Coronavirus : La baisse de la pêche en France aura-t-elle un impact positif sur la biodiversité marine ?

EPIDEMIE L’épisode de confinement a engendré une baisse notable des quantités de poissons pêchés

Camille Allain

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Illustration d'un banc de poissons, ici en mer Méditerranée.
Illustration d'un banc de poissons, ici en mer Méditerranée. — B. Horvat / AFP - Montage PicMonkey
  • La moitié de la flotte de pêche française est actuellement à l’arrêt et les captures sont en baisse.
  • Les scientifiques s’interrogent sur l’impact de cette baisse sur le milieu marin. Les espèces vont certainement en profiter mais la trêve sera courte.
  • Certains craignent un rattrapage de la part des compagnies de pêche. Ces dernières n’y croient pas.

Et si le confinement offrait une trêve printanière improvisée aux poissons et crustacés ? Avec la propagation rapide du coronavirus, bon nombre de navires de pêche ont rangé les filets et casiers ces dernières semaines. D’après le comité national des pêches, la moitié de la flotte française serait actuellement à l’arrêt. De quoi offrir un vrai répit à la biodiversité marine ? Pas si certain.

« C’est un peu tôt pour tirer des conclusions. La baisse des captures ne fera pas de mal au milieu halieutique. Mais pour savoir si ça a vraiment fait du bien, il faudra attendre la fin de l’année », prévient Alain Biseau. Ce chercheur de l’Ifremer basé à Lorient reconnaît cependant que la baisse d’activité et l’absence de plaisanciers peuvent offrir un moment de relative quiétude au milieu aquatique. « On le voit sur terre avec le retour d’animaux sauvages en ville. Pour les oiseaux par exemple, ça peut être bénéfique en cette période de nidification ».

« Ce qui n’a pas été pêché ne le sera jamais »

Si le scientifique ne veut pas tirer de conclusions hâtives, c’est aussi qu’il s’interroge sur la longueur de cette parenthèse. « On parle de quelques mois, d’autant que l’activité se poursuit. Mais qui nous dit qu’il n’y aura pas un rattrapage à l’issue du confinement ? ». Pour le savoir, nous avons interrogé le patron de la Scapêche, le premier armement français, lui aussi installé à Lorient (Morbihan). « C’est très difficile d’envisager de rattraper les tonnages. Ce qui n’a pas été pêché ne le sera jamais. Il n’y aura pas de marché​ », assure Sylvain Pruvost, président de la Scapêche, qui évoque les « saisons » de pêche pour appuyer ses arguments. Depuis le début du confinement, la société propriété du groupe Intermarché a vu son tonnage baisser de 25 % environ.

Mais la situation ne devrait pas durer. D’autant que les bateaux français ne représentent qu’une petite partie de la flotte qui officie en Atlantique et Méditerranée. « Les gros chalutiers travaillent déjà 24 heures sur 24 et tapent dedans au maximum. Je ne vois pas comment ils pourraient faire plus », regrette Loïc. Ce petit pêcheur indépendant installé sur l’île de Groix milite pourtant pour une pause annuelle d’interdiction de pêche et voit ce confinement comme une aubaine pour les espèces.

Mais tout le monde n’est pas de cet avis. « Je ne crois pas du tout à la pause pour l’écosystème car nous sommes bien les seuls à avoir ralenti la pêche. Les Espagnols, les Hollandais, les Anglais… Ils sont toujours en mer », prévient Hubert Carré, le directeur général du comité des pêches. Selon lui, seules les espèces côtières présentent « dans les 12 milles » marins (une zone de 22 kilomètres au large de nos côtes), pourraient en bénéficier. « Ceux qui sont tranquilles, ce sont les crabes, les homards et les langoustes. Eux, personne ne les pêche parce que ça ne se vend pas ».

« Le confinement, c’est une petite parenthèse »

Au-delà de la pêche professionnelle, c’est aussi l’absence totale de plaisanciers sur l’eau qui pourrait faire du bien au milieu. Si l’impact sur la ressource est moindre, le calme pourrait permettre aux espèces de vivre plus tranquillement. A l’image d’un requin-pèlerin qui a osé s’aventurer dans le port de Brest la semaine dernière. « Le confinement, c’est une petite parenthèse. Les animaux peuvent sans doute se nourrir plus tranquillement avoir un comportement plus naturel en n’étant pas dérangé. Mais ce n’est pas magique », prévient Alexandra Rohr, chargée de mission à l’Apecs (Association pour l’étude et la conservation des sélaciens) installée à Brest.

Pour elle, le confinement doit avant tout servir de période de réflexion autour de notre impact habituel sur l’écosystème terrestre et marin. Même s’il admet que « tout n’est pas parfait », le chercheur de l’Ifremer Alain Biseau reconnaît d’ailleurs que cette prise de conscience a eu lieu dans la tête des pêcheurs mais aussi des décideurs. « Les recommandations des scientifiques sont aujourd’hui écoutées, suivies. Les engins de pêche se sont améliorés et ils sont de moins en moins nombreux. Tout ça contribue à une amélioration de la ressource dans l’Atlantique », assure Alain Biseau. Une lueur d’espoir dans les eaux sombres de l’océan.