Coronavirus : Réseau électrique, centrales nucléaires, carburant, faut-il craindre la panne d’énergie ?

ENERGIE Le coronavirus et les mesures de confinement prises pour endiguer la propagation du virus posent la question de la continuité des services essentiels. Parmi lesquels l’énergie. Comment s’organisent EDF et les autres opérateurs du secteur ?

Fabrice Pouliquen

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Une ligne électrique à haute tension à Saint-Philbert-sur-Risle, dans l'Eure.
Une ligne électrique à haute tension à Saint-Philbert-sur-Risle, dans l'Eure. — JOEL SAGET / AFP
  • Dès vendredi, Elisabeth Borne a demandé aux énergéticiens de s’organiser pour assurer la continuité de leur service en cas d’épidémie.
  • L’épidémie et les mesures de confinement associées font-elles exploser nos consommations d’énergie ? Comment font face les opérateurs, comme EDF ou RTE ?
  • Tour d’horizon des questions énergétiques que pose, en France, le coronavirus.

C’est l’un de ces services essentiels à assurer même en temps de crise « coronavirus » : la production et l’approvisionnement en énergie des Français. Comment s’organisent les opérateurs du secteur ? Faut-il s’inquiéter ? Eléments de réponses.

Avec le confinement, la demande en électricité augmente-t-elle ?

Au contraire. « On a constaté ce matin une baisse de la consommation d’électricité d’environ 10 % par rapport à un lundi normal de mars », indiquait ce lundi RTE, le gestionnaire du réseau à haute tension. Et cette tendance baissière devrait se confirmer encore ces prochains jours avec le renforcement des mesures de confinement annoncés par Emmanuel Macron.

« Cette baisse s’explique surtout par le ralentissement de l’activité économique, précise à 20 Minutes une porte-parole de RTE. Nous avions déjà observé une baisse de la consommation avec la fermeture des restaurants, bars et commerces en fin de semaine dernière. On s’attend à de mêmes effets si de plus en plus d’industries ferment temporairement leurs usines. » C'est le cas dans le secteur automobile, où plusieurs grands groupes ont annoncé des fermetures de sites industriels  en France, et plus largement en Europe.

Jusqu’où chutera la consommation électrique française ? « La situation est totalement inédite et donc difficile à prévoir », répond-on à RTE. Eco2mix, un outil que met en ligne RTE, permet de suivre cette consommation électrique française en continu. A 9h ce mardi, la consommation française était de 59.354 mégawatts (MW). Elle était de 68.912 MW une semaine plus tôt. « Ce qu’on remarque aussi, c’est que la courbe est plus lisse qu’a l’accoutumée, indique la porte-parole de RTE. Par exemple, 9h correspond habituellement à un pic de consommation électrique correspondant à la prise de poste en entreprises. Il était moins marqué ce mardi. »

Faut-il craindre une baisse de la production d’électricité ?

Coronavirus ou pas, la règle d’or ne change pas sur le réseau électrique : il y a toujours un équilibre à trouver pour que la production d’électricité soit égale à la consommation. En temps « normal », les consommations sont plus fortes de 9h à 13h, puis redescendent dans l’après-midi et remontent le soir. « L’épidémie de coronavirus casse un peu ce schéma, les prévisions de consommation sont plus compliquées à dresser, explique la porte-parole de RTE. Mais, nous sommes habitués à ce travail d’ajustement. Surtout, la production d’électricité est aujourd’hui largement suffisante pour couvrir la consommation française qui, en plus, baisse. C’est plus facile, dans ce contexte, de faire face à la situation. »

Toute la question, alors, est de savoir si EDF sera en mesure de maintenir les capacités de production d’électricité sur le long terme, dans ce contexte d’épidémie. Depuis le début des années 2000, EDF a un plan « pandémie » qui a été mis à jour en 2009, puis en 2013, au moment des crises du H1N1 et du SRAS. Il doit permettre de faire tourner les 19 centrales nucléaires françaises – qui couvrent 72 % de la production électrique française – avec seulement 60 % du personnel présent.

