Tri des déchets : Où en sont McDonald’s et les autres fast-food sur leurs promesses ?

ENVIRONNEMENT L’été dernier, quinze géants de la restauration rapide, dont McDonald’s, s’engageaient à instaurer le tri des déchets, en salle, dans 70 % de leurs restaurants. Le compte n’y est pas selon le collectif citoyen Zero dechet au McDo, sur les talons de ces enseignes

Fabrice Pouliquen

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Vue sur un Mac Donald's à Nimes
Vue sur un Mac Donald's à Nimes — FRANCK LODI/SIPA
  • A l’aide des réseaux sociaux, le collectif Zéro dechet au McDo a tenté de vérifier quels restaurants de l’enseigne en France ont mis en place le tri des déchets en salle.
  • Ce tri des déchets est théoriquement obligatoire depuis 2016 et l’instauration de la directive « 5 flux », mais a toutes les peines du monde à être appliqué par les enseignes de la restauration rapide.
  • Cet été, quinze géants du secteur s’étaient engagés à instaurer le tri des déchets en salle, dans 70 % de leurs restaurants. La carte de Zéro dechet au McDo montre que McDo, leader du marché, n’y est pas. Mauvaise volonté ? Pas seulement.

C’est une carte de France constellée de croix rouges. Il y en a près de 900 réparties en métropole et en Outre-mer, qui correspondraient à autant de restaurants McDonald’s qui n’assureraient toujours pas, en 2020, le tri sélectif des déchets dans leurs salles.

Sur cette carte de France, les croix rouges figurent les restaurants McDonald's n'assurant pas le tri sélectif des déchets, selon le collectif Zero dechet au McDo.
Sur cette carte de France, les croix rouges figurent les restaurants McDonald's n'assurant pas le tri sélectif des déchets, selon le collectif Zero dechet au McDo. - Capture d'écran Google Maps / Zero déchet au McDo

Cette carte est le fruit d’un travail collaboratif du collectif citoyenZero dechet au McDo, lancé en janvier 2019 par Marine Laclautre. La jeune femme, originaire de Poitiers, explique avoir un jour accompagné des amis dans un McDonald’s et avoir été sidérée par les plateaux débordants d’emballages jetés dans une même poubelle. « En totale contradiction avec le décret "5 flux" du 10 mars 2016, qui leur impose le tri de leurs déchets », rappelle-t-elle.

Loin des 70 %

Depuis, le collectif Zéro dechet au McDo ne lâche plus l’enseigne de fast-food. Pas même après le contrat d’engagement signé le 11 juin dernier entre la secrétaire d’État à la Transition écologique, Brune Poirson, et quinze géants de la restauration rapide, dont McDonald’s France. Ces derniers s’engageaient à rendre 100 % de leurs restaurants opérationnels pour le tri des déchets au 30 décembre 2021. Avec, pour point d’étape, d’être au moins à 70 % à la fin 2019.

« Le problème est que tout a été fait pour que ces enseignes se mettent en conformité avec une loi qui a déjà quatre ans, peste Marine Laclautre. Des consultations aux ultimatums, en passant par ces plans par paliers. Rien n’y fait. » C’est tout le constat dressé par cette carte collaborative. « Nous avons lancé un appel sur les réseaux sociaux pour aller faire des photos des poubelles en salle dans les restaurants McDonald’s, raconte Zoe, membre du collectif. Nous avons complété en appelant les restaurants pour lesquels nous n’avions pas de données. Nous avons ainsi été en mesure de répertorier 1.482 restaurants, sur les 1.488 que compte l’enseigne en métropole et dans les DOM-TOM. » Résultat : seuls 40 % assuraient le tri des déchets en salle. Loin, donc, des 70 % promis.

« Pas que McDonald’s »

Contacté, McDonald’s France n’a pas souhaité répondre à nos questions, mais donne sa position sur le sujet, en quelques lignes, par mail. « Depuis la signature de la charte d’engagement, nous avons ouvert des filières de tri, collecte et valorisation [des déchets] à un rythme de deux restaurants McDonald’s par jour ouvré », annonce-t-elle. « L’enseigne sera bien en capacité de proposer le tri sélectif dans 100 % de ses restaurants en trois ans », assure-t-elle plus loin.

