Enseignement : Bientôt davantage de climat et de biodiversité dans les programmes du CP au collège ?

EDUCATION Proposer des pistes pour renforcer les enseignements relatifs au changement climatique et à la biodiversité, du CP à la 3e. C’est la mission confiée au Conseil supérieur des programmes (CSP). Il a rendu sa copie et propose d’impliquer toutes les matières

Fabrice Pouliquen

— 

Illustration collège
Illustration collège — MARTIN BUREAU / AFP
  • Saisi cet été par le ministre de l’Education nationale pour réfléchir au renforcement des enseignements relatifs au changement climatique, à la biodiversité et au développement durable, du CP à la 3e, le Conseil supérieur des programmes (CSP) a rendu sa copie le 4 décembre.
  • Non seulement il préconise des enseignements plus précis et plus complets sur ces sujets dans les matières où ils étaient jusque-là abordés (SVT surtout), mais il propose aussi d’impliquer toutes les disciplines, de l’EPS au français. Et dès le CP.
  • Il ne s’agit que de préconisations, loin encore d’être effectives dans les manuels scolaires. Le hic ? Les programmes sont déjà très chargés, rappelle-t-on au Snes-FSU.

 

 

« Au terme de la scolarité obligatoire, un élève doit posséder les connaissances indispensables pour comprendre le réchauffement climatique, la destruction accélérée des écosystèmes naturels, et prendre la mesure des risques qui en découlent pour les sociétés humaines ». La préconisation est celle du Conseil supérieur des programmes (CSP).

Le 20 juin dernier, Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale, avait chargé le CSP de toiletter l’enseignement du climat, de la biodiversité et du développement durable, des petites classes au collège, justifiant cette saisine par l’intérêt grandissant de la jeunesse sur ces sujets.

Aucune ambiguïté dans la note

Le CSP a rendu sa copie le 4 décembre dernier. Elle est passée relativement inaperçue. « Le lendemain commençait le mouvement de grève sur la réforme des retraites », rappelle Souâd Ayada, présidente du CSP. Il n’empêche, le dossier est sensible et cette meilleure prise en compte des enjeux climat et biodiversité dans les programmes scolaires est demandée de longue date par de nombreux scientifiques en France. A commencer par la paléoclimatologue et présidente du Giec, Valérie Masson-Delmotte, co-signataire d’un appel en ce sens, le 15 décembre 2018 sur Médiapart.

Cette note balaie déjà toute ambiguïté, en précisant que « le changement climatique est un fait scientifiquement établi et il prend aujourd’hui la forme d’un réchauffement climatique accéléré » ou encore que « la biodiversité […] diminue, notamment du fait de l’artificialisation des espaces naturels et agricoles ». Fallait-il en douter ? C’est que, pour ce travail, le CSP a auditionné 23 personnalités (scientifiques, professeurs, inspecteur de l’éducation), dont le physicien François Gervais et le géophysicien Vincent Courtillot, climatosceptiques. A la polémique, le CSP avait répondu en mettant en avant sa volonté d’écouter une pluralité d’opinions. « Il n’y a, au final, aucune notion de scepticisme dans cette note », se félicite Mathilde Tricoire, responsable pédagogique à l' Office for climate education (OCE), fondation qui promeut l’éducation au changement climatique.

« Déjà du mieux au lycée, encore trop limité du CP à la 3e »

Mathilde Tricoire décrit même cette note comme « très intéressante » sur de nombreux points. Le CSP ne partait pas d’une feuille blanche. « La sensibilisation des élèves à l’environnement est une préoccupation ancienne qui remonte à 1977 », insiste Souâd Ayada. Elle distingue deux approches dans la façon dont elle est mise en œuvre. « La première englobe toutes les projets mis en place dans les établissements, qui ne sont pas directement intégrés aux matières, mais participent à la sensibilisation au développement durable, commence-t-elle. Ce sont les encouragements au tri, les sorties nature, les créations de potagers, les élections d’éco-délégués depuis la rentrée 2019. »

