Bretagne : Comme « Les Oiseaux » d’Hitchcock, les choucas des tours font des ravages

NATURE Les agriculteurs de la région sont excédés par les ravages occasionnés par ces oiseaux

Jérôme Gicquel

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Cousins des corneilles et des corbeaux, les choucas des tours font des ravages dans les exploitations agricoles bretonnes.
Cousins des corneilles et des corbeaux, les choucas des tours font des ravages dans les exploitations agricoles bretonnes. — MARY EVANS / SIPA
  • Depuis une dizaine d’années, les choucas des tours prolifèrent en Bretagne, occasionnant d’importants dégâts dans les exploitations agricoles.
  • Face à ce fléau, les autorités ont donné le feu vert l’an dernier pour la destruction de milliers d’oiseaux.
  • Des associations de protection de la nature ont dévoilé ce mardi des solutions alternatives pour tenter de résoudre le problème.

Alfred Hitchcock n’a jamais tourné dans le Finistère. Mais à en croire le député MoDem Erwan Balanant, le département aurait pu être un lieu de tournage parfait pour son film Les Oiseaux. Depuis une dizaine d’années, les choucas des tours, une espèce protégée de la famille des corvidés que l’on confond souvent avec le corbeau ou la corneille noire, ont envahi la pointe bretonne, et même plus largement la région. Mais plutôt que d’y résider paisiblement, les choucas prennent un malin plaisir à ravager les cultures, occasionnant d’importants dégâts dans les exploitations agricoles.

« C’est une vraie catastrophe, s’insurge Véronique Le Floc’h, secrétaire générale de la Coordination rurale et éleveuse de vaches laitières à Elliant près de Quimper. Ils s’attaquent aux semis de maïs et aux plants dans les champs et percent les bâches des stocks de fourrage qui nourrissent les bêtes ».

Des abattages autorisés dans le Finistère et les Côtes-d’Armor

Les agriculteurs ne sont pas les seuls victimes des choucas qui rôdent aussi dans les villes. « Vous avez des nuées de choucas extrêmement importantes au-dessus de Quimperlé, qui sont assez perturbants ne serait-ce que tout simplement pour profiter de son jardin durant les beaux jours », avait indiqué en avril 2019 le député Erwan Balanant lors d’une séance des questions au Gouvernement.

Face à ce « véritable » fléau, les autorités ont donné leur feu vert l’an dernier pour la destruction de 12.000 choucas dans le Finistère et 4.000 dans les Côtes-d’Armor. Des quotas très insuffisants pour Véronique Le Floc’h. « Il y aurait 300.000 choucas rien que dans le Finistère donc ce n’est pas en en abattant 12.000 qu’on va régler le problème », indique la syndicaliste agricole. Excédés, certains de ses collègues préconisent d’ailleurs de déclasser l’espèce pour permettre sa régulation.

Des solutions alternatives proposées par les associations naturalistes

Des solutions « radicales et inefficaces » qui font bondir les associations de protection de la nature, qui estiment que « la cohabitation est possible ». « Ce n’est pas en faisant la guerre qu’on règle les problèmes », souligne Jean-Pierre Roullaud, référent agriculture et biodiversité à Bretagne Vivante.

Alors qu’une étude scientifique vient tout juste d’être lancée par la Dreal pour mieux cerner l’espèce, des membres de l’association et de la LPO se sont rendus ce mardi sur une exploitation finistérienne pour dévoiler des solutions alternatives à la prolifération des choucas. « L’enjeu pour les agriculteurs va être de limiter l’accès des choucas à la nourriture, notamment dans les bâtiments d’élevage », indique Jean-Pierre Roullaud, évoquant comme solutions « la mise en place de filets sur les bâches en plastique » ou « une plus grande fermeture des bâtiments ».

Les associations de protection de la nature interpellent également les élus et les particuliers, les invitant à réduire sensiblement les sites de reproduction des choucas, à commencer par les cheminées. « Pour éviter les risques d’incendies, il faudrait pouvoir obturer ces cheminées, grâce à une aide publique par exemple, tout en évitant d’impacter les autres espèces », souligne le militant associatif, bien conscient que le problème ne sera pas réglé en quelques jours.