Occitanie : Soyez vigilants lors des balades, des oiseaux ont profité du confinement pour pondre sur les plages

NATURE Les associations s'inquiètent que des nids soient détruits

Nicolas Bonzom

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Un gravelot à collier interrompu (illustration)
Un gravelot à collier interrompu (illustration) — CHANTELAT/SIPA
  • Des oiseaux ont profité du confinement pour pondre sur des zones désertées par les promeneurs, en bord de mer, sur lesquelles ils n’avaient pas leurs habitudes.
  • Avec le retour des promeneurs sur les plages, les associations craignent que des nids soient détruits, ou des œufs piétinés ou dévorés par des chiens.
  • Les associations appellent à la plus grande vigilance, et à respecter des consignes.

Habitués des plages, gare où vous mettez les pieds ! Des œufs de gravelots à collier interrompu ou de sternes naines sont peut-être sur le sable. Ces oiseaux, en provenance de leurs quartiers africains d’hivernage, ont profité du calme inédit en bord de mer, conséquence du confinement, pour pondre sur les plages.

Depuis bientôt deux mois, ces espèces ont investi leurs zones habituelles de pondaison, mais aussi de nouveaux territoires, désertés par les amateurs de bronzette entre la mi-mars et la mi-mai, bloqués chez eux en raison de l’épidémie de Covid-19. Et si étendre sa serviette reste strictement prohibé sur la quasi-totalité du littoral, leurs progénitures sont aujourd’hui vulnérables face aux amateurs de balades au bord de l’eau.

« Les oiseaux cherchent la quiétude »

Le Conservatoire du littoral, sous la tutelle du ministère de la Transition écologique - qui a lancé une campagne pour exhorter les promeneurs à être vigilant - craint notamment que des œufs soient écrasés, des nichées piétinées, des poussins séparés de leurs parents, ou dévorés par les chiens non tenus en laisse. L’organisme public appelle ainsi « à la plus grande vigilance » des « usagers du littoral afin que ces poussins, trésors vivants de nos rivages, ne deviennent des victimes collatérales du déconfinement ».

Une sterne naine (illustration)
Une sterne naine (illustration) - AUSLOOS/SIPA

« Les oiseaux cherchent la quiétude, et avec le confinement, certaines zones, qu’ils ne fréquentaient pas trop jusqu’à présent, sont devenues des zones de quiétude, confie Pierre Maigre, le président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) de l’Hérault, qui a mené des actions de sensibilisation, ces derniers jours, sur les plages. Des colonies entières d’oiseaux s’y sont installées. Et le déconfinement est arrivé, les promeneurs se sont retrouvés sur ces zones, entraînant des destructions généralement involontaires. »

De petits œufs, de la couleur du sable

Les nids de ces espèces sont petits, « voire sommaires, ou parfois, il n’y a rien du tout », reprend ce défenseur de la nature. « Et les œufs sont petits, de la taille de l’ongle d’un pouce, très camouflés, de la couleur du sable, avec quelques petits points noirs, ils ne se voient pas très bien, note Pierre Maigre. Et même si les œufs ne sont pas piétinés, trop de dérangement peut entraîner l’abandon pur et simple des petits par les oiseaux. »

« Les divagations de chiens, sur la plage, peuvent notamment être préjudiciables, explique Joseph Hiard, le président du Groupe ornithologique du Roussillon. Si les promeneurs sont confrontés à un oiseau qui se déplace en courant, qui émet des sons, ou au-dessus de leurs têtes, qui ne cessent de plonger, comme le font les sternes, c’est qu’ils sont sur une zone de nidification. Ils signalent ainsi la présence des œufs. »

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Publiée par Groupe Ornithologique du Roussillon – GOR sur Mercredi 13 mai 2020

Des consignes à respecter

Le Conservatoire du littoral invite les promeneurs à respecter des consignes : vérifier, avant de se rendre sur les lieux de la balade, que l’accès est autorisé, rester sur les sentiers balisés, tenir les chiens en laisse, gagner le fil de l’eau le plus rapidement possible, et éviter au maximum de fréquenter le haut de la plage ou les dunes.

Plusieurs communes ont publié des arrêtés, afin de protéger les poussins. C’est le cas, par exemple, de Saint-Laurent-de-la-Salanque, dans les Pyrénées-Orientales, qui a installé des panneaux informatifs, annonçant la présence de « nids d’oiseaux protégés ».

« Le confinement laissait espérer une reproduction extraordinaire de ces oiseaux »

La mairie a décidé d’interdire les balades au bord de son étang. « Une réouverture trop précoce provoquerait un fort dérangement sur ces espèces et risquerait d’entraîner un échec de la reproduction, indique la commune. Aussi, afin d’éviter de perdre cet effet "heureux" du confinement, la municipalité et le syndicat Rivage ont décidé, pour le moment, de ne pas demander la réouverture des berges de l’étang à la promenade. »

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Publiée par Ville de Saint-Laurent de la Salanque sur Lundi 18 mai 2020

« Le confinement laissait espérer une reproduction extraordinaire de ces oiseaux, que l’on n’avait vue que rarement, et cela risquerait de se transformer en véritable catastrophe écologique », alerte le président de la Ligue de protection des oiseaux de l’Hérault. La période de couvaison, la plus sensible, devrait durer jusqu’à la fin juin.