Coronavirus : Des traces du virus dans l'eau à Paris ? On démêle le vrai du faux

FAKE OFF Après la découverte de traces du coronavirus à l'origine du Covid-19 dans le réseau d’eau non potable de Paris, 20 Minutes fait le point 

Béatrice Colin

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Selon l'Organisation mondiale de la santé, boire l'eau du robinet ne comporte aucun risque de contracter le coronavirus. (Illustration)
Selon l'Organisation mondiale de la santé, boire l'eau du robinet ne comporte aucun risque de contracter le coronavirus. (Illustration) — A. Gelebart / 20 Minutes
  • Dimanche, la mairie de Paris a indiqué que des traces infimes du coronavirus avaient été détectées dans son réseau d’eau non potable.
  • Si l’eau du robinet est propre à la consommation, celle qui circule dans les réseaux d’assainissement peut comporter des traces du virus.
  • Avec pour conséquences, une présence de traces du virus dans les boues d’épuration ou les milieux naturels.

Dimanche, le laboratoire de la régie municipale Eau de Paris a indiqué avoir découvert des traces du coronavirus en quantité infime sur quatre des 27 points de prélèvements sur le réseau d’eau non potable. Même si ce dernier est utilisé uniquement pour le nettoyage des rues, l’arrosage des jardins ou les fontaines, la mairie a immédiatement suspendu son utilisation au nom du « principe de précaution ». Tout en martelant qu’il n’y avait aucun risque sur l’autre réseau, celui d’eau potable.

De quoi susciter la suspicion sur l’eau du robinet, mais aussi sur la présence du virus en général, que ce soit dans les eaux usées ou celles des fleuves et rivières françaises. Là même où est prélevée l’eau servant à alimenter les populations. Comme à Paris, où l’eau provient de la Seine et du Canal de l’Ourcq.

20 Minutes démêle le vrai du faux sur la présence, ou pas, du virus dans l’eau… toutes les eaux.

FAKE OFF

Au début de l’épidémie de Covid-19, certains Français ont décidé de se tourner vers les eaux minérales, en remplissant leurs chariots de bouteilles en plastique, de peur de retrouver le fameux coronavirus dans le filet d’eau qui s’écoulait de leur robinet.

Jusqu’à ce que les responsables de ce secteur battent en brèche cette idée reçue et affirment que l’eau potable reste bien potable et n’est pas une source de contamination possible pour les populations.

Une eau du robinet sûre

« Les virus ne résistent pas aux traitements habituellement apportés à l’eau pour la rendre potable. Les agences sanitaires, dont l’Organisation Mondiale de la Santé, ont indiqué que le virus ne montre pas de résistance particulière à ces traitements. Il n’y a aucun risque de présence du Covid dans l’eau du robinet, c’est une certitude. Elle est sûre et indispensable pour lutter contre la propagation du virus, pour se laver les mains et pour rester à la maison », indique Tristan Mathieu, délégué général de la Fédération professionnelle des entreprises de l’eau (FP2E) contactée par 20 Minutes.

Pour être sûr que rien ne passe à travers les mailles du filet, de nombreux gestionnaires français des réseaux d’eau, avec l’aval des Agences régionales de l’eau, ont ainsi augmenté le taux de chlore.

C’est le cas de celle du bassin rennais, qui, pour « maintenir une désinfection efficace de l’eau distribuée » dans la capitale bretonne, a autorisé que la concentration en chlore en sortie des usines d’eau potable puisse aller jusqu’au double de la teneur habituelle. Comme à Caen et dans de nombreuses autres villes françaises.

Une eau au goût plus chloré que d’habitude qui peut avoir une autre origine. « Le confinement de la population et l’arrêt de certaines activités industrielles et tertiaires peuvent avoir un effet sur les habitudes de consommation, et donc sur la circulation de l’eau dans les canalisations. Des utilisations plus importantes et plus fréquentes dans les zones d’habitation provoquent un plus grand renouvellement de l’eau dans certaines canalisations, et apportent au robinet une eau en provenance des usines de production d’eau potable qui peut être plus « fraîchement chlorée », explique de son côté Jean-Charles Laclau, directeur du Cycle de l’eau à Toulouse Métropole.

Présence dans les eaux usées

Mais si elle est bonne à boire, l’eau, une fois consommée, peut être polluée par les malades du Covid-19. C’est ainsi que l’on retrouve le virus dans les eaux usées, qui filent tout droit dans les stations d’épuration. Que ce soit à travers les matières fécales ou les lingettes jétées dans la cuvette des WC, relève France Nature Environnement dans un dossier consacré à la question.

Une présence avérée, au point que des équipes de chercheurs estiment qu’à l’avenir on pourrait détecter la présence du virus et l'ampleur d'une épidémie grâce aux analyses réalisées dans ces sites d’assainissement.

En attendant d’en arriver là, les autorités ont dû faire face à une question bien plus urgente. Que faire des boues récupérées une fois que le filtrage de l’eau est réalisé ? Car habituellement, celles-ci sont destinées à être épandues sur les champs agricoles pour fertiliser la terre, au même titre que le fumier et le lisier.

Pour éviter de disséminer le virus, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a décidé de prendre des mesures et de ne plus autoriser l’épandage « durant l’épisode épidémique sans hygiénisation préalable », a-t-elle indiqué début avril. Un traitement possible grâce à la chaux, au compostage ou encore au séchage.

« Pour ce qui concerne, les boues non hygiénisées, qui correspondent à 16 % des boues produites, le principe de précaution doit conduire à ne pas épandre ces dernières dans la mesure où le virus peut être présent dans ces boues et on ne connaît pour le moment pas bien sa durée de vie dans cet environnement. Une circulaire a donc été envoyée en ce sens aux préfets avec des consignes précises. Cela implique aux services de l’État d’étudier avec les exploitants des stations d’épuration concernées les solutions à mettre en place », indique à 20 Minutes le ministère de l’Ecologie.

Et dans les milieux aquatiques aussi

Les eaux usées, une fois dépolluées et « propres », repartent de là où elles ont été initialement prélevées pour alimenter le réseau d’eau potable. A Toulouse, elles repartent à la Garonne, à Paris vers la Seine.

« C’est un classique des épidémies, on trouve toujours dans les eaux d’égouts des traces d’épidémie, que ce soit la gastro-entérite, la grippe classique, et aujourd’hui le Covid parce que très simplement quand les gens sont malades, ils passent aux toilettes. Et ce virus est dans les matières fécales. Fort heureusement, après les égouts, il arrive en station d’épuration. Le virus y est largement traité, mais il y a encore des traces qui repartent au milieu naturel, et c’est pour cela qu’on en retrouve notamment dans l’eau non potable », a ainsi développé au micro de RTL, Célia Bauel, présidente d’Eau de Paris et adjointe au maire de la capitale.

La présence du virus dans l’eau est-elle dangereuse pour l’homme ?

Avoir des traces infimes du Covid-19 doit-elle inquiéter la population ? Pas vraiment si on en croit les spécialistes. Anne Goffard, virologue au CHU de Lille interrogée par LCI​ précise qu’une fois qu’il se retrouve dans l’eau « le coronavirus est dégradé très rapidement, son enveloppe virale est détruite et du coup le virus n’est plus infectieux, il perd toute sa capacité d’infecter ».

D’autant que comme le précise Karine Lacombe, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital parisien Saint-Antoine « on sait que le virus ne peut pas se multiplier dans l’environnement parce qu’il a besoin des cellules humaines et de s’approprier les enzymes des cellules humaines pour se multiplier ».