Boues rouges : Y-a-t-il un avenir vert pour Alteo, en plein redressement judiciaire ?

ENVIRONNEMENT Certaines associations de protection de l'environnement s'inquiètent de l'impact environnemental d'Alteo, en plein redressement judiciaire 

Mathilde Ceilles

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Site de MangeGarri à Gardanne où des résidus de bauxite sont stockés sous forme solide par Alteo, le 8 octobre 2010.
Site de MangeGarri à Gardanne où des résidus de bauxite sont stockés sous forme solide par Alteo, le 8 octobre 2010. — AFP PHOTO / ANNE-CHRISTNE POUJOULAT
  • Alteo, connu pour ses boues rouges, s’est longtemps efforcé de mettre en avant ses importants investissements environnementaux.
  • Mais l’entreprise se trouve désormais en redressement judiciaire, avec un équilibre financier précaire.
  • Les associations de protection de l’environnement sont inquiètes, d’autant plus que l’Etat semble privilégier l’économie à la protection de l’environnement dans ce dossier.

Il n’y a pas si longtemps, Alteo se posait en chantre de l'écologie. A grands coups de communiqués et autres voyages de presse, le leader mondial des alumines de spécialité, une matière utilisée dans des matériaux de construction comme le carrelage ou les composants de produits high-tech, s’efforçait de souligner ses efforts en la matière. Comme pour mieux contrer les vives critiques dont l’usine de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, fait l’objet depuis quelques années pour ses rejets en mer, dits « boues rouges », dans le parc national des calanques, près de Marseille. Mais aussi pour l’entreposage sur terre, près du site de Gardanne, de déchets solides. L’usine fait même l’objet d’une information judiciaire pour « mise en danger de la vie d’autrui ».

« Alteo a dédié plus de huit millions d’euros à l’environnement en 2018, soit 50 % de ses investissements globaux se targuait ainsi l’entreprise dans un communiqué de juillet. Et nous prévoyons d’investir 20 millions d’euros supplémentaires sur les trois prochaines années. » Parmi les projets de l’entreprise, la création d’un bassin étanche sur le site de Mange-Garri, dont l’ouverture était annoncée pour 2020.

« Les salariés sont inquiets »

Mais ça, c’était avant. Avant que l’entreprise, qui emploie environ 500 salariés, n’annonce, à la surprise générale, sa demande de placement en redressement judiciaire, en décembre dernier. Depuis, l’actualité de l’entreprise est rythmée par ses comptes, et son équilibre financier ne tient qu’à un fil.

« Les salariés sont inquiets, confie Bruno Arnoux, secrétaire du comité social et économique de l’entreprise, alors qu’une nouvelle audience en guise de point d’étape est prévue ce jeudi devant le tribunal de commerce de Marseille. On ne sait toujours pas à quelle sauce on va être mangé. On a des craintes sur la gestion des fournisseurs. Quand ils ne sont pas payés, comme c’est le cas actuellement, ils sont plutôt réticents à travailler cher nous, même s’ils sont légalement contraints… »

« C’est voué à l’échec »

De quoi susciter les craintes des associations de protection de l’environnement, qui se posent une question unanime : comment une entreprise qui fait face à de telles difficultés financières peut-elle garantir les investissements environnementaux qu’elle a promis de réaliser ? « Elle n’a pas les moyens de payer la bauxite, sa matière première, comment voulez-vous qu’elle alimente un autre volet de financement ?, s’interroge ainsi Henry Augier, président d’Union calanques littoral. Ce n’est pas possible. C’est voué à l’échec. Alteo est condamné à déposer le bilan. C’est une usine vieillissante, qui n’est plus compétitive. »

Une appréhension nourrie par une récente décision du préfet des Bouches-du-Rhône, qui a accordé un sursis environnemental à l’entreprise, quelques jours après son placement en redressement judiciaire, au nom de l’emploi et de la sauvegarde économique. En effet, alors qu’Alteo avait initialement jusqu’à la fin d’année 2019 pour mettre en conformité avec les normes environnementales ses rejets liquides dans le parc national des Calanques, Pierre Dartout a pris un arrêté accordant un délai de cinq mois supplémentaires à l’entreprise et les centaines de salariés, faisant passer la question environnementale au second plan.

« Un impact environnemental extrêmement limité »

« Sur le dossier Alteo, nous faisons preuve d’objectivité et d’équilibre entre l’économie et l’environnement, se justifiait lors de ses vœux à la presse la semaine dernière le préfet des Bouches-du-Rhône. Alteo est une entreprise qui occupe 500 personnes dans un bassin d’emploi qui est celui de Gardanne, qui subit les difficultés que vous savez et qui a déjà un taux de chômage élevé, avec en plus la question de la centrale à charbon. Il y a de plus une activité industrielle importante. »

Et même d’affirmer, contrairement à de nombreuses associations de protection de l’environnement : « La situation que l’on va avoir et que l’on a déjà, qui va se poursuivre jusqu’au début du mois de juin, a un impact environnemental extrêmement limité. C’était une décision nécessaire compte tenu de la situation économique et sociale de l’entreprise, mais qui ne posait pas de problème en terme environnemental. Le dépassement est limité. En revanche, au mois de juin prochain, l’Europe nous imposera des normes différentes un peu plus strictes. Mais, entre-temps, l’entreprise Alteo aura réalisé une station d’épuration. L’investissement a été mis en œuvre. Les travaux ont commencé. La station sortira de terre au mois de mars prochain et devrait être opérationnelle début juin, au moment, justement, où se terminera la dérogation. »

« On a quand même de la trésorerie pour réaliser ces investissements, assure Bruno Arnoux. Ces éléments pour l’environnement sont des obligations réglementaires. Ils doivent faire partir du package pour le redressement judiciaire. » Contacté, Alteo n’a pas souhaité répondre à nos questions sur ses investissements environnementaux en cours, et leurs avenirs, et justifie ce silence… par la procédure de redressement judiciaire que subit actuellement l’entreprise.