Aix-Marseille : Bientôt des trains décarbonés sur la ligne TER ? La région met un coup de pression sur SNCF Réseau

TRANSPORT Nouvelle passe d’armes entre la région et SNCF Réseau sur l’expérimentation de neuf trains sans diesel sur la ligne TER entre Marseille et Aix

Caroline Delabroy

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Le projet est de transformer des trains existants, pour les équiper de batteries rechargeables.
Le projet est de transformer des trains existants, pour les équiper de batteries rechargeables. — PATRICK VALASSERIS
  • La région souhaite expérimenter, sur la ligne TER entre Marseille et Aix, des trains à batteries rechargeables.
  • Il s’agit de transformer du matériel existant, un investissement qui requiert deux millions d’euros par train, sans compter l’électrification de six km de voies.
  • Selon la région, SNCF Réseau risque de lui faire rater des financements européens, si le sujet n’est pas inscrit à leur prochain comité d’investissement, d’ici quelques mois.

Après l’Occitanie, la région Paca aimerait bien prendre la marche des trains à batteries rechargeables sur la ligne TER entre Aix et Marseille. Le projet de tels trains « verdis », sans traction diesel, a ainsi été acté lors d’une récente assemblée plénière. La balle est à présent dans le camp de SNCF Réseau, maître d’ouvrage des travaux d’électrification sur la ligne : pour faire rouler ces neuf trains à zéro émission, il faut en effet électrifier six kilomètres de voie (trois km autour de la gare Saint-Charles et trois autres km autour de la gare d’Aix-en-Provence).

Mais, patatras, le dossier n’a pas été présenté lors de leur dernier comité d’investissement. La colère du président de région Renaud Muselier ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué publié jeudi soir, il fustige de tels « atermoiements » et dit avoir directement sollicité le directeur de la SNCF, Jean-Pierre Farandou.

« Ne pas rater la date butoir des financements de l’UE »

« C’est un coup de pression sur SNCF Réseau pour qu’ils avancent sur ce dossier », reconnaît Philippe Tabarot, vice-président de la région chargé des transports. L’enjeu, à l’entendre, est en effet de taille : « On ne veut pas perdre les financements européens Feder, et on souhaite qu’il n’y ait pas trop d’écart entre la fin des travaux sur la ligne, prévue début 2022, et la livraison des trains à batteries rechargeables. » Or, pour être dans les temps afin d'obtenir les fonds Feder, il ne resterait plus qu’une session du comité d’investissement SNCF Réseau, qui a par ailleurs refusé de nous répondre à ce sujet.

D’après l’élu, plus de dix millions d’euros pourraient ainsi être financés. Et le coût pour transformer les rames d’un train en bi-mode (avec des batteries qui se rechargeraient par caténaire sur les sections électrifiées, ou par « biberonage » dans des gares) revient à deux millions d’euros par train. Sans compter les investissements pour la construction d’un train prototype à hydrogène, en partenariat avec quatre autres régions.

Et les usagers, qu’en pensent-ils ?

Si elle arrive à se mettre en place, l’expérimentation de trains décarbonés pourrait voir le jour en 2023 sur la ligne Aix-Marseille. Des trains verdis pourraient aussi circuler sur la portion du train des Pignes, entre Nice et Plan du Var. « Le train à batteries rechargeables est l’une des solutions d’avenir pour le transport ferroviaire qui nous permettra de participer à l’atteinte de nos objectifs environnementaux, définis dans le cadre de notre plan climat régional », assure la région.

« On ne peut qu’avoir un a priori positif », salue de son côté Gilles Marcel, président de l’association d’usagers Nos TER PACA, en appelant toutefois à ne pas perdre de vue les sujets de fond : « Aix-Marseille, c’est une banlieue qui devrait avoir une intensité de type parisienne, ou du moins niçoise. La priorité, c’est d’instaurer une offre fiable et un vrai cadencement, qui fera alors préférer le train à la voiture. » Pas sûr que cette énième prise de bec entre la région et la SNCF rassure, sur ce point, les usagers.