La deuxième approche porte sur les éléments de connaissance dans les enseignements. On en vient alors au programme scolaire à proprement dit. « La refonte récente des programmes de lycée [en vigueur depuis septembre pour la 2de et la 1re, et à partir de la rentrée prochaine pour la terminale] intègre davantage de notions scientifiques autour du climat et à un niveau plutôt poussé, commence Mathilde Tricoire. En revanche, ces notions restent encore très limitées du CP à la 3e. Quelques points sont abordés en cycle 4, c’est-à-dire de la 5e à la 3e. Surtout en SVT, un petit peu en géographie et en physique-chimie. »

« Ne plus en faire, uniquement, une affaire de sciences »

Le CSP préconise des enseignements plus explicites, plus précis et plus complets sur ces sujets. « En physique-chimie, au collège, les élèves étudieraient par exemple l’acidification des océans et aborderaient la notion de gaz à effet de serre, ou encore les énergies renouvelables, ce qui est très peu le cas aujourd’hui », illustre Mathilde Tricoire.

Surtout, le CSP propose de décloisonner les enseignements relatifs au changement climatique, à la biodiversité et au développement durable. « Ne plus en faire, uniquement, une affaire de sciences, résume Souâd Ayada. Du CP à la 3e, il faut que toutes les matières aient leur part à jouer dans la sensibilisation des élèves, de l’EPS au français en passant par les mathématiques ou les arts. »

« En EPS, par exemple, il s’agirait de valoriser les activités physiques dans la nature, illustre Mathilde Tricoire. En français, on peut aussi imaginer faire travailler les élèves sur des écrits qui valoriseront l’observation de l’environnement. Voire, pourquoi pas, s’essayer aux récits de science-fiction, sur le futur. »

Encourager et aider les professeurs à se saisir de ces thématiques

C’est ce que font et valorisent déjà de nombreux établissements, précise Fabrice Rabat, professeur de SVT dans le Morbihan et membre du groupe SVT du syndicat Snes-FSU. Ce que ne nie pas Souâd Ayada. « Mais l’idée de cette note est d’encourager plus fortement les professeurs à s’emparer de ces thématiques et de les aider à le faire », précise-t-elle.

C’est l’objet des cinq fils verts – l’air, l’eau, le feu, la terre et la vie – que propose le CSP dans sa note, comme « des narratifs susceptibles de devenir communs aux professeurs de tous les enseignements dispensés à l’école et au collège ». Pour chacun de ces fils, le CSP détaille des pistes d’intégration possibles dans les programmes, adaptés aux différents âges.

« Des programmes déjà très chargés »

Fabrice Rabat n’est pas contre le fait de renforcer les enseignements. « Mais la question est de savoir comment leur faire davantage de place alors que les programmes déjà très chargés, indique-t-il. En SVT, par exemple, il faudra alors sans doute réduire la partie sur la reproduction ou la vaccination. Or, ces sujets sont aussi importants. »

Souâd Ayada reconnaît que l’équation est complexe, mais cela ne doit pas justifier l’inertie. « Il faudra trouver cet équilibre qui permettra le nécessaire renforcement de l’enseignement du changement climatique, de la biodiversité et du développement durable dans les programmes sans négliger les autres enseignements », précise-t-elle. C’est ce qui reste à faire. Le CSP n’a pour l’instant que soumis un projet de programme. Il faut encore le soumettre à l’avis du Conseil supérieur de l’éducation (CSE), puis le faire adopter définitivement par le ministre, avant la publication au Journal officiel et sa mise en place dans les établissements.

Pas avant la rentrée 2021 ?

Aucune date n’est pour l’instant annoncée concernant la suite du processus. « Ça ne devrait pas être tout de suite, tant l’actualité est chargée en ce moment pour le ministère de l’Education nationale », prédit Fabrice Rabat, qui fait référence à la réforme des retraites. « Il est très peu probable que ces renforcements entrent en vigueur avant la rentrée 2021 », glisse aussi Mathilde Tricoire.