« Cette succession de tempêtes n’a rien d’inhabituel à cette période de l’année »

INTERVIEW Trois tempêtes ont touché la France en dix jours. Claude Fons, ingénieur spécialiste en météo marine, revient pour « 20 Minutes » ce phénomène rare dans nos contrées

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas

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La tempête Dennis frappe l'Europe
La tempête Dennis frappe l'Europe — Alastair Grant/AP/SIPA
  • Ciara, Inès, Dennis… Les côtes françaises subissent une multitude de tempêtes ces derniers jours.
  • A quoi est dû ce phénomène qui épargne souvent la France ?
  • Pour Claude Fons, ingénieur spécialiste en météo marine, le déplacement de l’anticyclone des Açores est à l’origine de ces vagues successives de tempêtes.

Ciara, Inès, DennisLes tempêtes s’enchaînent sur les côtes françaises ces derniers jours. A quoi est due une telle succession de  catastrophes naturelles et pourquoi le vent s’acharne-t-il autant sur le nord du pays ?

Pour Claude Fons, ingénieur spécialiste en météo marine, le phénomène n’a rien de nouveau ou d’inhabituel, il a simplement changé de destination cette année.

Comment expliquer cette succession de tempêtes qui touche la France ces derniers jours ?

C’est simplement l’air chaud venant du Sahara qui rencontre l’air plus froid de l’Atlantique. Quand il y a collision entre deux airs de chaleurs différentes, il y a une perturbation, c’est un phénomène tout à fait normal. Lorsqu’il s’agit d’une grosse masse de chaleur qui rencontre une grosse masse d’air froid, cela crée une seule grosse tempête, mais lorsque l’air chaud arrive par vague, il y a une succession de perturbations, qu’on dit « par train », et qui arrive par wagon espacé de 24-36 heures. Cette différence de chaleur est plus accentuée l’hiver, l’Atlantique étant plus froid, ce qui explique qu’il y ait plus de tempêtes à ce moment.

Faut-il voir dans ce phénomène une conséquence du réchauffement climatique ?

Ce genre de phénomène a toujours existé. Depuis 1940, on compte une dizaine d’épisodes de succession de tempêtes ayant frappé la France. En 1984, un phénomène similaire avait duré du 25 novembre au 23 février. Il ne faut pas y voir l’œuvre du réchauffement climatique.

Pour autant, il est assez rare que ce genre de phénomène touche la France. Que s’est-il passé cette année ?

L’anticyclone des Açores est une barrière naturelle qui protège normalement de ces phénomènes. Il faut imaginer une barrière d’air qui serait une sorte de carrefour anglais, rejetant les perturbations très au nord de l’Europe. Cette succession de tempêtes n’a rien d’inhabituel à cette période de l’année, c’est simplement qu’elles touchent d’habitude plus l’Ecosse, la Scandinavie ou l’Islande. Or, depuis deux ans, cet anticyclone s’est déporté vers le sud, sans que l’on ne sache pour le moment pourquoi. Ce que l’on connaît par contre, ce sont les conséquences de ce déplacement. Les perturbations se déportent moins au nord et touche donc plus l’Europe au sud, les îles britanniques et la France. Pour résumer, ce ne sont pas les tempêtes qui sont plus fréquentes, simplement leur lieu d’impact qui a changé.

C’est notamment ce déplacement de l’anticyclone qui expliquait la vague de canicule qu’a connue l’Europe cet été, l’air chaud du Sahara n’étant plus repoussé au loin et déferlant sur le continent.