Hauts-de-France : L'Europe investit massivement dans la restauration des tourbières

ENVIRONNEMENT Pour la première fois dans la région, des tourbières vont bénéficier d’un programme de restauration crucial pour la protection de l’eau et la qualité de l’air

Margaux Menu

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La tourbière de Marchiennes deviendra une réserve naturelle nationale dans deux ans
La tourbière de Marchiennes deviendra une réserve naturelle nationale dans deux ans — PNRSE
  • La tourbière de Marchiennes, dans le Nord, sera classée réserve naturelle nationale d’ici deux ans.
  • Ce projet est rattaché au programme « Life Anthropofens », qui alloue 18,7 millions d’euros à la restauration de nombreuses tourbières.
  • Ces tourbières sont des biotopes indispensables à la protection de l’eau et à la qualité de l’air.

Renaissance des tourbières dans les Hauts-de-France. Celle de Marchiennes, dans le Nord, sera classée réserve naturelle nationale (RNN) d’ici deux ans. Véritable Graal de la protection environnementale, ce label a été obtenu, non sans effort, par le Parc naturel régional (PNR) Scarpe-Escaut, après dix ans de travail pour monter le dossier.

Par ailleurs, le site de Marchiennes vient d’être racheté à un propriétaire privé, fin décembre. A la suite de cette acquisition, le PNR et le Conservatoire d'espaces naturels (CEN) du Nord-Pas-de-Calais vont pouvoir assurer la co-gestion de cette tourbière considérée comme « un joyau de la nature ». En effet, elle abrite des espèces endémiques très rares, comme la grenouille des champs ou l’araignée dolomède.

Les tourbières, de fragiles pièges à pollution

Autre bonne nouvelle, le site de Marchiennes, comme d’autres, doit bénéficier d’un programme de restauration étalé sur une période de six ans. Une opération inédite dans la région, et crucial d’un point de vue écologique.

Caractérisées par la tourbe (une accumulation de matière organique dans le sol pas ou peu décomposée), ces territoires humides sont en effet de formidables biotopes aux vertus dépolluantes.

Les tourbières sont des écosystèmes en voie de disparition. Or, ils sont très précieux, à la fois pour jouer le rôle de filtres assainissants de l’eau, mais aussi pour servir de capteurs du carbone sous forme de CO2 ou de méthane. « Notre rôle est de pérenniser ces refuges de la biodiversité, également pièges à pollution », commente Vincent Santune, directeur du CEN de Picardie qui coordonne la restauration de ces écosystèmes.

Effectivement, une tourbière active peut contenir jusqu’à 1.400 tonnes de carbone par hectare, dix fois plus qu’une forêt lambda. Une « bombe à retardement » si on ne les entretient pas. « Il vaut mieux prévenir que guérir, c’est-à-dire répondre à l’urgence climatique actuelle », affirme Mathieu James, responsable du projet «  Life Anthropofens »* au CEN de Picardie.

« Life Anthropofens », le projet à 18,7 millions d’euros

Ce projet d’envergure, qui englobe le site de Marchiennes, vise une réhabilitation plus large de tourbières dans les Hauts-de-France, mais aussi en Belgique. Là aussi, c’est une première car jamais un programme environnemental n’a mobilisé autant de moyens financiers de l’Europe.

Un budget de 18,7 millions d’euros est alloué pour permettre des travaux de déboisement, des études scientifiques, ou encore la réimplantation de certaines végétations. Quant aux élevages en tourbières, ils seront davantage contrôlés pour qu’ils ne nuisent plus au territoire.

Pérenniser les tourbières et sauver de l’argent

« En tout, ce sont 4,8 km² de territoire, de l’Oise à la Belgique, qui vont être restaurés, explique Mathieu James. Cela comprend six habitats de tourbières différents, essentiels à la France et à toute l’Europe. »

L’enjeu est doublement important : à la fois écologique, mais aussi financier, si l’on considère qu’un hectare de tourbière est équivalent à 150.000 euros en termes de séquestration de carbone. « Nous espérons servir d’exemple à d’autres territoires », conclut Mathieu James.

* Le projet est soutenu par le Département de l’Oise, le conservatoire d’espaces naturels du Nord et du Pas-de-Calais, le syndicat mixte Oise Aronde, le syndicat mixte Baie Somme, le parc naturel régional Scarpe-Escaut, le conservatoire du littoral, l’association Natagora, le pôle-relais tourbières et le conservatoire botanique national de Bailleul.