VIDEO. Agriculture : Passer au « tout bio », «cela ne se fait pas si facilement»... Rencontre avec Ludovic, maraîcher en Alsace

ALIMENTATION (3/4) Alors que le Salon de l’agriculture ouvre ses portes ce vendredi 21 février à Paris, « 20 Minutes » est allé à la rencontre de jeunes agriculteurs qui ont changé de modèle. Troisième volet en Alsace, avec Ludovic Riedinger, maraîcher à Hoerdt

Gilles Varela

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Ludovic Riedinger maraîcher, dans l'exploitation familiale à Hoerdt (Alsace) le 17 février  2020.
Ludovic Riedinger maraîcher, dans l'exploitation familiale à Hoerdt (Alsace) le 17 février 2020. — G. Varela / 20 Minutes
  • Alors que le Salon de l’agriculture ouvre ses portes vendredi à Paris, 20 Minutes a rencontré Ludovic Riedinger, maraîcher à Hoerdt en Alsace.
  • L’exploitation familiale, qui cultive une bonne partie de ses légumes en raisonné, passe progressivement au bio.
  • Un reconversion qui reste économiquement et techniquement difficile.

Mieux vaut avoir les reins solides et une vraie stratégie d’entreprise pour passer au tout bio lorsque l’on est maraîcher. Car c’est loin d’être une évidence, même en 2020, comme l’explique Ludovic Riedinger, agriculteur à Hoerdt dans le Bas-Rhin (Alsace).

Associé à son père, les légumes du jeune agriculteur de 36 ans sont pour une bonne partie, cultivés depuis plusieurs années en raisonné. « Mais il était temps de passer au bio car il y a de la demande, explique Ludovic Riedinger. De toute façon, le pas entre culture raisonnée et bio n’est pas si grand, alors autant passer au bio, nous avons l’expérience, même si cela ne se fait pas si facilement. » Voilà un peu plus de deux ans, il a fait une demande pour que trois de ses hectares, sur les 40 que compte l’exploitation, aient le précieux label. Tout en développant parallèlement le magasin à la ferme où il vend sa production. « C’est financièrement indispensable si l’on veut y arriver », confie l’agriculteur.

L’obligation d’une stratégie fine

La ferme Riedinger compte près de sept hectares consacrés aux légumes en raisonné et près de huit hectares uniquement pour l’asperge (en conventionnel). « On a une surface totale de 40 hectares, donc une bonne moitié de l’exploitation est utilisée pour des engrais verts, un peu de céréales car certains sont très bons pour nettoyer un champ, avant de remettre des pommes de terre ou des légumes », détaille l’agriculteur.

Mais ce qui limite le maraîcher à passer au total bio, c’est le coût financier « Quand on a déjà une certaine taille d’exploitation, une certaine inertie avec des employés à payer, des crédits à rembourser, il faut organiser la production, précise Ludovic Riedinger. Sur une petite exploitation sans salariés, vous pouvez serrer les dents deux années et basculer tout en bio. Moi, j’y vais petit à petit. »

Pas toutes les terres

L’exploitation compte trois hectares bio depuis octobre et les premières plantations vont commencer dans deux semaines. Sont attendues des pommes de terre rouges, des haricots, des petits pois, toutes les cucurbitacées. Deux autres hectares sont en « préparation » et Ludovic Riedinger souhaite faire, chaque année, une ou deux reconversions supplémentaires. Difficile de faire plus car l’exploitant est confronté à des barrières réglementaires et économiques, comme l’interdiction de cultiver en bio un légume déjà cultivé en conventionnel par la même exploitation, à moins de créer une autre société…

Et de multiplier les tracasseries comptables et administratives. Une contrainte qui rend impossible pour l’instant la conversion de ses asperges en bio. « Le problème c’est que cela représente sept hectares plantés en conventionnel et pour les passer en bio, on serait obligé d’arrêter complètement leur production, ce qui n’est pas possible. Mais on va peut-être passer de l’asperge verte l’année prochaine dans l’hectare que j’ai mis en conversion », anticipe le maraîcher.

Des radis cultivés en raisonné sur l'exploitation de la ferme Riedinger à Hoerdt dans le Bas-Rhin le 17 février 2020.
Des radis cultivés en raisonné sur l'exploitation de la ferme Riedinger à Hoerdt dans le Bas-Rhin le 17 février 2020. - G. Varela / 20 Minutes

Compter sur le long terme ? L’agriculteur a décidé de mettre tous les ans un hectare en conversion bio, pas plus : « Je ne peux pas me permettre pendant deux ans de ne pas avoir de rentrées d’argent suffisantes, j’ai besoin de la production en conventionnel et de celle en raisonné aussi car j’ai onze salaires fixes à payer ». Alors, il fait tourner l’utilisation des terres et pendant ce temps l’exploitation continue normalement avec le reste de la production. C’est à ce prix seulement qu’il pourra obtenir de plus en plus d’hectares bio.