Pyrénées : Mais de quoi a bien pu mourir l’ours Cachou ?

BIODIVERSITE Accident, maladie ou empoisonnement. En attendant l’autopsie de Cachou, l’ours de 5 ans retrouvé mort jeudi dans les Pyrénées espagnoles, toutes les hypothèses sont ouvertes

Hélène Ménal

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Un ours brun. Illustration.
Un ours brun. Illustration. — Whitewolf - Sipa
  • L’ours Cachou, 5 ans, a été retrouvé mort jeudi sur le versant espagnol des Pyrénées.
  • Une autopsie de sa dépouille doit être pratiquée à Barcelone. Elle doit éclairer les causes du décès de ce mâle qui n’avait plus la vulnérabilité d’un ourson.
  • Quand un chasseur ne s’en mêle pas, les ours des Pyrénées dont le cadavre est retrouvé, sont le plus fréquemment victimes d’accidents.

Il n’est pas décharné, il semble même plutôt dodu au sortir de l’hibernation, avec un beau pelage. Et il ne présente a priori pas de blessure visible. La photo de la dépouille de l’ours Cachou diffusée jeudi par les autorités de la communauté autonome du Val d’Aran, ne cesse d’être « zoomée », scrutée, notamment par les défenseurs des plantigrades qui attendent de pied ferme, sans en connaître la date, les résultats de l’autopsie qui doit avoir lieu dans un laboratoire de l’université autonome de Catalogne.

Le cadavre a-t-il été retourné ? Ou déplacé ? « Un premier examen pourrait être me semble-t-il rapide, en attendant des analyses plus poussées, avance Alain Reynes, le directeur de l’association Pays de l’Ours-Adet . Il est normal que des ours naissent, vivent et meurent dans les Pyrénées comme ailleurs, mais ce qu’il faudra surtout, c’est en tirer les leçons ».

En attendant les résultats, que le confinement des équipes de part et d’autre de Pyrénées ne va pas accélérer, les spécialistes en sont réduits aux hypothèses.

Pour Melba en 1997, c’était un chasseur

Alors, de quoi meurent les ours des Pyrénées, en général ? Pour la mort de Melba, premier épisode traumatisant de la série en 1997, il n’y a pas de mystère : un chasseur lui a tiré dans la tête. Il a été condamné pour son geste. Or, Cachou, grand prédateur de brebis et équidés en terres espagnoles, avait su s’attirer une certaine animosité dans le milieu pastoral.

Il était d’ailleurs très surveillé par les autorités qui l’avaient équipé d’un collier GPS pour prévenir ses attaques. C’est d’ailleurs grâce à cet appareil, anormalement immobile, que la dépouille a été retrouvée. Mais, « personnellement, j’écarte cette hypothèse, explique Sabine Matraire, vice-présidente de l’association Ferus. Une balle, ça se voit, ils n’auraient pas pris le risque de ne pas le dire tout de suite ». « Ça semble peu probable effectivement », estime Alain Reynes.

L’hypothèse de la mort accidentelle

Ensuite, quand la population ursine des Pyrénées est endeuillée, il s’agit plus fréquemment d’accidents. Même si on soupçonne Pyros, le Casanova du massif, d’être mort de vieillesse au vénérable âge de 29 ans. Balou, le propre père de Cachou, a fait une énorme chute en 2014, probablement à la suite d’un foudroiement un jour d’orage. Quant à l’ourse slovène Franska, elle a été percutée par un véhicule, en août 2007, sur une route des Hautes-Pyrénées.

La photo de Cachou, qui le montre, semble-t-il, couché sur le dos dans un endroit escarpé, ne semble pas indiquer qu’il ait connu le même sort. Mais on ne peut pas non plus exclure qu’il ait été d’abord blessé puis soit venu mourir là. « Il a pu avoir une plaie qui s’est infectée », suggère Sabine Matraire.

Une bagarre entre mâles ?

Il a peut-être aussi été blessé dans une bagarre avec un autre ours. Cachou, sans descendance connue, avait « l’âge moyen auquel les ours commencent à se reproduire », souligne Alain Reynes. Or, à la sortie de l’hibernation, la période de rut commence pour les plantigrades, avec ses démonstrations de force et ses rivalités.

Si la mort de Cachou n’a pas été violente, seule des analyses poussées pourront dire s’il a succombé à une maladie. Les associations Ferus et Pays de l’Ours-Adet s’avouent « intriguées » par un article publié justement jeudi par le quotidien espagnol La Vanguardia. On y lit qu’en septembre 2019, les autorités du Val d’Aran ont utilisé un fongicide, qui entraîne des vomissements, pour faire régurgiter au prédateur Cachou la charogne d’une jument qu’il avait tuée.

Ce traitement « aversif » est déjà utilisé sur les ours en captivité du parc d’Aran. Apparemment, l’opération devait être renouvelée ce printemps mais ne l’a pas encore été. « On ne trouve que ce qu’on cherche et j’espère qu’on nous donnera des réponses sur l’utilisation de ce fongicide », prévient Alain Reynes.