Déconfinement : Des photos d’espaces verts jonchés de détritus dans les grandes villes choquent les internautes

FAKE OFF De vrais clichés montrant les déchets abandonnés ce week-end dans plusieurs lieux ont largement circulé sur les réseaux sociaux pour dénoncer ces comportements peu citoyens

Marie-Laetitia Sibille

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L'esplanade des Invalides, le 24 mai 2020.
L'esplanade des Invalides, le 24 mai 2020. — Francois Mori/AP/SIPA
  • A Lyon, comme à Paris, des photos d’espaces verts ou de lieux pollués par des restes de pique-nique et autres déchets ont été prises dimanche matin et sont devenues virales sur les réseaux.
  • Certains habitants, comme l’adjoint à la propreté de la Mairie de Paris, expliquent ce phénomène par la fermeture des bars et restaurants, encore d’actualité le week-end dernier.
  • Les collectifs et défenseurs de l’environnement, déçus de l’après-confinement, espèrent malgré tout faire changer les mentalités et sont toujours sur le pont.

« Voici les pelouses des Invalides à Paris après le passage des bobos parisiens hier soir, les mêmes qui roulent à vélo ou en trottinette, et font chier la terre entière avec leurs élucubrations écologiques. » Après la publication de photos devenues virales sur Facebook et Twitter, montrant des déchets jonchant cet espace vert parisien en ce troisième week-end du déconfinement, les internautes ont laissé leur révolte s’exprimer.

Parmi les commentaires sur les réseaux sociaux, on peut lire : « Ce sont les mêmes qui ont laissé la pelouse dans cet état que l’on va retrouver dans les manifs pour le climat », « Moi qui pensais que ces derniers mois avaient entraîné une prise de conscience environnementale », « Surtout qu’aux Invalides à 2 h du mat il y a des rats partout c’est effrayant ! Donc urgent de nettoyer !!! », « Les Parisiens restez en zone orange svp ! », « Une prise de conscience à des inconscients ? Les gens ne changent même pas après une guerre, alors un confinement devant Netflix… », ou un élégant : « C’est à se demander si vous ne chiez pas où vous mangez ! »

Les berges du Rhône aussi

L’esplanade des Invalides avait déjà été la cible des réseaux dès les premiers jours du déconfinement. Le 20 mai, les forces de l’ordre avaient évacué le lieu, estimant que les gestes barrières et la distance sociale n’étaient pas respectés. Mais il n’y a pas qu’à Paris où des détritus disséminés en ville ont été photographiés ce week-end. A Lyon, ce sont les berges du Rhône qui ont fait l’objet de la colère de certains passants dimanche matin.
 

« Votre monde d’après, il est pire que le précédent en fait », « Et on va justifier ça par le manque de poubelles publiques ?? Mais les gens ne peuvent-ils pas prendre un sac et ramasser leurs bouteilles ?? Ils ont bien réussi à venir sur les berges avec, ils peuvent tout aussi bien repartir avec !!! », « Je propose que l’on dresse un procès-verbal pour ceux qui laissent leurs saloperies par terre. Ainsi l’on remplira les caisses de l’état pour payer les masques à des citoyens qui le méritent. 100 euros commenceraient à être dissuasifs », ont commenté les internautes.

Autre lieu au cœur des polémiques : le canal Saint-Martin, à Paris, régulièrement montré du doigt pour ses rassemblements ou son manque de propreté, comme sur la vidéo ci-dessous, qui a également fait réagir sur Twitter :

Certains internautes ont néanmoins émis quelques doutes sur les clichés parisiens : « Je pense que les photos sont truquées (qu’il y ait un ou deux [déchets], c’est con, mais on n’y peut rien), mais autant !!! Ça paraît énorme !! Y a des poubelles et théoriquement, l’humain a évolué… », tandis que d’autres ont témoigné de la même situation dans leur ville : « Même chose en Suisse. Et les poubelles sont pourtant à proximité (souvent pleines d’ailleurs). Je crois que c’est ça la croissance – Injonction : consommer ! ».

FAKE OFF

Le compte Twitter de LCI a de son côté publié un cliché montrant des déchets sur la pelouse des Invalides ce dimanche. Ce cliché est l’image d’ouverture du bref reportage que la chaîne d’information a diffusé sur le sujet dimanche matin :

Mais des internautes ont critiqué la prise de vue : « Sur cette photo, tout semble bien regroupé. L’arrière-plan est nettement moins jonché de déchets. Une photo plongeante aurait donné une impression sûrement différente de cet endroit. Ne croyez-vous pas ? » En revanche, à Lyon, aucun doute sur l’angle de prise de vue.

Joint par 20 Minutes, l’auteur des clichés lyonnais, qui souhaite rester anonyme, explique les avoir pris avec sa compagne « dimanche matin vers 6 h 20. C’est malheureusement assez courant pour nous, runneurs matinaux, d’assister à un tel spectacle. » Le déconfinement a-t-il accentué ces comportements ? « Je pense que le fait que les établissements des berges n’aient pas rouvert accentue beaucoup les choses. Les riverains sont finalement assez habitués à de fortes nuisances liées aux quais. Mais là, ce matin, c’était quand même d’un autre niveau. Ça en dit beaucoup sur le monde d’après… »

Auprès du HuffPost, l’adjoint à la propreté de la Mairie de Paris, Paul Simondon, souligne de son côté que la ville avait anticipé le phénomène : « On s’y attendait. On avait repéré les grands week-ends avec du beau temps, et on a donc renforcé nos moyens de nettoiement ». Comme à Lyon, il explique ces actes par la fermeture des bars et restaurants, « qui font augmenter la densité des rassemblements à plusieurs endroits à Paris, aux Invalides, à Nation, sur les quais, etc. ».

« Les gens ont pourtant eu du temps pour réfléchir »

Paul Simondon veut aussi relativiser : « La très grande majorité se comporte très bien, les agents d’entretien me le disent. Mais quand la population est très nombreuse à un même endroit (et ça peut monter jusqu’à 2.000 personnes le long du canal Saint-Martin), il suffit d’une minorité pour qu’il y ait une masse de déchets impressionnante. »

« On ramasse des sacs McDo au bord de la route, des canettes, comme avant le confinement. C’est affligeant », observe Monique Carola, du collectif Vers Zéro Déchet, créé il y a un an à Vers-Pont-du-Gard (30). Car les incivilités ne sont pas l’apanage des grandes villes. « Et maintenant, il y a aussi des masques à ramasser. On pensait que cette crise allait provoquer une prise de conscience. On est déçus. Les gens ont pourtant eu du temps pour réfléchir. Quand on va pique-niquer, on part avec un sac, on peut donc repartir avec ses déchets dedans. Côté politique, ça ne suit pas non plus. On a l’impression de rester sur des rails mortifères. Mais on va continuer, parce que tous les petits gestes que chacun peut faire, c’est une révolution silencieuse. » Et pour mener cette révolution, le collectif ne ménage pas ses efforts : ramassage des déchets donc, interventions dans les écoles, mises en place de collecteurs de mégots et de composteurs, sensibilisation et information, etc.

Et quand la sensibilisation ne marche pas, reste la répression. Déposer, abandonner, jeter ou déverser tout type de déchets sur la voie publique est puni d’une amende de 68 €. « On veut renforcer les contrôles et travailler à une possible augmentation de l’amende », précise encore l’adjoint à la propreté de la Mairie de Paris. L’ouverture des bars et restaurants changera-t-elle la donne ? Réponse le week-end prochain.

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