Que sait-on de la pollution de l’Escaut, « plus gros incident écologique depuis 20 ans » ?

ENVIRONNEMENT Un incident dans une sucrerie industrielle a provoqué une importante pollution des cours d’eau jusqu’en Belgique

Mikaël Libert

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La sucrerie Tereos d'Escaudœuvres.
La sucrerie Tereos d'Escaudœuvres. — Google maps
  • Début avril, un incident dans une sucrerie près de Cambrai a provoqué la pollution de plusieurs cours d’eau.
  • Des tonnes de poissons morts ont été constatées dans l’Escaut jusqu’en Belgique.
  • Une enquête a été ouverte par le parquet de Cambrai pour tenter de déterminer les responsabilités.

Début avril, un incident à la sucrerie Tereos d’Escaudœuvre, près de Cambrai, est à l’origine d’une pollution organique des cours d’eau situés à proximité de l’usine, notamment l’Escaut. Une dizaine de jours plus tard, de nombreux poissons ont été retrouvés morts en Belgique, toujours dans le fleuve de l’Escaut. Quelle est la situation un mois après le drame, qualifié de « plus gros incident écologique depuis 20 ans » par les écologistes ?

Dans la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 avril, la digue d’un bassin de décantation de l’usine Tereos d’Escaudœuvre s’est rompue. Cela a entraîné le déversement d’environ 100.000 m3 d’eau de lavage des betteraves dans le cours d’eau attenant. Selon l’Office français de la biodiversité, la vague d’eau contaminée a ensuite remonté les autres cours d’eau en amont, dont le fleuve Escaut.

La Belgique mise devant le fait accompli

La pollution engendrée n’est pas chimique, mais organique. La conséquence est la saturation du milieu aquatique et la destruction, faute d’oxygène, de la biodiversité présente dans et à proximité de l’eau. Outre la contamination des cours d’eau, la rupture de la digue a aussi engendré l’inondation de champs et d’une vingtaine d’habitations.

Selon la préfecture, l’entreprise a « rapidement signalé » l’incident aux autorités. Les autorités assurent aussi que « les mesures effectuées sur le terrain le 10 avril n’ont pas mis en évidence de pollution ». Pour autant, de nombreux poissons ont été retrouvés morts dans les communes environnantes dans les jours qui ont suivi. La préfecture affirme cependant qu’un « retour progressif à un taux d’oxygène normal a été mesuré », rendant inutile l’alerte des régions situées en aval.

Mais le 20 avril, un riverain du côté belge de l’Escaut a signalé la présence « anormalement élevée de poissons morts à la surface du fleuve ». Selon les autorités de la région Wallonne, c’est de cette manière qu’elles ont appris l’incident chez Tereos et ses répercussions en Belgique. Plusieurs maires de communes belges, dont Tournai, et le gouvernement Wallon ont dénoncé une « négligence » des autorités françaises. La préfecture du Nord, elle, assure que dès l’apparition « des premiers signes de pollution […] coté belge […] un échange a été instauré entre les services compétents ».

Le parquet de Cambrai reconnaît une « concordance temporelle »

Côté français, une enquête a été ouverte par le parquet de Cambrai. « Nous sommes en train de rassembler les éléments, notamment administratifs, pour savoir ce que l’entreprise avait le droit ou non de faire, savoir si elle était soumise à des contrôles et s’ils ont été respectés », explique à 20 Minutes le procureur, Rémi Schwartz. Sur les conséquences, le magistrat est plus prudent : « Je n’ai pas d’élément scientifique à ce stade pour confirmer ou infirmer que les mortalités piscicoles constatées dans le Valenciennois et en Belgique sont liées à cet incident. Reste qu’il y a une concordance temporelle qui permet de dire que c’est possible », déclare-t-il.

Pour les autorités belges, le coupable est sans aucun doute Tereos. « Un procès-verbal sera dressé à l’encontre du pollueur français », insiste le gouvernement wallon, précisant que le mis en cause « risque une amende pouvant atteindre un million d’euros. » L’industriel se défend en affirmant qu’il « est encore trop tôt pour établir de quelconques liens de causalité. »