Bretagne : « Il ne faut pas tomber dans une psychose »... Le virus de la tomate fait trembler les producteurs

AGRICULTURE Le légume préféré des Français est victime du virus ToBRFV, qui s’est introduit dans une exploitation du Finistère

Camille Allain

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Illustration de tomates ici stockées dans des cagettes chez un grossiste.
Illustration de tomates ici stockées dans des cagettes chez un grossiste. — C. Allain / 20 Minutes
  • Le virus ToBRFV a été identifié dans une exploitation du Finistère, qui a été confinée.
  • Ce virus de la tomate est craint des producteurs, car il est virulent. Son arrivée dans une serre nécessite la destruction de tous les plants et une désinfection complète.
  • La profession tente de rassurer les consommateurs, rappelant que le virus est inoffensif pour l’homme. Une baisse de la consommation est à craindre.

Rassurer les consommateurs. Depuis la confirmation de l’arrivée du « virus de la tomate » dans une exploitation du Finistère lundi, la profession s’évertue à rassurer ses clients. « Les producteurs tiennent à rassurer et à rappeler que le ToBRFV est un virus végétal, sans impact sur l’homme, et qu’il est donc important de ne pas céder à toute suspicion inutile, ni d’exclure la tomate de sa consommation du quotidien ». Les mots ont été mûrement choisis et adressés à toute la presse par l’association des producteurs de tomates et concombres de France pour éviter une crise de consommation.

Si les mangeurs de tomates ne risquent rien, leurs producteurs, eux, peuvent s’inquiéter. Très virulent, le virus ToBRFV (pour tomato brown rugose fruit virus) stoppe la maturation du fruit et lui enlève toute valeur gustative. Son apparition nécessite surtout la destruction immédiate de tous les plants. Les producteurs sont-ils inquiets ? Impossible de poser la question aux grandes coopératives bretonnes, qui fournissent 50 % du marché français. « Le syndicat a demandé aux coopératives de ne pas s’exprimer », a-t-on répondu à 20 Minutes. L’Association d’organisations de producteurs nationale (AOPn) fédère 80 % de la production française.

« Il y a forcément des craintes »

Pour en savoir plus, nous avons interrogé Eric Bocel, un maraîcher réputé installé à Pacé (Ille-et-Vilaine) et qui fournit bon nombre de restaurants de Rennes et des environs. « Il y a forcément des craintes. Ce serait une énorme tuile de devoir tout arracher », concède le maraîcher. Depuis les premières alertes, il est plus vigilant. « Je limite les entrées dans les serres, y compris pour moi et pour les salariés ». Car le virus de la tomate peut se transmettre sur un gant, un outil, un insecte ou un oiseau. Mais il pourrait aussi être issu directement du plant, notamment ceux produits à l’étranger.

Dans le Finistère, l’exploitation concernée travaillait avec des plants venus du Royaume-Uni mais dont les semences avaient été produites aux Pays-Bas. Des serres en verre chauffées où les plantes poussent hors-sol comme la très grande majorité du marché français. « Ce sont des lieux de culture hypersécurisés. Aujourd’hui, produire de la tomate c’est de la haute technologie », détaille Sébastien Subéry. Ce grossiste installé au marché d’intérêt régional de Rennes souhaite lui aussi rassurer les consommateurs. « Le virus ne s’attaque pas à l’homme et toutes les mesures de confinement ont été prises. Il ne faut pas tomber dans une psychose ». Le grossiste avance ses arguments, comme la traçabilité, qui permettent aux autorités de connaître l’histoire d’une tomate, de sa semence au client final.

« Personne ne m’en a parlé »

Sur les étals pourtant, la tomate d’hiver n’a pas l’air d’effrayer ses habituels consommateurs. « Je vais être franc, personne ne m’en a parlé et la consommation reste la même que d’habitude », assure Christophe Mauger, primeur aux halles centrales de Rennes. Hors saison, elle demeure modérée. Mais la tomate reste de loin le légume préféré des Français, qui en avalent en moyenne 14 kilos par an et par habitant.

En Bretagne, la profession regarde de près l’évolution du virus mais aussi ses répercussions sur les ventes. « Le marché est en crise, les paysans ont déjà du mal à joindre les deux bouts. S’il y a une crise de confiance, ça risque de les anéantir », craint Sébastien Subéry. Dans un mois, les tomates bretonnes issues des serres chauffées viendront inonder les étals des supermarchés. A condition que les clients ne les boudent pas.