Bouches-du-Rhône : Emmanuelle Wargon fait mine d’avancer sur l’avenir de la centrale à charbon de Gardanne

ENVIRONNEMENT En déplacement à Marseille, la secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon n’a acté aucun plan précis pour la centrale à charbon de Gardanne, qui doit être fermée dans deux ans

Mathilde Ceilles

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La centrale à charbon de Gardanne
La centrale à charbon de Gardanne — Gérard Julien / AFP
  • Emmanuelle Wargon est venue à Marseille régler l’épineuse question de la centrale à charbon.
  • Emmanuel Macron s’est en effet engagé à la fermer en 2022.
  • Mais aucun projet concret n’émerge pour l’avenir de cette centrale, à deux ans de l’échéance.

Que faire de la centrale à charbon de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône ?  Emmanuel Macron l’a promis, et il s’y tiendra : en 2022, ce site devra être un souvenir du passé, celui d’une industrie jugée trop polluante en raison de ses rejets en CO2. Mais deux ans avant la fermeture annoncée, soit dans une poignée de mois, aucun projet concret n’a été mis sur la table, pas même par le gouvernement.

La secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire, Emmanuelle Wargon, a pourtant fait spécialement le déplacement à Marseille, ce jeudi, en préfecture, pour régler cette épineuse question. La ministre achève un « tour de France » des centrales à charbon, avec, pour trois des quatre sites français encore en activité, des annonces précises. Là, une enveloppe de 250 millions d’euros, ici une fermeture définitivement repoussée avec un calendrier bien défini.

Une usine en grève depuis un an

Mais à Gardanne, point de projet acté. La situation semble bloquée, et différentes pistes de reconversion du site se retrouvent défendues bec et ongles et ongle par les syndicats, les élus ou les collectifs environnementaux. Les tensions autour de l’avenir de la centrale restent vives, comme en témoigne la demande de dernière minute de certains élus d’exclure les journalistes de leur réunion avec la secrétaire d’Etat ce jeudi, pourtant initialement ouverte à la presse…

A l’extérieur de la préfecture, les représentants syndicaux CGT des 250 salariés de la centrale à charbon de Gardanne ont dans un premier temps refusé de participer à cette réunion. En grève depuis le mois de décembre 2018, ces salariés s’opposent à cette fermeture, et poussent pour une prolongation avec capture du CO2 pour un « charbon propre », un procédé pas encore au point à l’heure actuelle et controversé. Selon un communiqué de la direction de GazelEnergie, propriété de la centrale, la situation demeure compliquée, au point que le site « n’a quasiment pas produit d’électricité depuis un an. »

Les propositions de la CGT étudiées

Après avoir accepté une entrevue en marge de la réunion le syndicat a toutefois obtenu un engagement de la secrétaire d’Etat : leurs propositions vont faire l’objet d’une étude de faisabilité, dont le coût de 120.000 euros sera entièrement pris en charge par l’Etat et la Caisse des dépôts.

Et sinon ? Pas grand-chose, du propre aveu de la secrétaire d’Etat, qui a obtenu, après une heure de débats avec les élus, la signature d’un « document cadre » qui liste une série de projets pour Gardanne et ses alentours, qui vont de la construction d’une scierie au développement d’entreprises autour de la « mobilité douce ».

« Ce n’est pas assez précis encore »

« On est à un stade qui est un document d’orientation, donc ce n’est pas assez précis encore, reconnaît Emmanuelle Wargon. Nous nous sommes donné quatre, cinq mois, d’ici l’été, pour arriver à un projet de territoire précis, dans lequel vous avez des actions, des opérateurs, des montants financiers et des calendriers. C’est le travail que nous avons à faire avec les élus. Ça a pris un peu plus de temps ici que sur d’autres sites. Mais là, il est enclenché. C’est pour ça que je signe ce document intermédiaire. Ça symbolise la volonté collective de passer d’orientations à des actions concrètes. »

Mais d’ores et déjà, le petit pas concédé par Emmanuelle Wargon auprès de la CGT inquiète les associations environnementales. « Il est normal qu’il y ait des phases de discussion avec les syndicats, estime Luc Le Mouel, pour FNE Paca. On comprend qu’à un moment donné, il lâche du leste. Mais le social est aussi important que l’écologie. Avec le projet qui se profile, j’ai peur que ce soit le social et peu d’écologie… »

En attendant, la CGT affirme vouloir continuer la grève. « S’il y a des gestes très clairs, qu’il y a pas un salarié qui sera licencié, un projet industriel signé par ce gouvernement et des millions d’investissement mis sur la table, on est en capacité de suspendre le mouvement, affirme Nadir Hadjali, secrétaire adjoint CGT à la centrale. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Il y a plein de questions qui restent dans le flou. »