Occitanie : Plus d’un habitant sur deux va suffoquer à cause des vagues de chaleurs à répétition dans les années à venir

CLIMAT Alors que l’année 2019 a été l’une des plus chaudes enregistrées, les pics de chaleur vont se multiplier à l’avenir et toucher un habitant d’Occitanie sur deux

Béatrice Colin

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55 % de la population seront concernés à l'avenir par des fortes chaleurs en période estivale contre 16 % en moyenne entre 1976 et 2015.
55 % de la population seront concernés à l'avenir par des fortes chaleurs en période estivale contre 16 % en moyenne entre 1976 et 2015. — CHINE NOUVELLE/SIPA
  • L’Insee Occitanie, en partenariat avec Météo France, vient de sortir une étude sur les indicateurs du développement durable en Occitanie.
  • Celle-ci dévoile qu’à l’avenir, un habitant sur deux sera exposé aux fortes chaleurs à répétition, avec à certains endroits des années où il y aura plus de 82 jours où les températures dépasseront les 30 °C.
  • L’étude montre que les populations pauvres seront aussi trois fois plus concernées par ces fortes chaleurs.

L’été 2019 en Occitanie a cumulé les records côté chaleur, avec une pointe jamais atteinte à Vérargues dans l’Hérault à 46 °C. A Montauban, les deux vagues de chaleur successives de juin et juillet se sont traduites par un thermomètre au-dessus de 30 °C durant 51 jours, soit 20 jours de plus que les normales saisonnières.

Des températures exceptionnelles pour les habitants d’Occitanie, mais auxquelles ils vont devoir s’habituer, surtout s’ils habitent sur le littoral, la plaine de la Garonne ou entre Carcassonne et Narbonne. C’est l’un des enseignements de l’étude conjointe menée Météo France et l’Insee sur le développement durable, en particulier la lutte contre les changements climatiques.

Perspective des hausses de chaleur sur la région Occitanie à l'horizon 2021-2050.
Perspective des hausses de chaleur sur la région Occitanie à l'horizon 2021-2050. - Insee - Météo France

« A l’avenir, un habitant sur deux d’Occitanie sera exposé à de fortes chaleurs à répétition », indique Rémi Lardellier de l’Insee qui s’appuie notamment sur la hausse des journées estivales, où les températures dépassent les 25 °C, et la multiplication des « nuits tropicales » où le thermomètre ne descend pas en dessous des 20 °C.

Entre 1976 et 2005, seuls le littoral méditerranéen, les environs de Narbonne et Perpignan cumulaient plus de 82 journées chaudes et plus de 19 nuitées tropicales. Et comme ces dernières années, la croissance démographique a tendance à se faire dans ces zones, il est logique que le nombre de personnes touchées soit exponentiel.

Répartition de la population corrélée aux hausses de températures à venir en Occitanie.
Répartition de la population corrélée aux hausses de températures à venir en Occitanie. - Insee - Meteo France

Au cours des prochaines décennies, un triangle entre Muret, Albi et Castelsarrasin sera aussi soumis au même « régime » climatique alors que la fréquence des journées chaudes était proche de 70 jours jusqu’en 2005.

« Nous sommes confrontés à trois types de phénomènes majeurs en Occitanie dus à l’activité humaine : la hausse des températures de plus de 1,5 °C depuis 1960, des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes depuis les années 1980 et d’ici à 2050, les températures devraient augmenter de 1 à 2 °C », détaille Jean-Marc Soubeyroux, climatologue chez Météo France.

Si elles étaient encore préservées ces dernières années, les zones montagneuses auront aussi leur lot de journées estivales : il y en aura 29 à l’avenir contre 17 il y a encore dix ans. Pour les urbains, elles resteront peut-être une zone de refuge, un îlot de fraîcheur où les nuits seront encore tenables.

Trois fois plus de personnes pauvres touchées

Encore faudra-t-il avoir les moyens de pouvoir se payer un séjour au frais. Si les populations les plus fragiles seront les plus concernées, que ce soit les enfants ou les + de 75 ans, soit 500.000 personnes au total, les plus impactés seront aussi les plus précaires.

« L’âge n’est pas le seul critère qui rend les personnes vulnérables face aux fortes chaleurs. Les personnes pauvres, de par leurs conditions de vie et d’habitat, sont également les plus fragiles. L’adaptation à la hausse des températures à un coût : l’isolation des logements ou l’achat d’équipement pour les rafraîchir ne sont pas accessibles à tous », expliquent les auteurs de l’étude.

Si 19 % des personnes pauvres d’Occitanie étaient avant sur une zone à risque en termes de canicule, à l’avenir ils seront 60 %, soit le triple à être potentiellement concernés, soit plus de 564.000 personnes sur la région. Sans compter les personnes à la rue ou accueillies en centres d’hébergement d’urgence, présents en majorité dans les zones urbaines, les plus touchées par ces pics de chaleur.