Bordeaux : « On fait nos besoins dans de l’eau potable, c’est scandaleux ! », estime une asso qui se lance dans les toilettes sèches

ENVIRONNEMENT L’association bordelaise « la Fumainerie » veut expérimenter un réseau alternatif de toilettes sèches sur la rive gauche de Bordeaux, à partir de ce printemps

Elsa Provenzano

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Deux modèles, l'un low tech et l'autre high- tech de toilettes sèches.
Deux modèles, l'un low tech et l'autre high- tech de toilettes sèches. — J.J. Rouget.
  • Une association bordelaise promeut un réseau de toilettes sèches alternatif au tout-à-l’égout.
  • Elle va expérimenter son dispositif auprès d’une centaine de Bordelais de la rive gauche, à partir du début de mois de mars.
  • Elle a lancé un crowdfunding pour financer la construction de ces WC écologiques.

Le petit coin engloutit de gros volumes d’eau, évalués en moyenne à environ 20 % de la consommation d’eau par foyer. Alors comment arrêter de tirer la chasse en ville pour préserver la ressource ?  L’association bordelaise « la Fumainerie » (le fumain étant le fumier humain) propose de développer un réseau alternatif de toilettes sèches.

Comment est née l’idée d’une alternative au tout-à-l’égout ?

L’idée est partie d’Ambre, un des membres fondateurs de la Fumainerie, qui voulait installer des toilettes sèches chez elle et s’est heurtée à des difficultés logistiques comme le stockage et la valorisation du « compost » produit. L’an dernier, l’association a identifié plus d’une trentaine de foyers bordelais intéressés pour passer des cabinets classiques gourmands en eau à des toilettes sèches et écologiques et elle en cherche encore.

Quels enjeux ?

« On fait nos besoins dans de l’eau potable, c’est scandaleux », souligne Maïlys Horiot, membre de la Fumainerie. Et certains des micropolluants présents dans nos déjections, et non filtrés par les stations d’épuration, se retrouvent dans la Garonne. Créée en février 2019, reprenant le flambeau d’une première association sur le sujet (KK Power), la structure va lancer dès ce printemps une expérimentation de deux ans auprès d’une centaine de Bordelais pour installer à leur domicile des toilettes sèches et proposer une valorisation de leurs « productions ».

Comment l’association va procéder concrètement ?

« On retire les toilettes humides et on les stocke puis on installe des toilettes sèches avec un bac positionné dessous, explique Maïlys Horiot. Il y a plusieurs modèles, certains permettent une séparation entre l’urine et les excréments. »

Les testeurs de toilettes sèches signaleront sur une plateforme leur disponibilité pour que leur bac soit vidé. Le vidangeur des différentes « productions » se déplacera à l’heure convenue à leur domicile, en triporteur et les transportera jusqu’à Mérignac où elles seront stockées.

Plusieurs types de valorisation seront expérimentés après transformation des déjections en fertilisants, en lien avec des partenaires agricoles. De la production d’électricité par la technique de la méthanisation est aussi envisagée.

Comment gérer les odeurs avec ce type de toilettes ?

L’association a prévu de délivrer un « livret de bonne conduite », aux testeurs de toilettes sèches. Parmi les recommandations, de la sciure à chaque passage au petit coin qui permet un premier compostage. Et pour neutraliser l’odeur ammoniaquée de l’urine, « ce qui est le plus odorant » selon Maïlys Horiot, quelques gouttes de vinaigre blanc suffisent.

Comment le projet est-il financé ?

Soutenue par la Métropole, la Région et le Département, la Fumainerie a lancé un crowdfunding visant à rassembler 8.000 euros pour réaliser la construction des toilettes sèches. Chaque foyer pourra fixer le prix qu’il est prêt à verser pour ce type de service. Un vidangeur et un coordonnateur vont être recrutés à mi-temps pour prêter main-forte à la dizaine de bénévoles de la Fumainerie.

Unique en France à l’échelle d’une ville (la rive gauche bordelaise), selon l’association, cette initiative va permettre de défricher le sujet. « On va être attentifs aux effets rebonds dans l’expérimentation, par exemple regarder si les testeurs n’ont pas tendance à rallonger leurs douches une fois équipés de toilettes sèches », précise Maïlys Horiot.

Reste aussi peut-être à voir si les volontaires Bordelais sont prêts à se passer, dans la durée, du confort qui consiste à simplement presser le bouton de la chasse d’eau…

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