Agriculture : Quand père et fille s’unissent pour convertir au bio l’exploitation céréalière familiale

ALIMENTATION (1/4) Alors que le Salon de l’agriculture ouvre ses portes ce samedi 22 février à Paris, «20 Minutes» est allé à la rencontre de jeunes agriculteurs qui sont passés au bio. Premier volet dans le Pas-de-Calais, avec l'exploitation céréalière de Cyrielle Deswarte

Mikaël Libert

— 

Cyrielle et son père, Bertrand vont convertir au bio l'exploitation familiale.
Cyrielle et son père, Bertrand vont convertir au bio l'exploitation familiale. — Deswarte
  • La ferme céréalière de Saint-Druon s’étend sur 150 ha dans le Pas-de-Calais. Exploitée de manière conventionnelle, elle a entamé sa conversion au bio.
  • La fille du propriétaire, Cyrielle Deswarte, ingénieure agronome, va reprendre l’exploitation.

A Carvin, près de Lens, dans le Pas-de-Calais, la ferme de Saint Druon se transmet depuis des lustres au sein de la famille Deswarte. Dans quelques années, ce sera au tour de Cyrielle, 28 ans, de prendre les rênes de cette exploitation essentiellement céréalière. Mais entre-temps, la jeune femme travaillera de concert avec son papa, Bertrand, à une transition vers une agriculture bio. Un défi qui réjouit tant le père que la fille.

Malgré ses 150 hectares, la ferme de Saint Druon est pourtant considérée par ses propriétaires comme une exploitation moyenne pour la région. Cela fait 35 ans que Bertrand Deswarte y cultive, notamment, des céréales et des légumes de manière conventionnelle. L’homme aurait pu prendre sa retraite depuis quelques années déjà, mais s’il ne lâche pas l’affaire, ce n’est ni faute de moyens ni de descendance.

Des voyages qui ouvrent l’esprit

Cette dernière est assurée par Cyrielle, sa fille de 28 ans. Diplômée en production végétale de l’école d’agronomie de Rennes, la jeune femme a pas mal bourlingué déjà : « J’ai fait pas mal de stages un peu partout dans le monde. Au Costa Rica, Nicaragua, Espagne, Finlande… Ça m’a beaucoup inspiré et ça m’a ouvert l’esprit », explique-t-elle. Depuis quatre ans, Cyrielle est employée près de Toulouse en tant qu’ingénieure agronome : « Je parle beaucoup avec mon père de mon travail, et je pense que ça lui a mis la puce à l’oreille sur la conversion au bio », assure Cyrielle.

« Le bio, ce sont des convictions. Mais ce qui m’intéresse surtout, c’est l’enjeu technique que cela représente. On n’a pas le droit à l’erreur, insiste la jeune femme. Par exemple, si on n’a mal géré les mauvaises herbes, on va en avoir pendant des années sur la parcelle. » Pour le papa, c’est un peu la même chose : « Lui aussi est très technique et la conversion est son défi de fin de carrière qu’il aurait regretté de ne pas relever », reconnaît sa fille.

« La vision du bio gentil et du conventionnel méchant est très manichéenne »

Du coup, ils se sont lancés en convertissant, la première année, une quarantaine d’hectares. L’objectif étant le passage de la totalité de l’exploitation au bio en 2020. Pour autant, Cyrielle ne se définit pas comme une « intégriste » du bio. « Ma formation m’a appris que la vision du bio gentil et du conventionnel méchant est très manichéenne. Plusieurs systèmes doivent cohabiter afin de pouvoir rémunérer l’agriculteur à sa juste valeur ». L’ingénieure estime aussi qu’il faut avoir une certaine logique : « Produire du bio que l’on exporte au bout du monde n’a pas de sens, insiste Cyrielle. Notre blé, nous le vendons à des meuniers locaux par exemple. »

En avril, la jeune femme quittera le sud pour se réinstaller dans la région et s’investir davantage dans la ferme familiale. Néanmoins, elle ne compte pas y passer tout son temps. « J’ai retrouvé un travail d’ingénieure agronome près de Lille, la reprise de la ferme, ce sera pour dans quelques années. Mon objectif est de garder un pied dans une entreprise pour rester au fait des tendances et ne pas rester cloisonnée dans une routine à la ferme », insiste Cyrielle.