Lyon : « Le problème, aujourd’hui, est de garder les bénéfices du confinement », pointe l'Observatoire régional de la qualité de l’air

POLLUTION Depuis le déconfinement, le trafic automobile a fortement progressé à Lyon, sans que la pollution aux dioxydes d’azote n’explose

Caroline Girardon

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Les émissions de dioxyde d'azote ont chuté de 66% à Lyon pendant la période de confinement (illustration).
Les émissions de dioxyde d'azote ont chuté de 66% à Lyon pendant la période de confinement (illustration). — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • Pendant le confinement, les émissions de dioxyde d’azote ont diminué de 60 % dans la métropole de Lyon.
  • Pour Atmo, observatoire régional de la qualité de l’air en Auvergne-Rhône-Alpes, cette période s’est révélée riche en enseignements.
  • Elle a notamment permis de confirmer que le recours au télétravail pouvait être un levier d’action contre la pollution.

Depuis le déconfinement, la vie a repris progressivement son cours à Lyon. Le trafic automobile également. Vendredi 5 juin, il était quasiment revenu à la normale avec un taux de 95 % par rapport à la période d’avant le confinement, selon des chiffres communiqués par la métropole de Lyon. Mardi dernier, 2,5 millions de passages de véhicules ont été signalés sur le territoire contre 2,8 millions en temps normal. De là à avoir une incidence sur la qualité de l’air ?

« Les niveaux ont remonté mais ils restent inférieurs à la moyenne enregistrée ces 5 dernières années », répond Marie-Blanche Personnaz, directrice générale d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, l’observatoire chargé de surveiller la qualité de l’air. Chiffres à l’appui. Entre le 17 mars et le 11 mai, les émissions de dioxyde d’azote, générées par le trafic automobile, ont chuté de 61 % dans l’agglomération. Aujourd’hui, elles restent à 46 % en dessous des émissions quotidiennes « habituelles ». « Beaucoup de cadres continuent de télétravailler. Ce qui explique en partie la raison pour laquelle nous ne sommes pas au même niveau », justifie-t-elle.

Garder les bénéfices du confinement

En revanche, le bilan reste « plus contrasté » pour les autres polluants. « Les émissions de particules fines, engendrées par les chauffages, ont augmenté de 11 % pendant le confinement et chuté de 21 % depuis le 11 mai », observe Claire Labartette, référente territoriale pour Lyon d’ATMO. Et de l’expliquer : « La météo a une influence sur ces émissions. Il y a eu des périodes de froid pendant le confinement durant lesquelles les chauffages urbains ont été remis en route. La tendance s’est améliorée avec le retour des beaux jours et de la chaleur ».

« Le confinement a néanmoins livré des enseignements intéressants, poursuit Marie-Blanche Personnaz. Il a permis de prouver par A + B que le trafic automobile était responsable de la pollution aux dioxydes d’azote. Le problème, aujourd’hui, est de pouvoir garder les bénéfices de cette période. Mais pour cela, pas besoin d’expérience aussi radicale que le confinement. Il n’y a pas besoin de le faire chuter de 50 % pour atteindre les recommandations fixées par l’OMS ».

Le télétravail, une des solutions pour faire baisser la pollution

Selon elle, il suffirait de s’attaquer aux « quelques heures d’embouteillages dans la semaine qui plombent le bilan ». « Cela passera par les politiques publiques menées sur le long terme, comme le changement de motorisation des véhicules ou l’instauration de ZFE, zones à faibles émissions », estime Eric Fournier, président d’Atmo. Par un changement des mentalités et des habitudes.

« Ces derniers mois, on a vu que le recours au télétravail était possible, contrairement à ce que certains avançaient », insiste Marie-Blanche Personnaz pour laquelle il y a des pistes à creuser. « Une journée de télétravail tous les 10 jours actée dans une entreprise peut avoir un effet immédiat. On n’a pas besoin d’aller aussi loin que le confinement pour réduire la place de la voiture », conclut-elle.