Un orang-outan ou une tique ? Une étude montre quels animaux on a le plus (et le moins) envie de sauver

RECHERCHE L’orang-outan est, par exemple, l’une des espèces pour lesquelles les humains éprouvent le plus de compassion

Nicolas Bonzom

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Un orang-outan
Un orang-outan — Horvat Frank / Sipa
  • Une étude, menée par des chercheurs de Paris et de Montpellier, montre pour quels espèces les humains éprouvent le plus (et le moins) de compassion et d'empathie.
  • Si les tiques n'ont pas la cote, les grands singes sont ceux qui nous touchent le plus.

 

La nature humaine est cruelle : le sort de certains animaux nous touche plus que d’autres. Une drôle d’étude, menée par des chercheurs de Paris et de Montpellier, s’est intéressée à ce troublant phénomène. Aurélien Mirallès et Guillaume Lecointre, du Museum d’histoire naturelle de Paris, et Michel Raymond, de l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier, ont établi une cartographie, publiée dans la revue Nature (lire ici), qui classe les espèces selon la tendresse que leur portent les humains.

Les chercheurs ont soumis 3.500 internautes à un exercice sans pitié, durant lequel des paires de photographies d’organismes vivants, animaux ou végétaux, étaient tirées au hasard. A chaque fois, ils devaient choisir où allait leur préférence entre un gorille et un scarabée, un lémurien et une araignée ou une anémone de mer et un crapaud. Les chercheurs ont pu définir grâce aux résultats obtenus le degré d’empathie, c’est-à-dire la compréhension des émotions de l’autre, et la compassion, la capacité à comprendre la détresse et à vouloir y remédier, que les sujets éprouvent vis-à-vis des espèces.

Les tiques, ce n’est pas fantastique

Et désolé les tiques, mais vous n’avez pas (du tout) la cote : ces petits acariens qui se nourrissent de sang sont les animaux pour lesquels les humains ont le moins de compassion. « Le tique, ce n’est pas simplement que l’on y est indifférent, c’est carrément qu’on le déteste, on souhaite presque sa mort », analyse Aurélien Mirallès.

Le cactus, le champignon ou la méduse figurent aussi, sans trop de surprise, parmi les organismes que les humains ont le moins envie de sauver. Sur l’échelle de l’empathie, les personnes qui ont contribué à cette étude ont eu du mal à comprendre, sans suspens là encore, les émotions de l’algue marine ou de la coquille Saint-Jacques.

Plus les espèces sont éloignées de nous, moins leur sort nous interpelle

A l’inverse, « l’orang-outan est l’espèce qui a le score le plus élevé dans les deux domaines », reprend le chercheur. Derrière ce grand singe, on retrouve dans le classement des « animaux préférés » le chimpanzé ou le gorille. « Ce sont des espèces qui nous sont apparentées, nous les percevons de façon inconsciente comme un peu humains, nous avons des comportements positifs envers eux », note Aurélien Mirallès.

Ainsi, plus les êtres vivants sont éloignés de nous dans l’arbre de l’évolution, moins leur sort nous interpelle. Un peu plus bas dans le classement, on retrouve les ours, les renards ou les bélugas. « En Europe, une étude allemande a récemment montré que les populations d’insectes ont chuté, c’est véritablement catastrophique, et pourtant cela nous émeut moins, car ce sont des organismes pour lesquels nous n’avons ni empathie ni compassion », note le chercheur. En revanche, les photos de koalas en détresse, qui pullulent sur les réseaux sociaux, font affluer les dons pour l’Australie. « Les koalas n’ont pourtant pas un score si élevé que ça, précise Aurélien Mirallès. Ils sont logiquement là où ils devaient se trouver. » Ah oui, l’humain a aussi été testé : les personnes interrogées ont indiqué avoir moins d’empathie pour l’homme que pour les orangs-outans.