Pollution : Les VTC doivent-ils donner l’exemple en passant au 100 % électrique ?

MOBILITE Près de 30.000 VTC sont enregistrés en Ile-de-France et roulent encore massivement au diesel. La campagne #TrueCostOfUber, lancée par des ONG environnementales, demandent que ces voitures passent au 100 % électrique d’ici à 2025. Jouable ?

Fabrice Pouliquen

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Des voitures de transport avec chauffeur (VTC) bloquent la porte Maillot, à Paris, le 18 décembre 2015, lors d'une grève des chauffeurs contre la plateforme Uber. (Photo illustration).
Des voitures de transport avec chauffeur (VTC) bloquent la porte Maillot, à Paris, le 18 décembre 2015, lors d'une grève des chauffeurs contre la plateforme Uber. (Photo illustration). — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • La France s’est fixé l’objectif d’atteindre un million de véhicules électriques en circulation en 2022. Mais pour l’instant, l’électrification du parc français patine. Aux VTC de donner un coup de pouce ?
  • C’est l’idée de la campagne #TrueCostOfUber, qui demandent aux plateformes VTC de faire en sorte que les véhicules enregistrés dans leur base, roulant essentiellement aujourd’hui au diesel, soient à 100 % en mobilité propre d’ici à 2025.
  • La pétition, lancée par plusieurs ONG environnementales, ne concerne pas seulement la France, mais aussi l’Europe et les Etats-Unis. Mais elle a une résonance particulière dans l’Hexagone à l’approche des municipales.

De 10.000 en 2016 à environ 30.000 aujourd’hui. Le nombre de Véhicules de transport avec chauffeur (VTC) enregistrés en Ile-de-France a triplé en trois ans. Et le marché ne serait pas encore arrivé à saturation. « Dans le grand Londres, on en compte déjà plus de 100.000 aujourd’hui », compare Yoann Le Petit, chargé de nouvelles mobilités au sein de Transport & Environnement, fédération d’une cinquantaine d’ONG européennes spécialisées.

Bon pour la planète ? Oui, dit Uber France, mastodonte du secteur. La compagnie présente les VTC comme « un moyen d’aider les citadins à délaisser la voiture individuelle pour passer à la mobilité partagée et électrique. »

Au détriment aussi des mobilités propres ?

Uber s’appuie sur une enquête en ligne du bureau d’études 6t, menée en 2018 auprès de 1.966 Franciliens usagers de la plateforme. Parmi les sondés, 17 % déclaraient avoir abandonné au moins une voiture de leur ménage sans la remplacer depuis l’arrivée des services VTC dans la région-capitale. Si Uber ne suffit pas à lui seul à justifier ces démotorisations, il aurait toutefois joué un rôle majeur pour 25 % des sondés ayant abandonné une voiture ces quatre dernières années. L’étude conclut alors qu’en jouant ce rôle, Uber permettrait d’éviter 1,5 à 3 millions de kilomètres parcourus en Ile-de-France par jour, soit l’équivalent de 1,5 à 3 % du trafic régional.

Transport & Environnement pose un tout autre regard sur les VTC. Yoann Le Petit pointe déjà l’impact sur la qualité de l’air de ces 30.000 véhicules opérant en Ile-de-France. « Au 31 décembre 2017, 90 % des VTC opérant en France roulaient au diesel, l’un des principaux émetteurs d’oxydes d’azote (Nox), et chaque véhicule effectue en moyenne entre 200 et 300 kilomètres par jour », cadre-t-il.

Par ailleurs, si la solution VTC permet de laisser des voitures individuelles au garage, « elle grignote aussi des parts modales sur la marche, le vélo ou les transports en commun, reprend Yoann Le Petit. Qui renvoie, lui aussi, vers une étude. Celle qu’a fait paraître, courant février, l’ Union of concerned scientists, un collectif de scientifiques et citoyens américains qui travaille notamment sur la question des énergies propres. L’étude arrive à la conclusion que les trajets Uber émettent en moyenne 70 % de C02 en plus que l’alternative qu’ils remplacent. « Ils génèrent même globalement plus d’émissions qu’une voiture individuelle, de l’ordre de 40 % en moyenne, selon cette même étude, précise Yoann Le Petit. Tout simplement parce qu’avant de vous prendre en charge, le VTC doit se rendre au point de rendez-vous que vous lui avez fixé. Un trajet qui génère son lot d’émissions. »

Capture d'écran / Ministère de la transition écologique et solidaire
Capture d'écran / Ministère de la transition écologique et solidaire - Capture d'écran / Ministère de la transition écologique et solidaire

« Viser le 100 % zéro-émission en 2025 »

Les VTC doivent-ils alors faire bien plus pour réduire la pollution et les émissions de gaz à effet de serre qu’ils génèrent ? C’est en tout cas la demande au cœur de la campagne internationale #TrueCostofUber : que les plateformes VTC passent à une motorisation 100 % zéro émission d’ici à 2025, aux États-Unis et en Europe.

En France, la pétition est relayée par Transport & Environnement et les associations Respire et Sum of Us, et approche d’ores et déjà ce mercredi les 25.000 signatures. Elle a aussi une résonance particulière à Paris, à quelques jours des municipales, et a déjà reçu les soutiens des candidats Anne Hidalgo, David Belliard et Danièle Simonnet.

