Ariège : Il avait perdu deux millions d'abeilles à cause d'un épandage, l'intoxication reconnue par la justice

PESTICIDE Le tribunal de Foix a reconnu que les abeilles étaient mortes il y a deux ans en raison d’une « intoxication aiguë à la suite de la pulvérisation de Voxan »

Béatrice Colin

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Des abeilles agglutinées. Illustration.
Des abeilles agglutinées. Illustration. — PollyDot
  • En avril 2018, Nicolas Puech, un apiculteur de Haute-Garonne, perdait deux millions d’abeilles après l’épandage d’un fongicide dans un champ voisin.
  • La justice vient de condamner l’agriculteur et a reconnu la pulvérisation de Voxan comme « cause exclusive de la mortalité ».
  • Nicolas Puech, qui a créé une association pour venir en aide aux autres apiculteurs, espère que ce genre de décision aura un impact sur les homologations de produits phytosanitaires.

Fin avril 2018, Nicolas Puech, un apiculteur de la Haute-Garonne, découvre ses 24 colonies d’abeilles, soit plus de deux millions de butineuses, terrassées. Quelques jours auparavant, l’agriculteur, qui voulait polliniser son champ de colza et lui avait demandé de déplacer ses ruches « bio » en Ariège, avait traité un champ voisin avec un fongicide.

Après deux ans de démarches, la justice vient de reconnaître que les abeilles avaient bien été victimes d’une intoxication due à l’épandage d’un fongicide. « Il est démontré que la cause exclusive de la mortalité (…) est bien une intoxication aiguë à la suite de la pulvérisation de Voxan », indique le jugement rendu par le tribunal de Foix en début du mois.

A l’époque une expertise avait prouvé l’intoxication et grâce à la mobilisation de nombreux citoyens il avait pu « mettre sur la place publique » son cas et aller devant les tribunaux. « C’était un accident, l’agriculteur a appliqué le produit en toute légalité et a été de bonne foi, il a été même très affecté par cette affaire. Nous aurions préféré une indemnisation à l’amiable mais ce n’est pas ce qu’a voulu son assurance », déplore encore aujourd’hui Nicolas Puech qui va percevoir 3.700 euros de dommages et intérêts pour la perte de ses ruches.

Depuis, le Voxan a été interdit à la vente et son application est interdite à compter du 31 juillet.

« Un vrai poison environnemental »

« Pour nous, ce qui est important, c’est que ce produit a été reconnu comme nuisible par la justice, car lorsque les abeilles sont mortes, on a commencé à nous dire que nos ruches étaient mal entretenues. L’association que nous avons créée a acquis une méthodologie et nous voulons aider les apiculteurs qui seraient victimes aussi d’intoxications », explique le responsable de Natur Miel pour qui « il est dommage de diviser le monde agricole ». Ce dernier veut avant tout alerter sur le problème des pesticides, « un vrai poison environnemental ».

Son association a déjà été sollicitée à plusieurs reprises par des apiculteurs et de nouvelles procédures pourraient voir le jour. Les produits appliqués pour faire fuir les mouches sur les troupeaux de mouton ont aussi décimé pas mal de cheptels d’abeilles ces dernières années. Ce « combat sans fin » pour dénoncer l’impact des produits phytosanitaires, Nicolas Puech espère qu’il permettra aux « gens d’être plus regardant sur les homologations ».