Les robots seront-ils conçus à l'avenir à partir d'animaux ?

FRANKENSTEIN Des robots vivants viennent d’être créés à partir de cellules animales

Jean-Loup Delmas

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Des robots conçus à partir de cellules de grenouilles viennent d'être conçus
Des robots conçus à partir de cellules de grenouilles viennent d'être conçus — Pixabay
  • D’étranges robots vivants ont été récemment créés à partir de cellules de grenouilles et remplissent les tâches pour lesquelles ils ont été conçus.
  • Cette avancée scientifique interroge sur les avancées futures. 2050 sera-t-il composé de machines issues du vivant ?
  • Si les utilités de telles créations sont multiples, de nombreuses limites demeurent pour le moment.

Les machines de demain seront-elles toujours composées de matériaux ou bien verrons-nous bientôt des robots​ issus de matières organique et animale ? La seconde solution, étudiée depuis longtemps, s’est un peu plus ancrée dans le réel depuis la publication lundi d’une étude repérée par nos collègues de L'Obs autour de machines conçues à partir de cellules de grenouille. Les chercheurs auteurs de l’opération, issus des universités du Massachusetts et du Vermont, s’enthousiasment même dans un communiqué d’une « nouvelle forme de vie. Ils ne sont pas un robot traditionnel ni une espèce connue d’animal. C’est une nouvelle catégorie d’artefact : un organisme vivant et programmable »

Mesurant quelques millimètres, ces organismes « vivants » remplissent uniquement des tâches basiques (pousser des objets ou se régénérer par exemple) pour lesquelles ils ont été programmés grâce à l’assemblage précis des dites-cellules. Ils sont même « capables de se déplacer de façon cohérente et d’explorer leur environnement aquatique pendant des jours ou des semaines », précise le communiqué.

Le futur sera mou

Le champ des possibles qui vient de s’ouvrir est immense. Dans un communiqué, l’équipe de chercheurs cite notamment : « De nombreuses applications pour ces robots vivants : détecter des matériaux dangereux ou radioactifs, récupérer les microplastiques présents dans les océans ou encore voyager à l’intérieur du corps humain afin de nettoyer les artères. »

Olivier Goury, chercheur en robo­­tique défor­­mable à l’Inria (Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique), travaille pour l’instant sur les robots « mous », notamment en silicone. Matière animale ou « molle », l’avantage premier reste le même : « Pouvoir facilement se faufiler dans le corps humain sans risquer de l’endommager », cite-il.

« Face à la nature, on ne peut pas rivaliser »

Bref, oublier le dur, l’avenir est aux matières malléables. Et si Olivier Goury voit avant tout la matière animale comme une alternative au silicone dans ces domaines pratiques, il reconnaît l’éventuelle supériorité de l’organique : « La matière peut se reconstruire et être bien plus autonome. Si un de nos robots en silicone est cassé, il est fini. L’organique, lui, peut se régénérer. De toute façon, face à la nature, on ne peut pas rivaliser, c’est la meilleure "matière". »

Pas un hasard d’ailleurs si même les robots mous de l’Inria s’inspirent d’animaux ou de plantes : « Souvent, ce qu’on trouve dans la nature est optimal, fruit de millions d’années d’évolution. On essaie juste de copier. » Il cite notamment les robots tentaculaires comme des poulpes ou certaines machines pouvant détacher des parties d’elles-mêmes comme le font les vers de terre.

Ethique et nuances

Vous l’aurez compris, l’organique, c’est fantastique. Mais pas sûr que notre futur soit remplis de robots vivants pour autant. Après les louanges, Olivier Goury passe aux nuances. « Pour l’instant, les applications sont tout de même extrêmement élémentaires », reconnaît-il. Les robots issus des grenouilles ne peuvent ainsi que se déplacer, tourner en rond ou pousser de minuscules objets. Loin des capacités actuelles des robots en silicone, et s’il est possible que les tâches se complexifient à l’avenir, tout cela reste pour le moment théorique.

Sans parler des évidentes questions éthiques que pose la création d’animaux-mécaniques. Dans le communiqué, les chercheurs s’en vantent presque : « C’est 100 % de l’ADN de la grenouille, mais ce ne sont pas des grenouilles. On se demande alors qu’est-ce que ces cellules sont capables de construire d’autre ? » Olivier Goury se montre plus prudent : « On ne sait pas ce que ça peut donner ni les questions que cela soulève. Avant, on copiait la nature. Maintenant, on la remodèle. C’est une sacrée différence. »