Espèce invasive et surtout toxique, le « poisson-lièvre » gagne du terrain en Méditerranée

POISSON POISON Avec le réchauffement de l’eau, le « poisson-lièvre », espèce venue de la mer Rouge, remonte progressivement vers les côtes françaises de la Méditerranée

Fabien Binacchi

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Lagocephalus sceleratus a notamment été observé en Calabre
Lagocephalus sceleratus a notamment été observé en Calabre — Murat Draman
  • Observé depuis 2003 en Méditerranée orientale, le poisson-lièvre étend sa présence progressivement.
  • Espèce invasive, elle est aussi toxique, voire mortelle pour les humains quand elle est consommée.

Il y avait déjà son cousin le poisson-lapin (siganus luridus), brouteur compulsif de posidonie. Une autre espèce invasive inquiète également les scientifiques : le poisson-lièvre, poisson-ballon ou globe (lagocephalus sceleratus) qui peut se révéler mortel pour les humains s’il est consommé. A Nice, les chercheurs du laboratoire Ecoseas constatent sa progression depuis qu’il est apparu en Méditerranée orientale en 2003 où il n’y était normalement pas présent.

« Il fait partie des espèces lessepsiennes, de Ferdinand de Lesseps, l’ingénieur qui a fait construire le Canal de Suez. C’est la voie qu’empruntent les spécimens venus de la mer Rouge pour s’implanter en Méditerranée. Un phénomène dû au réchauffement de l’eau », explique Virginie Raybaud, maître de conférences rattachée à ce laboratoire de l’Université Côte d’Azur.

Comme le fugu japonais, il renferme un redoutable poison

Et si le « lapin » a la fâcheuse tendance à ravager les herbiers de posidonies, véritable nurserie à poissons, le « lièvre » lui, en plus d’être un redoutable carnassier qui décime d’autres espèces, renferme donc un redoutable poison. « Comme le fugu, connu au Japon, il contient de la tétrodotoxine dans son foie et dans sa chair qui n’est pas détruite à la cuisson, précise la spécialiste. Des décès ont déjà été signalés en Egypte, Israël, Liban, Syrie, Turquie et en Grèce. »

Observée en Algérie en 2013 et en Espagne en 2014, l’espèce continue de remonter vers le Nord. En 2016, des spécimens de lagocephalus sceleratus ont été vus en Calabre. « On ne sait pas exactement quand il sera sur nos côtes mais, avant 2050, c’est une certitude », pointe Virginie Raybaud. Tout dépendra de la vitesse à laquelle l’eau de la Méditerranée continue à se réchauffer.

« En quinze ans, nous avons déjà noté une augmentation de 0,8°C. Le réchauffement est plus rapide que pour les océans, note Jean-Pierre Gattuso, directeur de recherche au CNRS, basé à l’Observatoire océanologique de Villefranche-sur-Mer. Et selon les scénarios les plus pessimistes, la température grimpera encore de 3,2°C d’ici à 2100. » De quoi faire prospérer ce poisson-lièvre.