Saint-Malo : Douze habitants face à un géant… Pourquoi la Timac Agro joue gros devant la justice

POLLUTION DE L'AIR Propriété du groupe Roullier, l’usine fabriquant des farines animales et des engrais est accusée de polluer l’air de la cité corsaire

Camille Allain

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L'usine Timac Agro du groupe Roullier, ici sur le port de Saint-Malo.
L'usine Timac Agro du groupe Roullier, ici sur le port de Saint-Malo. — C. Allain / 20 Minutes

Cela fait plusieurs années qu’ils dérouillent. Plusieurs années qu’ils alertent l’entreprise, l’État, les collectivités locales et leurs élus des nuisances qu’ils subissent : odeurs nauséabondes, maux de tête, gorge irritée… Et cela fait plusieurs années qu’il ne se passe rien. Ce jeudi, douze habitants et une association de Saint-Malo feront face à leur cauchemar dans la salle d’audience du tribunal correctionnel de Saint-Malo. Son nom ? La Timac Agro. Propriété du groupe Roullier, cette entreprise possède deux usines dans la cité corsaire où elle produit des farines animales et des engrais d’origine naturelle. Les riverains l’accusent de polluer l’air et espèrent obtenir réparation devant la justice. Toujours muette, la société va devoir s’expliquer.

« Notre but, c’est de mettre ce scandale malouin sur la place publique. Il y a autour de ce dossier une opacité et un silence méprisant alors que beaucoup de gens souffrent et ont peur ». Avocate des riverains, Virginie Le Roy est remontée. Ce jeudi, elle va tenter de plaider la cause des douze plaignants et surtout tenter d’obtenir des réponses de la part de la Timac Agro. « J’aimerais simplement qu’un expert indépendant soit nommé pour nous dire si oui ou non il y a des rejets anormaux, des poussières qui s’échappent et qui polluent l’air. Et qu’il nous dise quoi faire pour que ça s’arrête », explique le conseil.

Des rejets supérieurs à la réglementation

Au-delà de la pollution, les habitants accusent surtout l’entreprise du manque de transparence. Ces dernières années, la Timac Agro a plusieurs fois été mise en demeure par l’État et sommée de réduire ses émissions d’ammoniac, gaz dont on sait désormais qu’il est à l’origine de la création des particules fines. En 2018, des analyses avaient révélé des rejets six à douze fois supérieurs à la réglementation. Sommée de réagir, l’entreprise n’était pas parvenue à réduire significativement ses émissions et fait l’objet de contrôles renforcés depuis le début de l’année.

En 2017, une étude de la qualité de l’air menée par l’association AirBreizh avait montré que la concentration de ces particules était 10 % supérieure à Saint-Malo par rapport à Rennes, qui compte pourtant quatre fois plus d’habitants. « Ce qui nous a décidés, c’est de voir les alertes folles que nous remontaient les habitants du quai Trichet notamment. Il y a des odeurs mais il y a surtout des nausées, des maux de tête, des gorges irritées. Nous voulons faire cesser cette atteinte à la santé », poursuit Alain Guillard, membre de l’association citoyenne Osons Saint-Malo qui a attaqué le groupe Roullier.

Un très gros poids dans l’emploi local

Que les millions de touristes qui viennent se balader sur les remparts de la ville médiévale se rassurent, eux ne risquent rien. Mais qu’en est-il des habitants qui vivent ici toute l’année ? Pendant le confinement, beaucoup n’ont pas pu sortir de chez eux et ont vu leurs voitures et leurs fenêtres se recouvrir d’une épaisse poussière jaunâtre. Si les faits semblent avérés, certains s’étonnent de ne pas voir ce sujet davantage relayé, notamment par les élus locaux. Faut-il y voir la pression d’un des premiers employeurs de la ville, présent dans plus de 120 pays et dont le chiffre d’affaires était en 2017 de 2,5 milliards d’euros ? « Je ne vois pas d’autre explication », estime Alain Guillard.

Contactée, la Timac Agro a refusé de s’exprimer et se contente d’évoquer son « travail en étroite concertation et en bonne intelligence avec la sous-préfecture et la DREAL ». En fin d’année, le groupe Roullier avait assuré qu’il n’y avait « pas de risque sanitaire » et que des travaux étaient menés dans les usines. Impossible d’en savoir plus. « C’est un silence qui confine au mépris. C’est dommage pour un tel groupe, qui est une réussite. C’est un joli fleuron local. Tout ce que l’on attend, c’est un dialogue transparent », conclut l’avocate Virginie Le Roy. Un dialogue qui se déroulera face à un juge ce jeudi.