Sète : La guerre aux épaves et aux « corps-morts » est déclarée

ENVIRONNEMENT L’Etat veut préserver la riche flore et faune marine de l’étang de Thau

Jérôme Diesnis

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70% des épaves et corps morts restent à remonter à la surface.
70% des épaves et corps morts restent à remonter à la surface. — Jérôme Diesnis / Agence Maxele Presse
  • L’Etat fait la chasse depuis deux ans aux corps-morts (ces lests envoyés au fond de l’eau pour amarrer les bateaux) et aux épaves.
  • D’abord réticente, la population a accepté l’idée d’utiliser les ports à secs ou de profiter de l’extension des ports mis à leur disposition. Des pratiques plus onéreuses mais plus écologiques.
  • Les procédures sont parfois longues et complexes car il faut retrouver l’identité des propriétaires des épaves avant de la considérer comme déchet et la remonter à la surface.

En deux ans de lutte contre les mouillages sauvages, les échanges entre la population et la préfecture ont pu être houleux. En de nombreux endroits du bassin de Thau, le mouillage illégal des bateaux était interdit depuis 2008. Mais l’arrêté n’a jamais été appliqué. Il a donc fallu faire preuve de pédagogie pour enfin convaincre de son utilité des usagers souvent réfractaires. Parce qu’ils doivent aujourd’hui le plus souvent mettre la main à la poche pour des pratiques autrefois gratuites.

En janvier, les conséquences de la chasse aux épaves et aux « corps-morts », ces bouées reliées à des lests comme de vieux pneus bétonnés ou parfois même des batteries de camions, sont bien visibles. Au Barrou, les épaves ont disparu, tout comme les bateaux qui mouillaient, attachés un peu partout à ces fameux « corps-morts ». Même chose à Balaruc-les-Bains ou Mèze. « C’est un problème écologique majeur, souligne Eliane Rosier, maire de Bouzigues. On ne pouvait plus le laisser perdurer. »

Extension du port à sec

Dans l’écosystème très fragile du bassin de Thau, comme le rappellent régulièrement les interdictions de consommation de coquillages, leur présence est nocive. « Les épaves pour la navigation des plaisanciers et des professionnels avec des hélices ou des filets peuvent se retrouver coincés, détaille Philippe Nuchau, sous-préfet en charge du bassin de Thau. Quant aux "corps-morts", vous n’imaginez pas ce qu’on remonte… »

Les procédures sont complexes. Elles peuvent prendre plusieurs années pour retrouver les propriétaires des épaves. Une obligation légale avant de les considérer comme des déchets et de procéder à leur enlèvement. A Balaruc, l’extraction est compliquée en raison de l’exploitation pétrolière qui a eu lieu pendant de longues années.

Les solutions pour les plaisanciers sont plus onéreuses. Mais plus écologiques : il s’agit de l’extension du port à sec de Sète ou celle du port de Bouzigues (50 anneaux supplémentaires, soit une hausse de 33 % de l’offre) et la fin de l’anarchie à Balaruc. Mais le travail est encore long : le pourcentage des épaves et des « corps-morts » au fond de l’eau restant à remonter à la surface est estimé à 70 %…