Fessenheim : Des centrales à gaz vont-elles compenser la fermeture de la centrale, comme l’écrit Marine Le Pen ?

FAKE OFF Mercredi, Marine Le Pen a dénoncé la fermeture du site alsacien et l’ouverture de centrales à gaz. L’élue RN semble faire allusion au projet de centrale à gaz à Landivisiau, en Bretagne, dont les liens avec Fessenheim sont faibles

Mathilde Cousin

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Des opposants manifestent sur le site de la future centrale à gaz de Landivisiau, le 20 février 2019.
Des opposants manifestent sur le site de la future centrale à gaz de Landivisiau, le 20 février 2019. — Fred TANNEAU / AFP
  • Mercredi, Marine Le Pen a fait le lien entre la fermeture de Fessenheim et l’ouverture de centrales à gaz, plus émettrices de gaz à effet de serre que le nucléaire.
  • La présidente du RN semble faire allusion au projet de centrale à gaz à Landivisiau, dans le Finistère.
  • Les liens de cette centrale avec la fermeture de Fessenheim sont faibles ; le projet a été lancé au début des années 2010 pour développer l’alimentation électrique de la Bretagne.

Quelle compensation énergétique pour la fermeture de la centrale de Fessenheim ? Mercredi, Marine Le Pen a fustigé l’action du gouvernement. « La fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim est une aberration sur le plan écologique, a écrit la présidente du Rassemblement national. Le gouvernement se peint en vert mais s’attaque à l’énergie qui produit le moins de CO2 et de loin… pour ouvrir des centrales à gaz. »

Si l’énergie nucléaire produit effectivement moins de CO2 que les centrales à gaz selon le GIEC, à quelles centrales à gaz fait allusion la députée du Pas-de-Calais ? Contactée, son équipe n’a pas donné suite à nos sollicitations.

L’élue semble faire allusion à un communiqué de presse publié par RTE mardi. Selon le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, la fermeture de la centrale alsacienne « n’impacte pas la sécurité d’approvisionnement en France et ce malgré le décalage de la mise en service de l’EPR de Flamanville ». RTE précise que la fermeture « est compensée [à l’échelle nationale] par la mise en service de la centrale CCG (à cycle combiné au gaz) de Landivisiau, le développement des énergies renouvelables et la mise en service de deux interconnexions avec la Grande-Bretagne et l’Italie. »

« Nous nous assurons que la production est égale à la consommation »

Cela signifie-t-il que la centrale au gaz de Landivisiau, dans le Finistère va être la principale source de compensation de la fermeture des deux réacteurs alsaciens ? Non, explique RTE. « Nous regardons l’équilibre entre la production et la consommation, nous nous assurons que la production est égale à la consommation. Avec Fessenheim, nous avons une production de 1800 mégawatts. Les interconnexions avec la Grande-Bretagne et l’Italie ont des capacités quasi équivalentes. » Le développement des énergies renouvelables (projet de parcs éoliens en mer) et le projet de centrale en Bretagne participeront également, mais dans une moindre mesure, à la conservation de cet équilibre énergétique.

La centrale de Landivisiau n’est pas encore en service. Son ouverture, initialement prévue en 2017, est maintenant annoncée « à l’hiver 2021-2022 », explique une représentante de Total Direct Energie, l’exploitant du site, à 20 Minutes. « Les murs commencent à être montés », ajoute la représentante. Les turbines doivent arriver à l’automne.

En 1981, un projet de centrale nucléaire abandonné en Bretagne

La centrale est un projet ancien : ses prémices remontent à 2010. « Sa construction n’est pas forcément liée à Fessenheim, mais, quand elle sera en service, elle pourra être sollicitée en cas de pic de consommation », avance Total Direct Energie. C’est l’argument des défenseurs des centrales au gaz : elles peuvent être activées beaucoup plus rapidement que les centrales nucléaires.

Le projet de centrale a été développé, selon ses défenseurs, pour assurer l’alimentation énergétique de la Bretagne, un argument contesté par les opposants au projet. La région ne possède pas de centrale nucléaire. Un projet de centrale nucléaire à Plogoff, dans le Finistère, avait été abandonné en 1981, face à l’ampleur de la mobilisation populaire.

Une bataille sur le plan juridique

A Laudivisiau, plusieurs associations se battent pour empêcher la centrale de voir le jour, ainsi que le gazoduc d’une centaine de kilomètres qui doit l’alimenter. Les opposants dénoncent l’impact écologique du projet ainsi que le coût de celui-ci pour les contribuables.

L’association Force 5 a déposé plusieurs recours devant la justice. Le Conseil constitutionnel doit se prononcer doit se prononcer sur l’un d’entre eux « dans les prochains jours », confirme Jean-Yves Quémeneur, président de Force 5, à 20 Minutes.

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