VIDEO. Bouches-du-Rhône : Les oiseaux de Camargue profitent des derniers instants de quiétude avant le déconfinement

REPORTAGE Avec le confinement, la Camargue n’a jamais été aussi sauvage, pour le plus grand bonheur des oiseaux de la région qui s’épanouissent dans un calme impressionnant

Mathilde Ceilles
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En Camargue, les oiseaux peuvent bénéficier d'un calme olympien avec le confinement.
En Camargue, les oiseaux peuvent bénéficier d'un calme olympien avec le confinement. — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Avec le confinement, les oiseaux de Camargue bénéficient d’une quiétude exceptionnelle.
  • Le directeur du parc ornithologique de Pont-de-Gau espère pouvoir conserver ce silence après le déconfinement.

De notre envoyée spéciale en Camargue

Accroupi sur son observatoire qui surplombe d’interminables étendues d’eau baignées de soleil, Frédéric Lamouroux ne trouve plus les mots. Le directeur du parc ornithologique de Pont-de-Gau n’est pourtant pas avare d’explications et autres plaisanteries quand il arpente les allées de ce domaine qu’il connaît par cœur. Mais le spectacle qui s’offre à lui est d’une telle beauté qu’il ne peut que se taire, pour mieux le savourer. Devant ses yeux, à seulement quelques mètres de lui, des dizaines et des dizaines de flamants roses, de hérons, d’ibis et autres oiseaux fendent le ciel bleu turquoise du domaine dans une imperturbable quiétude.

Le millier de visiteurs qui peut déambuler dans ce parc au cœur de la Camargue, les jours de grande affluence, a en effet disparu, il y a cinquante jours, confinement oblige. Voilà sept semaines que Frédéric Lamouroux vient régulièrement faire un tour dans ce lieu dédié à abriter des centaines d’espèces d’oiseaux en tout genre, pour s’assurer que tout va bien. Et cinquante jours plus tard, Frédéric Lamouroux ne se lasse toujours pas d’assister, en spectateur privilégie, à ce ballet volant, incessant, dans ce qui a des airs de paradis coupé du monde

« Ce qui est fabuleux, c’est le silence »

Dans les soixante hectares, le temps semble suspendu. Le confinement donne au domaine une atmosphère toute nouvelle, véritable havre de paix pour les oiseaux, sans présence humaine, et dont Frédéric Lamouroux est le gardien secret. « Ce qui est fabuleux, c’est le silence », s’enthousiasme-t-il. Enfin, le silence… Certes, le vacarme des hommes a disparu. Le ronron des voitures sur la départementale qui jouxte le domaine n’est qu’un lointain souvenir. La buvette a des airs de no man’s land. Le tout laisse place aux chants des oiseaux, qui s’époumonent sans vergogne. « Des sons qu’on entendait à l’aube, vers 6 heures du matin, on les entend désormais à 10 h 30 ou 11 heures ! » s’étonne-t-il.

« Ecoutez ! C’est un rossignol ! » Frédéric Lamouroux marque le pas, guette le moindre gazouillis, qu’il peut immédiatement reconnaître, et s’en délecte comme un amateur de rock se régalerait du riff d’un guitariste virtuose. « C’est vrai que je suis comme un gosse dans un magasin de jouets, pour moi tout seul », s’amuse-t-il. Récemment, l’ornithologue a, comme à son habitude, compté les flamants roses dans le parc désert pour estimer la population sur place. « On se dit qu’il y a pire comme boulot quand même », rit-il.

Des ibis plus tranquilles

Dans ce recensement de vertébrés un peu particulier, le directeur du parc a fait un étonnant constat. « D’habitude, les ibis viennent pour prospecter en vue d’y construire un nid, mais ils ne s’y installent pas. C’est une espèce en effet craintive. Là, depuis le confinement, on en a une trentaine qui se sont installés. Est-ce lié au confinement ? C’est trop tôt pour le dire. Cinquante jours, ce n’est rien à l’échelle de la nature. »

En Camargue, scientifiques et passionnés continuent de veiller sur les oiseaux, malgré le confinement. Et si tous s’étonnent de l’absence de bruit et la prégnance du chant des oiseaux, qui laisserait penser à une explosion de leurs nombres la région, les premiers constats des spécialistes n’attestent pas la thèse d’un baby-boom de flamants roses et autres bêtes à plumes pendant cette période si particulière. « Les oiseaux sont là, mais il n’y en a ni plus, ni moins qu’avant, martèle Olivier Pineau, directeur du domaine de la Tour du Valat, un autre espace protégé qui travaille avec le parc ornithologique. Ce qui change en revanche, c’est l’absence de bruit. Ça, pour nous, c’est génial ! On aurait presque peur de l’après 11 mai ! »

Préserver le calme malgré le déconfinement

Reste en effet à préserver ce délicieux calme qui enveloppe les lieux de vie des oiseaux en Camargue, une fois le déconfinement venu. Situé à une centaine de kilomètres de plusieurs centres urbains comme Nîmes, Avignon ou Marseille, le parc ornithologique de Pont-de-Gau, qui espère pouvoir rouvrir la semaine prochaine, pourrait accueillir de nombreux visiteurs en mal de verdure, après des mois passés claquemurés dans leurs appartements.

« Nous n’allons pas ouvrir ce chemin, d’ordinaire accessible, explique ainsi Frédéric Lamouroux, en désignant au loin un ponton. Des oiseaux y ont installé leurs nids pendant le confinement, et nous ne voudrions pas les déranger ». Ce dernier espère par-dessus tout conserver le précieux silence qu’a apporté le confinement. « On pense proposer des matinées silencieuses, des demi-journées sans bruit, explique-t-il. Ce spectacle, j’aimerais le faire partager à d’autres. C’est un véritable défi que de mettre ça en place dans un parc. Mais on aimerait que les gens n’aient pas une attitude consumériste avec la nature. Qu’ils lèvent la tête et qu’ils puissent l’apprécier. » Une chouette idée, n’est-ce pas ?