Lyon : Ils plongent à la Tête d'Or pour explorer les fonds du lac, méconnus

BIODIVERSITE Jeudi et vendredi, l’équipe de l’association Odysseus 3.1 explore les profondeurs du lac du parc de la Tête d'Or pour dresser un inventaire des espèces animales et végétales et mesurer l’impact de l’homme sur ce site

Elisa Frisullo

— 

Le lac du parc de la Tête d'Or, ce 4 juin 2020.
Le lac du parc de la Tête d'Or, ce 4 juin 2020. — E. Frisullo / 20 Minutes
  • Une exploration des fonds du lac de la Tête d’Or à Lyon est en cours pour évaluer la richesse biologique du site, creusé par les Canuts.
  • Un inventaire de la faune et de la flore qui n’a comme précédent que des données peu complètes datant de 1974.
  • L’association Odysseus mène cette exploration et prévoit un documentaire sur cette opération.

Autant vous le dire d’emblée, la tête en or du Christ dissimulée dans les eaux, selon la légende, est restée dans le tréfonds. Mais le lac a tout de même déjà livré une partie de ses secrets. Depuis le petit matin ce jeudi et jusqu’à vendredi soir, une dizaine de personnes a investi les eaux du lac du parc de la Tête d'Or à Lyon pour une exploration en profondeur de ce site de 17 hectares, dont les dernières connaissances remontent aux années 70.

Des géomètres, des plongeurs et des naturalistes ont parcouru les diverses zones du lac, creusé par les Canuts il y a 160 ans, dans le cadre d’un projet mené par Odysseus 3.1. Cette association lyonnaise sillonne la région, la France et le monde pour explorer la faune et la flore et sensibiliser le public à la préservation de la nature. Un objectif qui guide le travail en cours au parc de la Tête d'Or.

« Ce site est une liaison entre la ville, la terre et l’eau. Un milieu si complexe et riche c’est rare en pleine ville », souligne le président d'honneur Yves Paccalet, qui a suivi les expéditions du commandant Cousteau dont il était l’écrivain. « Il n’y a pas d’équivalent ailleurs en France, avec un lac de cette taille en centre-ville ». L’exploration lyonnaise a pour but d’identifier les espèces de poissons, d’oiseaux, de petits mammifères, et la flore qui peuplent le lac et les berges pour étudier la richesse écologique du site et évaluer les menaces éventuelles. « Cet inventaire va nous permettre de voir comment ces espèces interagissent, s’il y a des espèces envahissantes, comment ont évolué les fonds du lac (sédimentation) », ajoute Lionel Rard, fondateur de l’association.

Des plongeurs ont exploré le lac du parc de la Tête d'Or à Lyon ce 4 juin 2020.
Des plongeurs ont exploré le lac du parc de la Tête d'Or à Lyon ce 4 juin 2020. - E. Frisullo / 20 Minutes

Lorsqu’il remonte des eaux ce jeudi, comme les autres plongeurs, ce Lyonnais a les yeux qui pétillent. « J’habite à la Guillotière dans le 7e arrondissement. Quand j’ai vu les images des Berges du Rhône récemment ou les eaux du Rhône, remplies de déchets, j’étais inquiet de ce que nous pouvions trouver ici. Mais plonger dans le lac m’a rassuré », confie-t-il. Dans les eaux de la Tête d’Or, pourtant malmenées par les orages de la nuit, il a observé de longs silures, des perches, des alevins, des écrevisses européennes. « C’est bon signe de les voir, c’est qu’il y a de la vie comme l’on s’y attendait. Les eaux sont plutôt claires, ce qui est le signe qu’elles sont d’assez bonne qualité ».

Un site assez préservé

Des profondeurs, quelques chaises ont été remontées, un vélo a été vu près de l’Ile du Souvenir qui sert de camp de base à l’équipe, et pas mal de canettes et bouteilles ont été retrouvées. « Mais globalement, il y a peu de pollution, de déchets. Il y a peu de traces de l’homo sapiens en mode je fais n’importe quoi. Le travail des Canuts a été assez bien respecté ». Un constat partagé par Vincent Maran, biologiste, vice-président de la Fédération française d’études et de sports sous-marins.

Le lac du parc de la Tête d'Or, ce 4 juin 2020.
Le lac du parc de la Tête d'Or, ce 4 juin 2020. - E. Frisullo / 20 Minutes

Sous la surface du lac, ce scientifique a croisé de grandes perches, des carpes et même une grosse tortue, sans doute abandonnée là comme tant d’autres, il y a des années, par l’un des visiteurs du parc. « C’est un milieu qui est riche et assez préservé. Si avec nos images captées dans le lac nous arrivons à dire au grand public que ce n’est pas qu’une surface d’eau mais un milieu de vie important à préserver, ce sera bien », explique-t-il.

De leurs plongées, les membres d’Odysseus ont tous ramené des photos ou des vidéos. Un documentaire sur l’exploration est prévu pour sensibiliser le public à la beauté de ce site fréquenté chaque année par des millions de promeneurs. La cartographie du lac sera mise à disposition du service des espaces verts de la ville et pourra être complétée à l’avenir par d’autres naturalistes ou des chercheurs. Un travail similaire devrait être mené à plus de 6.000 km de là. « Dans le lac de Central Park, qui est le jumeau de la Tête d’Or », indique Lionel Rard. Lors de leur création, au milieu du XIXe s, les ingénieurs, paysagistes et architectes des deux sites avaient beaucoup échangé. « Faire cette même exploration à Manhattan, ce sera un clin d’œil à l’histoire », s’amuse le plongeur.