Leader du marché de la restauration rapide en France , avec 1,8 million de repas servis par jour, McDonald’s est forcément scruté plus que les autres sur la gestion. Dans un rapport paru en 2017, l’ONG Zero Waste France estimait que l’enseigne générait, à travers ses restaurants, 115 tonnes d’emballages par jour, soit 42.000 tonnes par an. Et qu’elle a longtemps été proche « du zéro en termes d’efforts fournis sur le tri de ses déchets ». « Objectivement, contrairement à d’autres enseignes, McDonald’s s’est enfin sérieusement penché sur le sujet, concède aujourd’hui Laura Chatel, responsable plaidoyer à Zéro Waste France. Il n’empêche, nous ne sommes toujours pas au 70 %. Surtout, l’installation des bacs en salle ne garantit pas que les déchets ne seront pas ensuite versés dans une benne commune avant d’être collectés. Or, ces enseignes semblent avoir beaucoup de mal à organiser la collecte de ces déchets triés. »

Les bacs de tri ne font pas tout

Sandra Chassan, directrice marketing et communication de Subway France * et Belgique, confirme ces difficultés. Les raisons sont multiples : « Dans certaines zones, les prestataires de collecte sont difficiles à trouver, commence-t-elle. Certains de nos restaurants sont aussi difficiles d’accès pour les camions. Ceux situés en centre-ville, par exemple. Nous avons aussi généralement peu de place pour stocker les déchets, si bien que nous devons être collectés régulièrement… »

Autant de facteurs qui font potentiellement exploser les coûts de collecte. « Nous travaillons actuellement avec des enseignes concurrentes pour trouver des solutions, poursuit Sandra Chassan. Des expériences sont déjà en cours. »

Passer d’emblée à la vaisselle réutilisable ?

Pour Laura Chatel, ces difficultés soulignent la fragilité du modèle « tout jetable » sur lequel se reposait jusqu’alors la restauration rapide. « Il y a deux solutions, estime-t-elle. Soit ces enseignes investissent l’argent qu’il faut pour assurer comme il faut le tri et la collecte de leurs déchets, soit elles basculent dès aujourd’hui sur de la vaisselle réutilisable. »

Un clin d’œil à la loi antigaspillage définitivement adoptée le 30 janvier dernier, et à l’une de ses mesures poussées par Zéro Waste : la suppression des contenants jetables dans la restauration rapide au 1er janvier 2023. La mesure passe mal au Syndicat national de l’alimentation et de la restauration rapide (Snarr), qui la juge « totalement contradictoire » avec cet objectif d’atteindre 100 % de restaurants équipés pour le tri des déchets en 2021.

De quoi même dissuader les enseignes d’investir dans des dispositifs de tri qui pourraient être caducs dans trois ans ? « La loi n’est pas à la carte, répond-on dans l’entourage de Brune Poirson. Il n’y a pas à choisir entre la directive "5 flux" ou la suppression de la vaisselle jetable, mais bien de se mettre en conformité avec ces deux mesures. »

Une charte pour demander aux maires d’agir

Pour l’instant, le ministère de la Transition écologique n’a pas tapé du poing sur la table, bien que le premier objectif du contrat d’engagement – celui, donc, d’instaurer le tri en salle dans 70 % de leurs restaurants à la fin 2019 – n’ait pas été atteint par les 15 enseignes signataires. « A date, le tri en salle est effectif dans un peu plus 40 % de leurs restaurants, précise-t-on toujours dans l’entourage de Brune Poirson. Mais nous avons eu l’assurance que les investissements avaient déjà été réalisés pour équiper les 30 % restants d’ici à la fin du premier semestre. Le déploiement du matériel et l’organisation des collectes sont en cours. »

Marine Laclautre veut bien leur accorder le bénéfice du doute. Mais pas de quoi remettre en question l’appel aux maires que lance Zéro dechet au McDo à quelques jours des municipales. « Le non-respect de l’obligation du tri peut entraîner des sanctions administratives, notamment la suspension de l’activité de l’entreprise, le versement d’une astreinte journalière, ou encore une amende maximale de 150.000 euros », rappelle le collectif dans une charte qu’il adresse aux candidats aux municipales. « Ce que l’on sait moins, c’est que ces sanctions sont applicables pour les maires », lance Marine Laclautre.

* L’enseigne Subway compte 450 restaurants en France, « dont environ 250 restaurants concernés par la directive "5 flux", c’est-à-dire dégageant plus de 1.100 litres de déchets par semaine, précise Sandra Chassan, directrice marketing et communication de Subway France. Et sur ces 250 restaurants, 74 % ont aujourd’hui instauré le tri des déchets en salle. Nous avons mis aussi à disposition de nos franchisés des supports de communication à la fois pour nos équipiers et les consommateurs, l’objectif étant aussi de les inciter à trier leurs emballages. »