Saint-Brieuc : Les pêcheurs vent debout contre le futur parc éolien marin

PROTESTATION Une trentaine de bateaux se sont rendus ce lundi matin sur la zone maritime où un parc de 62 éoliennes doit voir le jour d'ici à 2023

Jérôme Gicquel

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Illustration du parc éolien au large d'Ostend, en Belgique, construit par le consortium Eneco.
Illustration du parc éolien au large d'Ostend, en Belgique, construit par le consortium Eneco. — Eric Feferberg / AFP
  • Les pêcheurs ont procédé à une démonstration de force ce lundi matin en baie de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor).
  • Ils s’opposent à la construction d’un parc éolien en mer qui doit être mis en service en 2023.
  • Une réunion de crise devrait avoir lieu ce mardi entre les pêcheurs et les porteurs du projet.

Ils avaient prévenu en avril qu’ils passeraient à l’action dès le début des études techniques en mer. Ce lundi matin, les pêcheurs bretons ont mis leurs menaces à exécution dans la baie de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor). Tôt dans la matinée, une trentaine de bateaux de pêche ont quitté les ports de Saint-Quay-Portrieux, Erquy ou Paimpol pour rejoindre la zone où un parc de 62 éoliennes doit voir le jour d’ici à 2023.

C’est là que le Géo Ocean IV, un bateau missionné par Réseau de Transport d’Electricité (RTE), a pris position depuis vendredi en fin d’après-midi pour effectuer des sondages des fonds marins. Maintenus à distance par deux navires de la marine nationale ainsi qu’un patrouilleur et une vedette de la gendarmerie, les pêcheurs ont manifesté dans le calme autour du navire d’études, craquant quelques fumigènes en mer. Tout est finalement rentré dans l’ordre en fin de matinée, les bateaux de pêche et le Géo Ocean IV quittant tous la zone.

Les pêcheurs craignent l’impact des travaux sur la ressource

Avec cette démonstration de force, les pêcheurs entendent ainsi maintenir la pression sur le promoteur Ailes Marines, filiale du groupe espagnol Iberdrol, qui avait remporté l’appel d’offres en 2012 pour la construction de ce parc éolien en mer d’une puissance de 496 MégaWatts. « On a toujours été opposés à ce parc et nous allons tout mettre en œuvre pour qu’il ne voie pas le jour », assure Julien Tréhorel, pêcheur à Erquy et président de l’association de défense de la pêche artisanale dans le golfe normand-breton, qui a participé à l’action coup de poing ce lundi matin.

Comme lui, les pêcheurs bretons redoutent l’impact des travaux de construction du parc éolien sur leur activité, et notamment sur la ressource halieutique. « C’est une zone très riche où nous sommes nombreux à pêcher de la coquille Saint-Jacques, du homard et du poisson », souligne Julien Tréhorel, qui dénonce « le passage en force » des porteurs du projet. « Il n’y a eu aucune concertation avec la profession, assure-t-il. Ils commencent leurs études alors qu’aucun élément scientifique sur ces études techniques, notamment sur le bruit, n’a été porté à notre connaissance ».

Une réunion prévue ce mardi entre pêcheurs et porteurs du projet

Les pêcheurs sont d’autant plus à cran que les derniers mois ont été rudes pour la profession avec des tempêtes à répétition cet hiver et la crise du coronavirus qui est venue gripper toute la filière. Pour éviter que la situation ne s’envenime, une réunion devrait avoir lieu ce mardi entre les pêcheurs, les porteurs du projet et des représentants de l’État.

Dans un communiqué publié jeudi, le président de la région Bretagne Loïg Chesnais-Girard a ainsi appelé Ailes Marines et RTE « à respecter leurs engagements » et à écouter « avec attention » les préoccupations des pêcheurs. Mais pour lui, ce projet de parc éolien doit voit le jour car il est « incontournable pour l’avenir énergétique de la Bretagne » et doit permettre de « lancer, enfin, la filière des énergies maritimes renouvelables que notre région attend depuis si longtemps ».