Changement climatique : Selon de nouvelles études, la hausse des températures pourrait être plus importante que prévu

CLIMAT Certains scénarios envisagent des hausses de température jusqu’à sept degrés

20 Minutes avec AFP

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Un pompier en train de lutter contre les incendies en Australie (image d'illustration).
Un pompier en train de lutter contre les incendies en Australie (image d'illustration). — SAEED KHAN / AFP

De nouveaux calculs montrent que le CO2 pourrait avoir bien plus d’effet de prévu sur le climat, rendant ainsi hors de portée les objectifs de l’accord de Paris.

D’après ces travaux menés par une demi-douzaine de pays (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Canada…), les émissions de CO2 jusqu’ici associées à un réchauffement de trois degrés pourraient en fait faire monter la température de quatre, voire cinq degrés. A terme, ces nouveaux calculs alimenteront les nouvelles projections des experts du Giec attendues l’an prochain. « Nous avons aujourd’hui de meilleurs modèles, qui représentent plus précisément les tendances climatiques », souligne Olivier Boucher, directeur de l’institut français Pierre Simon Laplace qui, comme tous les chercheurs, bénéficie de l’augmentation des données disponibles et de la puissance de calcul depuis les dernières projections du Giec.

Une question qui a plus d’un siècle

Ces conclusions montrent qu’il « sera évidemment plus difficile d’atteindre les objectifs de Paris, que ce soit 1,5 ou 2 degrés » de réchauffement, fixés en 2015, souligne Mark Zelinka, du Lawrence Livermore National Laboratory de Californie, et auteur principal de la première évaluation de cette nouvelle génération de modèles climatiques, récemment publiée dans la revue Geophysical Research Letters.

Depuis plus d’un siècle, les scientifiques s’attaquent à une question d’apparence simple : si la quantité de CO2 dans l’atmosphère double, de combien se réchauffera la surface terrestre ? Mais définir exactement cette « sensibilité climatique » est difficile, en raison notamment de multiples variables, comme l’influence des océans et forêts et leur rôle de « puits à carbone », captant pour l’heure plus de la moitié des émissions humaines.

Un scénario optimiste hors d’atteinte

Pendant la plupart des 10.000 dernières années, la concentration de CO2 dans l’atmosphère a été d’à peu près 280 parties par million (ppm). Mais sur cette période la population mondiale est passée de quelques millions à 7,6 milliards et les émissions de CO2 ont connu une croissance exponentielle depuis le XIXe siècle et une révolution industrielle carburant aux énergies fossiles, pétrole, gaz et surtout charbon. Résultat, la concentration de CO2 est aujourd’hui de 412 ppm, soit une augmentation de 45 %, dont la moitié dans les 30 dernières années.

Avec un seul degré de réchauffement global mesuré actuellement par rapport à l’ère pré-industrielle, le monde fait face à une recrudescence de phénomènes extrêmes, canicules, sécheresses, inondation ou cyclones. Le Giec a élaboré quatre scénarios, dont le plus ambitieux respecte l’objectif de l’Accord de Paris de contenir le réchauffement « nettement en dessous de deux degrés » mais nécessite de réduire immédiatement les émissions de CO2 d’environ 10 % par an. Le plus pessimiste verrait des parties de la Terre totalement inhabitables à la fin du siècle. La plupart des experts considèrent déjà le premier comme hors d’atteinte, et le dernier peu probable, sauf si la planète se mettait elle-même à rejeter massivement le carbone déjà captif.

De trois à sept degrés d’augmentation

Restent les deux scénarios médians. « Il y a un vif débat dans la communauté de la modélisation climatique », explique Johan Rockstrom, directeur du Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK). « Vous avez 12 ou 13 modèles montrant une sensibilité climatique qui n’est plus à 3 mais à 5 ou 6 degrés pour un doublement du CO2. Ce ne sont pas des exceptions, ce qui est particulièrement inquiétant ».

Sur les 27 nouveaux modèles examinés dans son étude, ce sont également ceux qui reflètent le mieux les évolutions des 75 dernières années, renforçant leur crédibilité. « Il faut les prendre au sérieux, ce sont des modélisations dernier cri, » souligne le chercheur. D’autres modélisations, qui seront prises en compte par le Giec, sont moins pessimistes, même si la plupart dépassent les prévisions de réchauffement jusqu’ici avancées. « Le jury n’a pas encore rendu son verdict, mais c’est inquiétant », résume Johan Rockstrom. « Depuis plus de 30 ans, la sensibilité climatique était évaluée entre 1,5 et 4,5 degrés. Si elle passe à entre 3 et 7 degrés, ce serait extrêmement dangereux ».