EDF a déjà activé ce plan « pandémie », lundi, dans sa centrale de Flamanville (Manche), « en réponse à la progression du coronavirus dans le Cotentin et parce que nous avions aussi des suspicions de cas parmi nos salariés », précise-t-on au service presse de l’entreprise. Concrètement, seules les équipes de quart et celles qui assurent la sécurité (agressions extérieures type terroristes) et la sûreté (problèmes techniques, accident) sont désormais autorisées à travailler dans la centrale. Soit 100 personnes au lieu des 800 habituelles. 

Ce mardi midi, ce plan pandémie n’avait été déployé dans aucune autre des 18 centrales françaises d’EDF. Mais la situation peut rapidement évoluer en fonction de la propagation du virus. « Dès fin janvier, au regard de la situation en Chine, nous avions mis en place une cellule de coordination renforcée au sein du groupe, puis nous avons déclenché une cellule de crise le 2 mars dernier, reprend-on au service communication de l’énergéticien. Depuis, nous sommes en lien permanent avec les autorités publiques et l’ensemble de nos sites pour faire face à la situation. »

Quoi qu’il en soit, « il n’y a aucune menace sur la production d’électricité en France, insiste-t-on à EDF. Le but d’un plan pandémie est justement d’assurer la continuité de notre activité, même avec un effectif réduit. » Le déclenchement du plan à Flamanville n'a en tout cas eu aucun impact, les deux réacteurs de la centrale étant en arrêt pour maintenance. 

Et pour le carburant et le gaz ?

« Le carburant se stocke et ne pose donc pas les mêmes défis que l’électricité », souligne-t-on à l’Ufip (Union française des industries pétrolières). Ce qui rend cette pandémie plus simple à gérer ? « On n’est pas inquiet, indique Alain Castinel, directeur de communication de l’organisation professionnelle. Les frontières ne sont pas fermées aux marchandises. Aucun problème d’approvisionnement ne nous a été remonté, il n’y en a pas eu d’ailleurs, à ce jour, en Italie. »

Au sujet des mesures de confinement instaurées en France depuis ce mardi midi, Alain Castinel rappelle que « la logistique pétrolière a déjà eu des soubresauts et des crises. Elle est robuste et agile et les gens ont l’habitude de travailler dans des modes dégradés. » « En raffinerie, par exemple, une activité qu’il faut faire marcher 24h/24, pour un poste en quart, il y a six ou sept personnes qui se relaient, afin de tenir compte des week-ends, des congés, de la formation..., illustre-t-il. Il sera donc possible d’assurer la continuité de certaines fonctions, même avec des absences liées au coronavirus. Et les mesures de bon sens – port de masques, respect des distances – sont bien entendu prises »

Si effet coronavirus il y a, il est sur les prix à la pompe, qui continuent de dégringoler ce lundi. En une semaine, le prix du litre du gazole, le carburant le plus vendu en France, a perdu 6,01 centimes, à 1,3012 euro en moyenne à la pompe. « L’épidémie et le ralentissement économique associé ont eu pour effet un fort ralentissement de la demande en pétrole, en particulier en Chine, premier pays importateur », confirme Alain Castinel.

Un plan de continuité de l’activité également enclenché à RTE

Tout comme EDF, le gestionnaire du réseau électrique français assure avoir activé un plan pour assurer la continuité de ses missions, dont la principale est l’approvisionnement des Français en électricité. « Nous avons généralisé le télétravail pour les missions pouvant être réalisées à distance, précise une porte-parole du groupe. Concernant les activités devant être réalisées en présentiel, seules celles indispensables au bon fonctionnement du réseau électrique et à l’approvisionnement restent maintenu. C’est par exemple la gestion des flux d’électricité en temps réel ou la maintenance des postes électriques et des lignes électriques par exemple. Toutes les opérations de maintenance non urgentes ont été reportées. »