Agriculture: « La ferme allait mourir »... L’histoire d’un éducateur spécialisé devenu éleveur de porcs

ALIMENTATION (2/4) Alors que le Salon de l'agriculture ouvre ses portes ce vendredi 21 février à Paris, 20 Minutes est allé à la rencontre de jeunes agriculteurs qui ont changé de modèle. Deuxième volet en Bretagne, avec Régis Després, éleveur de porcs

Camille Allain

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Régis Després est éleveur de porcs à Retiers, en Ille-et-Vilaine, où il a repris la ferme de ses parents.
Régis Després est éleveur de porcs à Retiers, en Ille-et-Vilaine, où il a repris la ferme de ses parents. — C. Allain / 20 Minutes
  • Alors que le Salon de l’agriculture ouvre ses portes vendredi à Paris, 20 Minutes a rencontré Régis Després, un éleveur de porcs récemment installé.
  • L’ancien éducateur spécialisé a quitté son job pour reprendre la ferme que ses parents avaient peu à peu délaissé en raison des crises agricoles.
  • Régis Després y élève des porcs sur paille et des poulets en plein air, qu’il vend lui-même en circuit court.

Il ne s’était jamais imaginé paysan. Jamais. Pas même quand il était gamin et que ses parents exploitaient la ferme dans laquelle il a grandi à Retiers, au sud de Rennes. Mais après avoir passé quinze ans à la ville, Régis Després a succombé aux chants des sirènes de la campagne. Alors qu’il approchait de la quarantaine, l’ancien éducateur spécialisé a annoncé à ses parents qu’il souhaitait remettre la ferme familiale sur pied pour élever des cochons. « Mon père est tombé de l’armoire. Il ne s’imaginait absolument pas que je puisse reprendre », raconte l’agriculteur, sourire en coin.

Ballottés de crise en crise, ses parents avaient fini par abandonner l’exploitation, reprenant chacun le chemin d’un emploi salarié pour vivre. « Mon père s’occupait des champs le samedi, parce qu’il aimait ça et qu’il avait grandi dedans. Mais la ferme allait mourir, il le savait. C’était douloureux pour lui, il avait fait toute sa vie ici ».

« La sensation que le paysan a perdu la main »

Lorsqu’il a décidé de reprendre l’exploitation fondée par ses grands-parents qui y produisaient du lait, Régis Després n’a pas hésité et s’est tourné vers le circuit court. Depuis 2016, c’est lui qui cultive les céréales qui nourrissent ses cochons. C’est aussi lui qui a choisi l’abattoir, les bouchers et les ateliers de transformation qui fabriquent les pâtés, saucisses, filets mignons et jambon de la Ferme des Prés. Et c’est surtout lui qui fixe son prix de vente auprès des restaurateurs et professionnels qu’il livre lui-même chaque semaine. « J’ai la sensation que le paysan a perdu la main. On lui fournit de l’alimentation, on lui impose un prix de vente. Il ne décide de rien ».

Quand il s’est lancé, le jeune agriculteur n’a jamais imaginé solliciter un contrat avec la Cooperl, le mastodonte du porc établi en Bretagne avec qui ses parents ont traité pendant des années. « Je ne me voyais pas m’endetter pour tout mettre aux normes. Je ne pense pas que j’aurais été heureux. Mais je ne veux surtout pas porter de jugement sur les autres modèles. Chacun fait son choix. Il n’y a pas qu’un modèle agricole, il y en a plusieurs », insiste l’ancien éduc’spé.

Des poulets pour passer l’hiver au chaud

En plus d’élever des porcs sur paille, Régis Després accueille depuis quelques années des poulets qu’il élève en plein air, sur le même modèle que ses cochons. Une charge de travail en plus mais qui lui permet de passer l’hiver plus sereinement, quand sa viande porcine est moins demandée. Avec ses bêtes, l’éleveur parvient à se dégager « un petit salaire » mais doit encore compter sur sa mère, qui l’aide régulièrement, et sur Lucie, sa jeune apprentie.

S’il revendique une « agriculture raisonnée », le paysan breton espère un jour ne plus avoir à traiter ses céréales du tout pour passer à un modèle biologique. « Mais du vrai, du local, pas du bio qui vient d’Espagne ». Il n’en est pas là pour l’heure. « Si je passe en bio, je perds la moitié de mes cultures. Il faudra que j’en achète. J’ai déjà demandé à mes restaurateurs s’ils me suivraient si j’étais deux euros plus cher au kilo mais que je passais en bio ». Et la réponse était non.