Une rivière (illustration).
Une rivière (illustration). — Pixabay / Pete Linforth

ENVIRONNEMENT

La France accusée de « négligence » par la Belgique après une grave pollution fluviale

Après la rupture d’une digue de l’usine Tereos de Thun-Saint-Martin, 100.000 m3 de liquide noirâtre se sont déversés dans la nature et ont pollué l’Escaut

Edit, vendredi, à 18h : La préfecture du Nord précise, dans un communiqué, que « les mesures effectuées (…) le 10 avril 2020 n’avaient pas mis en évidence de pollution ». Elle reconnaît qu’avec « un retour progressif à un taux d’oxygène plus normal », « il n’y a pas eu d’alerte aux régions situées en aval, en particulier côté belge ».

« Cependant, lorsque la mortalité piscicole est devenue significative côté français, poursuit la préfecture, des premiers signes de pollution ont également été mesurés côté belge. Dès lors, un échange a été instauré entre les services compétents des deux pays amis et l’Etat français est disposé à transmettre aux autorités belges, dans le respect de la procédure judiciaire en cours, toute information utile. »

La région belge de Wallonie a estimé à des dizaines de milliers de tonnes la quantité de poissons morts. La France est accusée par la Belgique de « négligence » pour avoir omis d’alerter sur une grave pollution fluviale qualifiée de « catastrophe environnementale ».

Un site du groupe sucrier français Tereos est à l’origine de cette pollution qui concerne l’Escaut, fleuve traversant la France, la Belgique et les Pays-Bas.

L’alerte lancée par un riverain

Dans un communiqué, la Wallonie, région frontalière avec l’Hexagone, regrette qu’une pollution survenue le 9 avril près de Cambrai n’ait « jamais été signalée par la France aux autorités belges », en infraction avec une procédure d’alerte internationale. Il a fallu attendre le 20 avril pour recevoir l’alerte d’un riverain belge de l’Escaut s’inquiétant de « la présence anormalement élevée de poissons morts à la surface du fleuve », est-il ajouté.

Selon le communiqué, « la Wallonie, quant à elle, a immédiatement prévenu la Flandre [autre région belge en aval] et les Pays-Bas de l’imminence de la pollution ». La France est désormais invitée à « faire la clarté sur cette négligence ».

Une plainte déposée « d’ici la fin de semaine »

Au total 100.000 m3 de liquide noirâtre, essentiellement des matières organiques, se sont déversés dans la nature, conséquence de la rupture d’une digue de l’usine Tereos de Thun-Saint-Martin (Nord) qui retenait des eaux de lavage de betteraves. Selon l’Office français de la biodiversité, ces eaux de lavage ont « rapidement saturé le milieu aquatique ». En se dégradant dans l’eau, ces matières organiques consomment l’oxygène présente et « asphyxient tous les organismes vivant à proximité ».

Une plainte sera transmise aux autorités françaises d'« ici à la fin de la semaine », a indiqué un porte-parole de la région wallonne, Nicolas Yernaux. Le principe du « pollueur-payeur » pourrait valoir à Tereos une amende allant jusqu’à un million d’euros « et ce uniquement en Wallonie », selon la région. De son côté, le parquet de Cambrai a indiqué avoir ouvert une enquête judiciaire pour déterminer précisément les conséquences de la rupture de la digue.