« Plogoff, des pierres contre des fusils » : Quarante ans après, la lutte contre la centrale nucléaire revient au cinéma

CINEMA Le film « Plogoff, des pierres contre des fusils » sorti en 1980 a été restauré. L’histoire de cette lutte populaire résonne toujours dans l’actualité

Camille Allain

— 

Une manifestation des opposants au projet de centrale nucléaire à Plogoff (Finistère) en février 1980.
Une manifestation des opposants au projet de centrale nucléaire à Plogoff (Finistère) en février 1980. — Frillet / SIPA
  • En 1980, le village de Plogoff, dans le Finistère, s’était mobilisé contre le projet de construction d’une centrale nucléaire.
  • Pendant les six semaines de l’enquête d’utilité publique, des affrontements quotidiens ont eu lieu entre les habitants et les forces de l’ordre.
  • Ce combat a été immortalisé par le film Plogoff, des pierres contre des fusils dont la version restaurée sort ce mercredi au cinéma.

Ils avaient une petite caméra 16 mm, un Nagra (un enregistreur sonore) et une grosse dose de courage. En 1980, Nicole Le Garrec et son mari Félix ont suivi pendant six semaines la mobilisation des habitants de Plogoff contre un projet de centrale nucléaire. Six semaines pendant lesquelles tout le petit village de la pointe du Finistère s’est soulevé contre l’organisation de l’enquête d’utilité publique. Six semaines d’une lutte acharnée contre des centaines de forces de l’ordre déployées pour protéger des « mairies annexes » installées dans de vieux Peugeot J7.

Engagés dans la défense de l’environnement, Nicole Le Garrec et son mari ont immortalisé cette incroyable lutte dans le documentaire Plogoff, des pierres contre des fusils. Sorti en 1980 au cinéma, le film avait réalisé plus de 100.000 entrées. Impensable. Quarante ans après sa première diffusion, le documentaire a été restauré et a eu les honneurs du festival de Cannes aux côtés de Shining, Easy Rider et La Cité de la Peur. « Ce film est une légende en Bretagne. Et il résonne toujours aujourd’hui », explique Anthony Trihan, représentant le distributeur Next Film.

Nicole et Félix Le Garrec qui ont réalisé le film Plogoff, des pierres contre des fusils, ici à Cannes en 2019.
Nicole et Félix Le Garrec qui ont réalisé le film Plogoff, des pierres contre des fusils, ici à Cannes en 2019. - LAURENT VU/HAEDRICH JEAN-MARC/SIPA

Pour ses 40 ans, le documentaire sort ce mercredi dans les salles. « Ce film, j’en ai parlé toute ma vie et pour moi, c’est important qu’il se transmette quand on ne sera plus là. Il témoigne d’un engagement, d’une résistance. La plupart des gens qui sont dans ce film sont morts. Mais leur combat est en résonance avec ce qu’il se passe aujourd’hui », explique la réalisatrice Nicole Le Garrec.

« Ils avaient toujours été obéissants, jamais rebelles »

De Notre-Dame-des-Landes à Sivens en passant par Bure et les « gilets jaunes », les luttes populaires n’ont jamais été aussi nombreuses dans le pays. Et le combat mené à Plogoff au siècle dernier sert toujours d’exemple. « C’était des gens ordinaires, ils avaient toujours été obéissants, jamais rebelles. Cela montre que l’on peut tous devenir révoltés du jour au lendemain », estime la réalisatrice de 78 ans. Chaque soir de ce mois de février 1980, des affrontements opposaient les forces de l’ordre aux habitants. « C’est un miracle qu’il n’y ait pas eu de morts à Plogoff », admet Nicole Le Garrec.

L’un des faits marquants de la lutte acharnée menée par le village finistérien restera sans doute la mobilisation sans précédent des femmes. Chaque jour, elles se rendaient auprès des gendarmes chargés de la sécurité pour les harceler… En leur parlant. « Elles ont trouvé leur place, elles voulaient résister verbalement ». La nuit tombée, les hommes prenaient le relais et s’en allaient barrer les routes. « Faîtes de Plogoff une île », clamait à l’époque Amélie Kerloc’h, adjointe au maire.

La mobilisation avait fini par payer, le projet de centrale nucléaire porté par EDF ayant été abandonné à l’arrivée au pouvoir du président François Mitterrand en 1981. Le documentaire a-t-il joué un rôle dans ce retrait ? « Je le pense oui, car à l’époque, personne ne parlait de ces gens. Ils se sentaient sans intérêts. Le traitement médiatique était même méprisant. Nous leur avons simplement donné la parole. » Des mots et des images gravés pour l’éternité.