Virus de la tomate : « Plusieurs pays frontaliers de la France sont touchés »

INTERVIEW « 20 Minutes » a interrogé Christine Tayeh, coordinatrice scientifique à l'Agence nationale de sécurité de l’alimentation, pour savoir si nos salades de crudités seraient compromises cet été

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas

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Des tomates, illustration
Des tomates, illustration — Pixabay
  • Depuis quelques années, un virus se propage dans le monde, dévastant les cultures de tomates, mais également de poivrons et de piments.
  • L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail a tiré ce lundi la sonnette d’alarme, craignant que le virus débarque aussi dans les plantations françaises, cinquième pays européen producteur de tomates.
  • Christine Tayeh, coordinatrice scientifique, fait le point sur ce virus particulièrement destructeur.

Alors que le coronavirus alimente la panique, un autre virus est en train de se propager mondialement, dans l’ombre médiatique de son confrère chinois. Le ToBRFV (Tomato Brown Rugose Fruit Virus), surnommé par les médias en « virus de la tomate », alerte l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Dans un communiqué publié ce lundi, elle met en garde la France, encore épargnée, contre une propagation de ce virus.

Concrètement, le virus, à la transmission très rapide, ravage des cultures entières de tomates, poivrons et autres piments. Au début cantonné au Moyen-Orient, il se répand de plus en plus dans le monde, au point que la France risque elle aussi de subir ce virus. On a fait le point avec Christine Tayeh, coordinatrice « expertise » au sein du Laboratoire de la santé des végétaux à l’Anses.

Qu’est ce que cet étrange « virus de la tomate » ?

Il s’agit d’un virus relativement récent, apparu en Israël et en Jordanie dans les années 2014 et 2015. Il s’attaque aux cultures de tomates, de poivrons et de piments, a un impact sur la maturation des fruits, les décolore et les rend impropres à la consommation. Ce virus a, de plus, la particularité de vivre très longtemps sans perdre de son effet. Il se transmet par simple contact. Autre manière de diffusion du virus, les semences et les plantes infectées, par lesquels il se dissémine sur de longues distances.

De fait, le virus se transmet très vite, et cause des dégâts. Il est déjà répandu au Mexique et dans plusieurs pays d’Europe, notamment frontaliers de la France. Il n’y a pas encore de calculs sur son impact sur une culture, mais on sait que le rendement en est très affecté et qu’il y a énormément de pertes.

Ce virus est-il dangereux pour l’homme ?

Le virus n’est aucunement dangereux pour l’homme, il l’est uniquement pour les végétaux. S’il y a une consommation par inadvertance d’un végétal atteint par le virus, ce qui est déjà très peu probable vu que cela les rend impropres à la consommation, il n’y aura aucun risque de santé pour l’humain.

Du coup, quelles seraient les pires conséquences imaginables ?

Dans le scénario le plus sinistre, il y aurait des rendements affectés pour les tomates, poivrons et piments. On ne connaît aucune variété de ces légumes qui résistent au virus, ni aucun traitement actuellement. 

Mais il faut bien rappeler que ce scénario est de loin le plus pessimiste. Il est actuellement testé d'autres espèces de la même famille que ces végétaux. Et il a par exemple été montré que les pommes de terre, qui appartiennent à la même famille que la tomate, étaient résistantes au virus, alors qu’on a encore un doute sur les aubergines. 

Dans les faits, des mesures sont prises pour limiter au maximum sa propagation, ce qui serait déjà une excellente chose.

Il s’agirait de faire quoi ?

Des mesures d’urgence ont été prises au niveau européen, afin de ne plus importer de plantes ou de semences de ces légumes à partir de pays contaminés. Mais à l’Anses, et c’est notamment évoqué dans notre communiqué, on pense qu’il faudrait faire plus, notamment ne plus importer de fruits de ces pays contaminés.

On recommande également pour une surveillance structurée et une détection précoce du ToBRFV, ce qui permettra d’appliquer rapidement les mesures de lutte. Enfin, de meilleures recherches, pour une connaissance plus approfondie du virus, seront évidemment nécessaires.