Coronavirus en Thaïlande : La situation pourrait devenir catastrophique pour les « éléphants à touristes »

ANIMAUX Les parcs à éléphants ont dû fermer leurs portes et de nombreux pachydermes se retrouvent mal nourris et parfois enchaînés

20 Minutes avec agences

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Illustration d'un éléphant.
Illustration d'un éléphant. — HOerwin56

Le coronavirus a fait fuir les touristes de Thaïlande et les conséquences sont dramatiques pour les éléphants. Ainsi, 2.000 pachydermes se retrouvent au chômage, pour certains mal nourris et enchaînés dans des camps désertés. Sans aide d’urgence, la situation pourrait devenir catastrophique, d’après les professionnels du secteur.

Le constat est alarmant dans de nombreuses structures où les éléphants « se battent parfois entre eux et se blessent », explique Saengduean Chailert de l’Elephant Nature Park, un refuge pour 84 pachydermes à la pointe du bien-être animal.

Les parcs fermés depuis mi-mars

Avant la pandémie, les conditions de vie de ces animaux étaient déjà souvent stressantes : beaucoup de parcs en Thaïlande qui vendent éthique et respect dissimulent en réalité un juteux business où le dressage reste brutal. Mais la situation est encore plus alarmante depuis fin janvier.

Le coronavirus a contraint les visiteurs chinois (plus de 25 % des touristes du royaume) à rester chez eux. Puis, les camps ont été désertés à mesure que la maladie progressait dans le monde. Mi-mars, les autorités ont ordonné la fermeture temporaire de tous les parcs à éléphants pour tenter d’enrayer la propagation du Covid-19, qui a, à ce jour infecté, plus de 1.500 personnes en Thaïlande.

« Beaucoup ne pourront sans doute pas rouvrir »

Mae Taeng, l’un des plus grands du pays, peut tenir sur ses réserves. Il accueillait jusqu’à 5.000 visiteurs par jour avant la crise et percevait des retombées financières importantes, grâce aux promenades à dos d’éléphants et à des spectacles controversés mettant en scène des pachydermes en train de danser ou de peindre. Mais des dizaines de petites structures ne peuvent déjà plus s’acquitter des frais.

La plupart louent leurs éléphants, entre 700 et 1.200 dollars par mois. A cela s’ajoute une cinquantaine de dollars pour nourrir chaque jour le pachyderme et payer son mahout (gardien, maître de l’éléphant). « Beaucoup ne pourront sans doute pas rouvrir après la crise », souligne ainsi Saengduean Chailert. Un grand nombre de ces lieux ont déjà renvoyé les animaux à leurs propriétaires.

Danger pour les mahouts aussi

Malgré l’interdiction de leur exploitation dans l’industrie forestière depuis 1989, certains éléphants risquent d’être « employés à nouveau au transport du bois, responsable de nombreuses blessures », craint Theerapat Trungprakan, président de la Thai Elephant Alliance Association. D’autres commencent déjà « à retourner mendier » dans les rues avec leurs mahouts. Pour ces derniers, la situation est en effet tout aussi inquiétante et un grand nombre a été licencié.

La Thaïlande compte 3.800 pachydermes domestiqués. Les remettre en liberté est impossible car ils entreraient en conflit avec les quelque 3.000 spécimens encore à l’état sauvage dans le pays ou pourraient être victimes d’accidents ou de maladies.