Électricité : La crise du Covid-19 peut-elle créer des tensions sur le réseau l’hiver prochain ?

ENERGIE Le confinement a eu pour conséquence de décaler des opérations de maintenance des centrales nucléaires françaises. Se pose alors la question de leur disponibilité l’hiver prochain, lorsqu’on en aura le plus besoin. Le gouvernement veut anticiper

Fabrice Pouliquen

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La crise sanitaire liée au Covid-19 pourrait avoir des impacts sur l'approvisionnement en électricité l'hiver prochain.
La crise sanitaire liée au Covid-19 pourrait avoir des impacts sur l'approvisionnement en électricité l'hiver prochain. — a
  • La crise sanitaire, qui a affecté le planning de maintenance des réacteurs nucléaires, pourrait entraîner des tensions sur le réseau électrique français. La situation est « inédite » et nécessitera « une très grande vigilance », indique François Brottes, président de RTE.
  • Pas de black-out en vue pour autant, dit tant François Brottes que la ministre de la transition écologique Elisabeth Borne. Ils ont annoncé un plan d’anticipation pour éviter les éventuelles tensions entre production et consommation d’électricité.
  • Ce plan actionne plusieurs leviers, notamment celui des économies d'énergie. Élisabeth Borne a annoncé ainsi la mise en place d’une aide financière de 150 euros pour l’installation des thermostats de régulation de température chez soi.

« Il n’y aura pas de black-out l’hiver prochain en France ». Autrement dit : pas de risque de coupure généralisé du courant. Le message a été martelé ce jeudi après-midi par Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique, et François Brottes, président du directoire de RTE, le responsable du réseau de transport d’électricité français.

Pourtant, la situation à laquelle il faut se préparer est inédite, ont-ils concédé lors d’un point presse sur les répercussions de la  crise sanitaire liée au Covid-19 . Pendant le confinement, « un certain nombre de travaux de maintenance sur les centrales n’ont pas pu être effectués suivant le planning prévu », fait savoir la ministre. C’est le cas notamment des maintenances périodiques des réacteurs nucléaires qui exigent de les fermer temporairement. « Tout l’enjeu désormais est d’éviter une concentration des travaux l’hiver prochain, au moment où nous avons le plus besoin d’électricité, notamment pour le chauffage », reprend Elisabeth Borne.

Un plan d’optimisation demandé à EDF, un autre d’anticipation à RTE

La ministre dit déjà travailler depuis deux mois avec EDF pour optimiser le planning d’arrêt et de maintenance de ses réacteurs et ainsi assurer une disponibilité maximale pendant l’hiver. « Tout cela dans le respect des exigences de sûreté nucléaire », précise-t-elle. En parallèle, le ministère de la transition écologique a aussi confié à RTE la tâche d’analyser les conséquences de ces modifications du calendrier des réparations sur l’approvisionnement en électricité l’hiver prochain.

Le premier facteur à anticiper est celui de la consommation d’électricité. Si celle-ci a baissé en France pendant le confinement – « jusqu’à 20 % au plus fort de la crise », précise François Brottes – , RTE retient dans son scénario pour l’hiver prochain une consommation qui sera à peu près la même que celle en 2019.

Une baisse de 20 % de la production nucléaire en 2020

Côté production, EDF avait annoncé, le 16 avril dernier, une baisse de 20 % dans son estimation de production nucléaire en 2020, en raison de ces décalages ou allongements de travaux. « On passerait alors d’une production de 380 terawatts-heure (TWh) en 2019 à quelque chose de l’ordre de 300 TWh en 2020, détaille François Brottes. La différence est notable. » Et inquiétante ? Pas pour François Brottes qui se dit satisfait des équilibres trouvés par EDF dans son plan d’optimisation des travaux de maintenance pour assurer le maximum de disponibilité de ses réacteurs l’hiver prochain.

Même s'il assure 71 % de la production d’électricité française, tout ne repose pas pour autant sur le nucléaire. D'autres leviers sont actionnables pour pallier d’éventuelles tensions sur le réseau électrique. A commencer par les quatre dernières centrales à charbon encore en activité en France et habituées à jouer ce rôle d'ajustement dans la production d'électricité en cas de pic de consommation. Celles-ci doivent fermer d'ici 2022 – « le calendrier reste inchangé », indique Elisabeth Borne – mais pourraient donc rendre des services précieux cet hiver.

