Neige transportée par hélico : « Face aux modifications climatiques, il faut adapter notre vie mais pas la montagne »

INTERVIEW Le maire de Saint-Gervais, Jean-Marc Peillex, déplore le choix de la station pyrénéenne de Luchon-Superbagnères de se faire livrer environ 50 tonnes de neige par hélicoptère samedi

Propos recueillis par Jérémy Laugier

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Une lmportante livraison de neige a été effectuée par hélicoptère, samedi sur la station de Luchon-Superbagnères, dans les Pyrénées. Anne-Christine POUJOULAT
Une lmportante livraison de neige a été effectuée par hélicoptère, samedi sur la station de Luchon-Superbagnères, dans les Pyrénées. Anne-Christine POUJOULAT — AFP
  • Afin d'ouvrir son domaine skiable, la station pyrénéenne de Luchon-Superbagnères s'est fait livrer environ 50 tonnes de neige par hélicoptère samedi.
  • Très vigilant à la préservation du Mont-Blanc, le maire de Saint-Gervais (Haute-Savoie) Jean-Marc Peillex livre son opinion sur cette initiative pour 20 Minutes.

Après Gérardmer (Vosges) et Montclar les 2 vallées (Alpes-de-Haute-Provence) il y a quelques semaines, la station pyrénéenne de Luchon-Superbagnères est dans le viseur après s’être fait livrer environ 50 tonnes de neige par hélicoptère samedi. Très vigilant à la préservation du Mont-Blanc, le maire de Saint-Gervais (Haute-Savoie) Jean-Marc Peillex commente cette situation pour 20 Minutes.

Jean-Marc Peillex, le maire de Saint-Gervais.
Jean-Marc Peillex, le maire de Saint-Gervais. - P. Deloche

Quelle a été votre réaction en découvrant que la station de ski de Luchon-Superbagnères avait choisi de se faire livrer de la neige par hélico, pour une opération estimée à près de 6.000 euros ?

Ça n’est pas une chose acceptable, comme l’ont souligné Elisabeth Borne et Emmanuelle Wargon. Vouloir forcer la nature est un acte d’un autre temps. Le souci n’est évidemment pas tant les 6.000 euros investis que le choix de l’hélicoptère, l’un des appareils les plus polluants avec son kérosène, pour transporter de la neige. Face aux modifications climatiques, il faut adapter notre vie mais pas la montagne. Si je n’ai pas de neige, je propose du VTT et non du ski.

C’est un virage qu’a pris Saint-Gervais ?

Oui, les gens viennent à Saint-Gervais passer des vacances et pas forcément pour faire du ski. On propose des chemins de balades, du VTT, ça se fait naturellement toute l’année. Les stations ne bénéficiant pas de beaucoup de neige devraient être sur une réflexion quatre saisons. Celles qui misent sur autre chose que « le tout-neige » sont beaucoup mieux préparées en cas d’année difficile. Chez nous, la neige se transforme actuellement à partir de 13 heures, les gens le savent et ne skient pas beaucoup l’après-midi. Depuis une quinzaine d’années, il a fallu réfléchir et ajouter une touche culturelle afin de ne pas être sur une offre de monoactivité. D’ailleurs, Luchon est comme nous une station familiale et je suis sûr que moins de 50 % des gens y vont pour le ski.

Mais les conséquences économiques doivent être très négatives pour une station, en cas d’année décevante au niveau de l’enneigement…

C’est sûr qu’une saison sans neige, ça n’est pas terrible pour les remontées mécaniques et les loueurs de skis. Mais les gens viennent quand même et dépensent de l’argent ailleurs dans la station. Et un bilan ne peut se faire qu’à partir du 15 avril. On a longtemps eu coutume de dire qu’il n’y avait une mauvaise saison de ski que tous les dix ans, puis tous les cinq ans. Aujourd’hui, on ne sait que prédire, même si ça a commencé très fort à Noël.

Attendez-vous que l’Etat interdise clairement pareille livraison de neige par hélicoptère ?

Non, une réponse aussi tranchée serait, selon moi, malvenue. Mais il faut ouvrir le débat aujourd’hui.