Coronavirus à Marseille : Le déconfinement fait craindre une explosion de la pollution de l'air

ENVIRONNEMENT Dans la ville la moins cyclable de France et la plus embouteillée, le déconfinement inquiète les associations de protection de l'environnement, qui y voient un risque de hausse de la pollution de l'air

Mathilde Ceilles

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Marseille dans une brume de pollution, le 15 février 2019.
Marseille dans une brume de pollution, le 15 février 2019. — Boris HORVAT / AFP
  • La ville de Marseille pâtit d’une pollution de l’air depuis plusieurs années, en raison d’un manque de transports doux alternatifs.
  • Avec le déconfinement, les experts et associations environnementales craignent de voir la situation se dégrader.
  • Certains réclament le développement en urgence du vélo, qui permet de concilier contraintes sanitaires et respect de l’environnement.

Se balader à plus d’un kilomètre de chez soi, retrouver ses amis… Le déconfinement est attendu par tous les Marseillais. Mais il est craint aussi, et pas seulement en raison des risques sanitaires d’une telle mesure. Alors que le Premier ministre a détaillé le lan de déconfinement du gouvernement, à  Marseille, experts et associations environnementales s’inquiètent de voir la pollution atmosphérique exploser, une fois le confinement levé.

Un récent classement établi par Greenpeace désignait en effet Marseille comme la ville la plus mauvaise élève en matière de pollution de l’air. Il faut dire que la deuxième ville de France combine à la fois un déficit de transports en commun, un manque de pistes cyclables qui en fait la ville la moins cyclable de France et un recours plutôt ancré dans les habitudes à la voiture, ce qui la place sur le podium des villes les plus embouteillées de France.

Adieu les transports en commun

Alors que le déconfinement s’annonce couplé de contraintes dans les transports en commun, entre la crainte d’une contamination, le port du masque obligatoire et des fréquences réduites, les Marseillais vont-ils définitivement délaisser le peu de transports doux à leur disposition ? « Si on retrouve le niveau d’activité, en termes de circulation automobile, d’avant le 17 mars, on va avoir un problème quant à la qualité de l’air, s’alarme Dominique Robin, président d’Atmosud. Nous craignons que les Marseillais et ceux qui habitent aux alentours privilégient l’autosolisme, c’est-à-dire le fait de recourir à sa voiture pour se déplacer en étant seul à l’intérieur. »

« Le tiers de la pollution de l’air à Marseille et sa métropole est liée à la circulation automobile, déplore Stéphane Coppey, président de France Nature Environnement dans les Bouches-du-Rhône. Les transports collectifs absorbent 23 à 30 % des déplacements dans Marseille centre. Imaginez, la moitié de ces gens ne prennent plus les transports, par crainte. Les conséquences sur la qualité de l’air peuvent être catastrophiques. »

Le vélo comme solution d’urgence

Et d’appeler la métropole d’Aix-Marseille Provence à prendre des mesures d’urgence pour développer… le vélo, qui apparaît comme le mode de déplacement qui permet de respecter les contraintes sanitaires sans avoir de réel impact sur la pollution de l’air déjà marquée dans la cité phocéenne. « C’est une question de volonté politique, affirme Stéphane Coppey. On peut mettre en place des choses simples, comme le réaménagement de 2x2 voies. »

Contactée, la métropole fait savoir qu'« outre le fait que les préfets auront également un rôle majeur à jouer pour coordonner le déconfinement au niveau local, un travail et des dialogues constructifs sont engagés depuis plusieurs semaines avec les acteurs de la mobilité pour parvenir à une feuille de route complète permettant une reprise de l’activité et la sécurité maximum pour les voyageurs comme pour les personnels. Martine Vassal est attachée à proposer aux usagers qui le souhaitent et qui le peuvent des solutions alternatives aux transports en commun qui soient à la fois protectrices de leur santé et respectueuses de l’environnement. »