Plusieurs leviers à actionner

Le président du directoire de RTE s’attarde aussi sur les énergies renouvelables. A commencer par l’hydroélectricité – l’énergie renouvelable historique — qui couvre 11 % de la production d’électricité totale française. « C’est une excellente nouvelle, les stocks d’hydraulique sont au plus haut depuis dix ans, assure François Brottes. 95 % de taux de remplissage. Il faudra faire point à la sortie de l’été, au cas où une canicule fasse grimper à la hausse la consommation d’électricité française pour faire marcher les climatiseurs. Mais a priori, ce fort taux de remplissage sera un avantage certain pour affronter l’hiver prochain. »

Pas de crainte à avoir non plus sur les autres énergies renouvelables, estime RTE. « Ces énergies ne sont plus du tout anecdotiques, indique François Brottes. Celles-ci couvrent globalement 10 % de la consommation d’électricité française. Mais parfois bien plus. Le 24 mai dernier, la production d’électricité photovoltaïque a couvert 18,2 % de notre consommation ce jour-là. Et le 11 mai dernier, on a couvert 30 % de la consommation avec éolien. » La crise sanitaire liée au Covid-19 a eu pour effet un léger ralentissement des mises en chantier des projets solaire et éolien, « mais les investissements ont repris et nous devrions atteindre d’ici 2020 le volume de mises en service initialement prévu. »

Jouer aussi sur les économies d’énergie

Enfin, il faut ajouter aussi les échanges possibles d’électricité avec l’étranger. La France a cinquante interconnexions avec ses pays voisins « qui permettent d’exporter ou d’importer l’équivalent ce que produisent douze réacteurs nucléaires », précise François Brottes. Là encore, une aide non négligeable en cas de gros coup dur cet hiver.

Mais le ministère de la transition énergétique n’entend pas seulement chercher des solutions côté production. Influer sur nos consommations d’électricité peut aussi être un enjeu de taille pour anticiper d’éventuelles tensions sur le réseau électrique. En clair : faire en sorte de baisser la consommation d’électricité. C’est même sur ce point qu’insistait Elisabeth Borne, ce jeudi après-midi, en soulignant que le confinement – période où une très grande majorité de Français restaient à leur domicile — ne s’est pas traduit par un pic de consommation d’électricité des ménages. « Cela nous indique très clairement qu’il y a, en temps normal, des surconsommations évidentes, avance-t-elle. Par exemple le maintien d’appareil en veille ou du chauffage en période d’absence. »

Un coup de pouce pour l’installation de thermostats

Plusieurs leviers peuvent alors être mobilisés pour réduire nos consommations. Notamment sur le chauffage. La ministre de la transition écologique annonce la mise en place d’un « coup de pouce » pour l’installation des thermostats de régulation de température, qui permettent ne pas chauffer au-delà d’une certaine température ou de ne pas chauffer du tout en cas d’absence. Ce « coup de pouce » prendra la forme d’une aide de 150 euros en certificats d’économie d’énergie à partir du 1er juillet. Le ministère table sur 20.000 à 40.000 dispositifs installés par mois. « Pour les familles qui en sont équipées, ces dispositifs permettent de réaliser des économies d’énergie de 10 %, ce qui représente un gain de 100 à 200 euros par an sur sa facture, reprend Elisabeth Borne. Dans la même veine, une campagne de l’Ademe (Agence de l’environnemnt et de l’énergie) ​démarrera en septembre pour sensibiliser les citoyens aux écogestes.

L’autre volet de maîtrise de la consommation porte sur l’équilibre entre offre et demande, lors des pointes de consommation. C’est l’effacement tarifaire qui permet de proposer aux consommateurs des offres qui permettent de disposer d’un prix de l’énergie en dessous de la moyenne du marché la majorité du temps, en contrepartie d’un prix dissuasif en cas de pic de consommation sur le réseau. Un appel d’offres spécifique est ainsi en préparation afin de favoriser le développement de nouvelles offres tarifaires dès le mois de septembre, annonce le ministère.