Nausicaa permet de lever une partie du mystère entourant le requin-baleine

FAUNE Le plus grand requin du monde est aussi uh des plus méconnus. Il a fait l’objet de plusieurs campagnes de photo-identification, dont la dernière vient de se terminer

Mikaël Libert

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Une balise posée en janvier 2020 sur un requin baleine à Djibouti.
Une balise posée en janvier 2020 sur un requin baleine à Djibouti. — Nauscaa
  • Troisième campagne de photo-identification de requins-baleines à Djibouti.
  • Quatre balises ont été posées par l’association Megaptera et le Centre national de la mer de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) Nausicaa.
  • Les campagnes précédentes ont permis de lever une partie du voile sur ce mystérieux poisson.

Chacun sait ce qu’est un requin-baleine. Paradoxalement, les scientifiques ne possèdent que très peu d’informations sur le mode de vie de cet impressionnant animal qui peut atteindre près de 15 m de long à l’âge adulte. C’est pour combler ce manque que, depuis 2016, l’association Megaptera et le Centre national de la mer de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) Nausicaa mènent des campagnes de photo-identification de ces poissons géants au large de Djibouti, en Afrique.

Ludwig Coulier, biologiste à Nausicaa, est rentré samedi d’une mission d’une semaine sur la corne de l’Afrique, dans le golfe de Tadjourah. C’est le troisième voyage de ce type qu’il a effectué au cours des quatre dernières années. A 45 ans, entouré de membres de l’association Megaptera et de personnel local, il a participé à la pose de quatre balises sur de « jeunes » requins-baleines. « Ce sont des poissons qui remontent régulièrement en surface pour se nourrir, nous pouvons donc les approcher assez facilement en apnée sans matériel spécifique », explique-t-il. La tâche n’est toutefois pas aisée puisqu’elle se réalise tout de même entre 3 et 4 mètres de profondeur et que la balise doit être placée sur la nageoire dorsale du requin.

« On n’a jamais vu de très jeunes requins-baleines »

Les émetteurs utilisés cette fois-ci ont une autonomie de 300 jours et fourniront des informations sur la température de l’eau et les déplacements des individus identifiés. « On sait qu’entre novembre et février, il y a à cet endroit une concentration de requins-baleines juvéniles, c’est-à-dire âgés de 10 à 15 ans. Ce que l’on veut comprendre, c’est pourquoi ils viennent ici à cette période et pourquoi d’une année sur l’autre on ne revoit jamais les mêmes individus », poursuit le biologiste.

Il y a de nombreuses inconnues autour de ce géant des mers qui commencent à être levées grâce aux missions précédentes. « On ne sait pas vraiment où et comment ils se reproduisent et l’on n’a jamais vu de très jeunes requins-baleines. La campagne de 2017 nous a permis de suivre un requin depuis le golfe de Tadjourah jusqu’à Madagascar où l’on retrouve une population importante et plus âgée. L’hypothèse est que les conditions pour la reproduction sont réunies à cet endroit », selon Ludwig Coulier.

Une espèce « particulièrement sensible aux microparticules de plastique »

Les missions successives ont aussi débouché sur des constats moins enthousiasmants. « 40 % des requins sont menacés de disparition, y compris le requin-baleine. Il y a la pêche pour les ailerons, mais aussi la pollution du milieu marin. Le requin-baleine filtre l’eau pour se nourrir, il est donc particulièrement sensible aux microparticules de plastique », déplore le scientifique.

Il y a une quinzaine d’années, quand Ludwig Coulier se rendait à Djibouti, il pouvait observer jusqu’à une trentaine de requins-baleines différents. La semaine dernière, il n’en a vu que huit. « On ne sait pas s’il y a une vraie baisse de la population ou s’ils se rendent de moins en moins dans cette zone. Il y a encore beaucoup de paramètres inconnus que nous découvrirons peut-être grâce à la dernière campagne. »