Hautes-Alpes : La station de ski de Céüze ferme définitivement ses portes, faute de neige

PLANETE Après près d’un siècle d’existence, la station de ski de Céüze ne fonctionnera plus, par manque de canons à neige, et ce, malgré un réel attachement au site, selon des travaux universitaires

Mathilde Ceilles

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Une vue de Céüze
Une vue de Céüze — Droits réservés
  • La station de ski de Céüze tire définitivement le rideau après 85 ans d’existence.
  • Le petit domaine de moyenne montagne n’a pas les moyens de s’équiper de canons à neige.

C’est la fin d’une longue histoire, pour les habitants de la vallée, et même au-delà. Combien de Provençaux ont fait leurs premières glissades sur les pentes de Céüze, officiellement Céüze 2000, dans les Hautes-Alpes, à quelques encablures de Gap ? L’un des téléskis de cette petite station de moyenne montagne ne s’appelle-t-il pas d’ailleurs le téléski des Marseillais ​?

Mais les Marseillais ne reviendront pas de sitôt titiller le téléski à leur nom. Après pas moins de 85 années de fonctionnement, les remontées de la station de ski de Céüze sont à l’arrêt. Alors que la ministre de Transition écologique et solidaire Elisabeth Borne réunit ce jeudi les responsables des stations de ski après des polémiques sur les méthodes employées pour parer le manque de neige, à Céüze, le conseil communautaire Buëch-Dévoluy, qui gérait jusqu’ici ce petit domaine de moyenne montagne, a pris la décision radicale de définitivement fermer la station de ski. Avec, là aussi, le manque de neige en cause.

Pas de canons à neige

« La situation devenait difficile en raison de l’évolution du climat, assure son président, Jean-Marie Bernard. Et la station n’a pas bénéficié des investissements nécessaires pour produire la neige de culture. » Une entreprise privée s’était bien un temps montrée intéressée pour réaliser une partie de cet investissement… avant de se désister, privant la station de canons à neige devenus nécessaires pour assurer une rentabilité et payer les employés. « Et, neige ou pas, l’exploitation de cette station de ski engendrait un déficit de 100.000 euros. Une communauté de commune si elle peut continuer ou pas à perdre cet argent. Il nous faut quand même équilibrer notre budget. »

« Au-delà de l’incertitude en matière d’enneigement, il y a eu des choix économiques difficiles à faire, et surtout des difficultés à s’entendre au sein d’institutions qui ne sont pas de la même obédience politique », nuance Cecilia Claeys. Cette sociologue de l’environnement dirige le master Gestion durable des Territoires de Montagne. Depuis la rentrée, elle et sa poignée d’étudiants planchent sur l’épineuse question de la station de ski de Céüze, et son éventuelle reconversion.

Une station encore vivante

Après quelques mois de travail, l’analyse de 871 questionnaires distribués à la population et plusieurs entretiens avec les responsables locaux, le résultat est selon elle sans appel : bien que dépourvu de tire-fesses, la station de ski peut continuer à vivre, bon an mal an. « Même avec les remontées mécaniques fermées, la station reste très fréquentée, par des skieurs de randonnée par exemple ou des familles qui font de la luge, note-t-elle. Il y en a même qui monte en raquettes et redescende en ski ! Il ressort de notre étude qu’il y a clairement un lien affectif avec Céüze. Les gens veulent que cela reste un lieu de vie »

Et de suggérer : « Pourquoi ne pas ouvrir une seule remontée mécanique qui monte jusqu’au plateau des Marseillais, et y développer une piste de ski de fond ? L’avenir est dans la tradition de la montagne, à savoir la pluriactivité. Il faut retrouver du bon sens. Ça veut dire ne pas négliger les produits du terroir : la production de fromages, l’élevage… Développer des activités récréatives, oui mais ne pas miser sur le tout neige. Par exemple, on pourrait installer des infrastructures pour que les familles profitent de la vue, ou se dire qu’aujourd’hui, pour faire du ski, on va monter un versant sur un terrain herbeux, à pied, et descendre l’autre versant enneigé en ski ! » Une façon radicalement différente de concevoir les sports d’hiver en France…