Pêche : « Si on explose les ressources, ça ne pourra pas être possible »... Comment Fabien se passe de filet

ALIMENTATION (4/4) Alors que le Salon de l’agriculture ouvre ses portes ce vendredi 21 février à Paris, « 20 Minutes » est allé à la rencontre de jeunes agriculteurs et pêcheurs qui sont passés en pêche raisonnée. Quatrième et dernier volet à Marseille, avec Fabien, un pêcheur à la palangre

Adrien Max

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Fabien Gardon, jeune patron-pêcheur de 33 ans installé à Marseille depuis deux ans.
Fabien Gardon, jeune patron-pêcheur de 33 ans installé à Marseille depuis deux ans. — Adrien Max / 20 Minutes
  • Fabien Gardon, 33 ans, s’est installé comme patron pêcheur depuis deux ans à Marseille.
  • Il a décidé de pêcher à la palangre, une technique respectueuse des habitats marins, plutôt qu’au filet pour préserver les ressources de la mer « et pouvoir pêcher toute [sa] vie ».
  • Mais les mauvais jours de pêche ne lui permettent pas de rentrer dans ses frais, il est donc obligé d’avoir, de temps à autre, recours à des filets pour préserver son activité.

Valoriser le produit de la mer à l’assiette. Fabien Gardon, ça ne s’invente pas, est un jeune patron  pêcheur de 33 ans installé depuis deux ans à Marseille. Comme ses collègues, il embarque sur son bateau et part au large de Marseille et de Cassis pour une nuit de pêche. Mais à la différence de la plupart des pêcheurs du territoire, il a délaissé les filets pour pêcher à la palangre : une ligne mère sur laquelle sont fixés plusieurs hameçons grâce à des avançons.

« J’ai opté pour ce mode de pêche parce que je suis passionné et j’espère vivre toute ma vie de la pêche. Si on explose les ressources, ça ne pourra pas être possible. Malheureusement, il y a encore trop de gens qui veulent se gaver et qui ne respectent pas la réglementation. Certains veulent jouer le jeu, mais il y a l’ancienne génération qui cherche la même rentabilité qu’avant », constate celui qui s’était initialement orienté vers la comptabilité. « Mais je faisais des cauchemars, je me pendais au-dessus de mon bureau de compta », rigole aujourd’hui Fabien.

« Pas d’effet négatif sur les habitats marins »

L’Ifremer liste comme avantage de la pêche à la palangre de ne pas avoir « d’effet négatif sur les habitats marins », que Fabien valorise grâce à une autre technique. « Je monte le poisson vivant à bord puis je le tue tout en lui mettant un câble dans le canal rachidien. Le cerveau n’envoie pas l’information de la mort cérébrale aux membres, et la chair est meilleure. Je vide aussi directement le poisson sur place, puisqu’il n’y a plus de sang on évite les toxines et cela permet de faire maturer la chair », liste Fabien qui a emprunté cette technique à un pêcheur breton et à un pêcheur corse.

La pêche à la palangre de Fabien Gardon.
La pêche à la palangre de Fabien Gardon. - Adrien Max / 20 Minutes

Une pêche plus raisonnée, et des poissons de meilleure qualité qu’il faut savoir valoriser. « Je m’adresse essentiellement à des restaurants plutôt gastronomiques parce qu’eux seuls peuvent jouer le jeu et payer le prix correspondant à la qualité. Je vends environ 30 euros le kilo, certains disent que c’est cher pour de la vente directe, mais ça reste moins cher qu’en poissonnerie », explique Fabien.

Un modèle économique fragile

Bien réussir à valoriser son poisson est essentiel pour son modèle économique. « Certains pêcheurs ont contracté des gros crédits et ils se font prendre dans cet engrenage de la quantité plutôt que de la qualité. Ils ne vendent pas bien leur poisson. C’est pour ça que j’ai fait le choix d’acheter un petit bateau et de ne pas rentrer dans cette logique », relate-t-il.

Fabien Gardon, pêcheur à Marseille.
Fabien Gardon, pêcheur à Marseille. - Adrien Max / 20 Minutes

Mais Fabien se heurte néanmoins à la difficulté de certaines réalités. « Certains jours sont difficiles. On ne réussit pas à pêcher grand-chose et je peux perdre jusqu’à 200 hameçons. Il y a le prix du carburant, celui des hameçons et une pêche comme celle-ci ne permet pas de couvrir les frais. Je suis donc obligé de temps en temps de pêcher des soles ou des turbots au filet. Certains pêcheurs avec beaucoup d’expérience parviennent à pêcher toute l’année à la palangre, mais ce n’est pas encore mon cas malheureusement ». Du haut de ses deux ans d’expérience, Fabien Gardon est fier de son parcours et il devrait bientôt rejoindre ses illustres aînés et pêcher à la palangre toute l’année.