EXCLUSIF. « Transporter de la neige par hélicoptère, c’est vraiment anti-écologique », regrette Elisabeth Borne

INTERVIEW La ministre de la Transition écologique et solidaire s’est émue ce week-end du transport de neige par hélicoptère à Luchon-Superbagnères. Elle revient pour « 20 Minutes » sur cet épisode, avant une réunion sur le sujet en fin de semaine

Propos recueillis par David Blanchard

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Elisabeth Borne, ministre de la transition écologique et solidaire, à l'Hôtel Roquelaure le 29 novembre 2019.
Elisabeth Borne, ministre de la transition écologique et solidaire, à l'Hôtel Roquelaure le 29 novembre 2019. — Jacques Witt / SIPA

L’opération de livraison de neige par hélicoptère menée samedi dans la station de ski de Luchon-Superbagnères (Haute-Garonne) a été très critiquée, y compris par la ministre de la Transition écologique et solidaire Elisabeth Borne, sur Twitter. Le Conseil départemental, qui l’a commandée, justifie cette intervention par des impératifs économiques liés au manque de neige. Une réunion sur le sujet doit se tenir à Paris en fin de semaine. Elisabeth Borne explique à 20 Minutes ce qu’elle attend de celle-ci.

Pourquoi réagissez-vous cette fois, alors que cette pratique de transport de la neige s’est déjà déroulée à plusieurs reprises ces derniers mois ?

Par camion, notamment, oui, j’avais déjà eu l’occasion de réagir par le passé. Mais cette fois, les images de cet hélicoptère sont un électrochoc pour tout le monde. On voit que ce sont vraiment des pratiques anti-écologiques. Les stations, qui sont victimes du réchauffement climatique, aggravent la situation en agissant ainsi. C’est représentatif de la nécessité d’avoir une révolution culturelle. On ne peut pas jouer contre la nature. Je vais réunir en fin de semaine avec Jean-Baptiste Lemoyne, notamment en charge du tourisme, tous les acteurs concernés pour construire un cadre pour ce tourisme.

Qu’attendez-vous plus précisément de cette réunion ?

Ce sera l’occasion de faire un point sur les démarches engagées, mais plus largement, il faut un plan d’action pour accompagner les stations face au dérèglement climatique. Il faut anticiper le futur de ces stations en moyenne et haute montagne, avec les acteurs.

Certains acteurs territoriaux travaillent déjà sur le sujet, notamment en développant la neige de culture. Est-ce une solution selon vous ?

Je pense que l’on peut trouver des solutions plus durables pour faire évoluer les stations. Elles ont beaucoup d’atouts pour développer un tourisme sur les quatre saisons, mettant en valeur la nature.

Mais les canons à neige ne font pas partie des solutions qui émergeront de la réunion prévue en fin de semaine ?

Ce n’est clairement pas une solution de moyen-long terme. Cela vise à parer l’urgence. On ne peut pas nier les difficultés économiques des acteurs locaux, mais il faut les accompagner vers un autre modèle. La Mer de glace au-dessus de Chamonix recule de 10 mètres par an actuellement. Imaginer qu’on va jouer contre la nature, c’est perdu d’avance. Il faut s’adapter à ces évolutions en s’appuyant sur la nature.