A ce jour pourtant, la mairie de Paris n’a que des compétences limitées sur les VTC, qui dépendent principalement de la préfecture. « Elle peut déjà favoriser cette transition vers l’électrique en déployant davantage de bornes de recharge rapide sur la voie publique », indique Joseph Berretta, président de l’Avere-France (Association pour le développement de la mobilité électrique). L’Ile-de-France est plutôt bien pourvue, avec 4.000 bornes déjà installées, précise-t-il. « Mais ça ne suffira pas si, demain, la flotte de VTC passe massivement à l’électrique », estime Cyril Masson, responsable RSE chez Marcel, l’une des plateformes VTC opérant à Paris.

« Une relation à structurer entre les villes et les VTC »

Au-delà des infrastructures, « la mairie de Paris pourrait surtout demander que les compétences sur les VTC lui soient transférées, insiste Yoann Le Petit. L’enjeu est qu’elle puisse, demain, limiter le nombre de VTC à pouvoir circuler sur son territoire, ou exiger d’eux des efforts particuliers pour pouvoir rouler dans la zone à faible émission (ZFE). Par exemple qu’ils soient Crit’air 1 et 2, et non diesel. Puis même, à partir de 2025, qu’ils soient zéro-émission. »

Joël Hazan, directeur associé du Boston consulting group, cabinet de conseil en stratégie, fait le parallèle avec l ’appel d’offre lancé, fin décembre par la ville de Paris, auprès des opérateurs de trottinettes électriques en libre-service. Le but : en sélectionner trois, qui seront les seuls à pouvoir se déployer dans la capitale. « De la même façon, petit à petit, la relation entre les villes et les plateformes de VTC va se structurer, estime-t-il. On peut alors facilement imaginer que la part de véhicules électriques sera un facteur déterminant dans la sélection des opérateurs. »

Voilà pour les villes. Les plateformes ont aussi un rôle primordial à jouer pour inciter les chauffeurs utilisant leurs applications à basculer vers la transition électrique. « Jusqu’à présent, que ce soit sur le volet social, sécuritaire ou environnemental, les plateformes de VTC, et pas seulement Uber, n’ont fait progresser leur modèle que sous la contrainte, regrette Joël Hazan. L’électrification de leur parc est une occasion en or de se racheter une vertu. »

Une transition déjà en cours ?

Tout y concourt aujourd’hui. « Ne serait-ce le fait que l’électrique est une solution de plus en plus avantageuse pour les gros rouleurs, glisse Joseph Berretta. Il y a de plus en plus de modèles sur le marché, certains répondants à leurs attentes. Les prix sont de moins en moins éloignés des véhicules thermiques si on intègre les aides dont peuvent profiter les professionnels. Surtout, ils sont amortis par un coût kilométrique aujourd’hui trois fois moins cher que pour un équivalent diesel. »

La transition est déjà en cours, rétorque-t-on à Uber France et chez Marcel. Le premier cite le service UberGreen, option lancée à Paris en juin 2016 et disponible aujourd’hui dans neuf villes. Elle permet, via l’application, de réserver un véhicule hybride ou électrique au même prix qu’un UberX. « En parallèle, nous avons instauré, en septembre 2016, un bonus écologique qui permet à un chauffeur de gagner un euro de plus par course réalisée en voiture électrique, qu’il peut cumuler jusqu’à atteindre un plafond de 4.000 euros », précise-t-on à Uber France.

Des partenariats avec les constructeurs

La plateforme a aussi passé un accord avec Nissan assurant la disponibilité de « Leaf », un modèle électrique de la marque japonaise, pour les chauffeurs Uber souhaitant en acheter une.

C’est un autre facteur qui joue en faveur de l’électrification du parc de VTC : « le besoin, pour les constructeurs automobiles, de trouver des têtes de pont pour accélérer le déploiement des véhicules électriques en France », rappellent Joël Hazan et Yoann Le Petit. Pour doper son service « e.co », l’équivalent d’UberGreen, Marcel a ainsi noué un partenariat avec Renault, propriétaire par ailleurs de la plateforme. « Renault a mis en place une offre dédiée aux chauffeurs Marcel leur permettant de louer au mois et à un prix attractif des Zoé [la voiture électrique phare du constructeur], explique Cyril Masson. Nous avons aujourd’hui référencé dans notre base 350 véhicules électriques, dont la moitié environ sont des Zoé en location. » A ce jour, Marcel revendique 40 % de ses trajets réalisés en véhicules électriques et vise les 100 % d’ici à fin 2023. Avant 2025 donc.

Edit: Kapten, autre plateforme de VTC, a lancé aussi début février une gamme 100% électrique en Ile-de-France composée de 600 véhicules. 

Uber prend de l’avance à Londres ?

« Dans la capitale britannique, la plateforme a déjà pris l’engagement de passer au tout électrique en 2025 », note Yoann Le Petit, chargé de nouvelles mobilités à Transport & Environnement. En parallèle, Uber a mis en place le « Clean air fund ». « Sur certains trajets, le coût de la course est augmenté de 15 cents par miles et cet argent alimente un fond qui aide les chauffeurs Uber à passer à l’électrique, reprend Yoann Le Petit.

Fin janvier, la plateforme a également passé commande de 2.000 Nissan Leaf auprès du constructeur automobile japonais pour sa flotte londonienne. « Ses chauffeurs qui souhaitent acheter l’une de ces 2.000 voitures pourront alors bénéficier de prix préférentiels », précise Yoann Le Petit.