terrain du Teich ce jeudi.
  • L’objectif à terme est de retrouver une vraie autonomie agricole dans ce coin de la Gironde

Il n’y aura pas d’hommage au général de Gaulle ce jeudi dans un champ du Teich en Gironde. Mais un joli clin d’œil à ses idées comme celle de l’indépendance de la France. Le collectif Aliment-Terre lance en effet « La Pelle du 18 juin » pour relocaliser notre agriculture afin de retrouver une indépendance alimentaire alors que « la pandémie du Covid-19 a de nouveau mis en lumière l’extrême fragilité de notre approvisionnement ».

Depuis plus de 4 ans, cette association regroupant une centaine de personnes (responsables d’associations de parents d’élèves, d’AMAP du territoire, de paysans et paysannes, de professionnels de la santé, de scientifiques, d’agronomes, de cuisiniers, etc.) se bat pour remettre en culture des terres en friches sur le Bassin d’Arcachon et le Val de l’Eyre. « Ici la seule activité que l’on considère, c’est le tourisme en faisant venir des milliers de personnes. Même les forêts sont de plus en plus abandonnées et l’agriculture n’a aucune place. Par exemple, le sujet n’avait même pas été abordé dans un premier temps dans le Scot (Schéma de cohérence territoriale) à l’horizon de 2030 », explique Jean-Roland Berthélémy, l’un de ses membres.

« L’agriculteur est devenu l’intrus » 

Après des mois de discussions jugées infructueuses avec les autorités, le collectif a décidé de passer aux actes ce jeudi. Toute la journée, les bénévoles vont préparer la terre et planter des fruits et légumes sur un terrain de la commune du Teich pour sensibiliser la population et surtout l’Etat. Si certaines communes comme « Biganos, Mios, La Teste-de-Buch ou Andernos sont volontaristes » selon le collectif Aliment-Terre, « elles sont démunies en compétence, en formation et aide. »

« Partout, il y a des contraintes imposées aux agriculteurs. Résultat, ils ne peuvent plus faire leur métier. Au bout du compte, l’agriculteur est devenu l’intrus dans une zone comme la nôtre », insiste Jean-Roland Berthélémy. Il affirme que l’association a reçu plus d’une vingtaine de demandes de jeunes voulant s’installer, sans pouvoir finalement les aider depuis 2015. Et aujourd’hui, leur projet alimentaire territorial (PAT) sur plus de 17 communes du Bassin d’Arcachon et du Val de l’Eyre n’avance pas faute de retour des autorités à leurs nombreux courriers.

Retrouver une autonomie agricole 

Le collectif continue de recenser, avec l’aide d’étudiants de l’Université de Bordeaux, le nombre d’hectares en friche qui pourrait être remis rapidement en culture en dehors des zones Natura 2000 ou des zones de captage d’eau. Pour le seul sud du bassin, il y en aurait 352 selon Aliment-Terre. Derrière cette reconquête de friches agricoles, il y a également un fait pour Jean-Roland Barthélémy, « c’est le peu d’autonomie du coin au niveau agricole avec des magasins où 60-70 % des fruits et légumes viennent de l’étranger. »

Il note tout de même « quelques petites améliorations » ces dernières années, mais regrette que « tout cela avance bien trop lentement en raison du blocage des terres agricoles » par l’Etat ou les propriétaires. Comme ses camarades, il va donc prendre la pelle ce 18 juin pour tenter de faire avancer les choses. Une pelle qu’il pourrait vite ressortir à l’occasion de nouvelles actions…