Climat : A mi-mandat, Emmanuel Macron « n’a toujours pas mis les moyens pour redresser la barre »

BILAN Avant le discours d’Emmanuel Macron, ce vendredi, vers 18h30, devant la Convention citoyenne pour le climat, le Réseau action climat ouvre les hostilités en présentant un bilan peu reluisant de la politique climatique d’Emmanuel Macron à mi-mandat

Fabrice Pouliquen

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Emmanuel Macron lors de son discours au sommet sur le climat de l'ONU, à New York, le 23 septembre 2019.
Emmanuel Macron lors de son discours au sommet sur le climat de l'ONU, à New York, le 23 septembre 2019. — Craig Ruttle/AP/SIPA
  • Emmanuel Macron prendra la parole ce vendredi, à 18h30, devant les 150 citoyens tirés au sort de la convention citoyenne pour le climat, au Conseil économique, social et environnemental (Cese), leur camp de base.
  • L’occasion d’un nouveau discours emballé sur le climat, une thématique qu’aime aborder le président de la République ? Les ONG du Réseau action climat le craignent et mettent en garde contre le grand écart qu’il y a entre les discours et les petits pas, sur le terrain.
  • Ces associations ont d’ailleurs ouvert les hostilités ce vendredi matin, en dressant leur bilan des actions climatiques entrepris par Emmanuel Macron depuis le début de son quinquennat.

Que dira Emmanuel Macron, ce vendredi soir, au Conseil économique, social et environnemental (Cese) ce vendredi soir ? Le président de la République doit s’exprimer à 18h30 devant les 150 membres tirés au sort de la convention citoyenne pour le climat. Lancée en octobre, cette expérience de démocratie inédite, a pour mission de proposer des solutions pour baisser de 40 % nos émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030.

Au Cese, son camp de base, la convention entame ce vendredi son quatrième week-end de travail. Ses conclusions sont attendues courant avril. Elles seront soumises « sans filtre » à référendum ou au vote du Parlement, s’est engagé Emmanuel Macron qui a fait de cette convention l’une de ses réponses à la crise des gilets jaunes.

« Un grand écart entre discours et petits pas »

Viendra-t-il les encourager ce vendredi soir ? Ou dresser devant eux le bilan « environnemental » à mi-mandat de son quinquennat ? Le Réseau action climat (RAC), une fédération de 22 associations environnementales, craignent en tout cas que « cette nouvelle prise de parole sur les enjeux environnementaux soit dans la lignée des précédentes ». « Une opération de communication où l’on se gargarise de petites avancées, de petites mesures, fustige Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France. « Du " make our planet great again ", ajoute Cécile Duflot, directrice d' Oxfam France qui dénonce « une duplicité dangereuse ». « Ces belles paroles donnent l’illusion de l’action. En réalité, les contradictions sont nombreuses entre les engagements et les actes », poursuit-elle.

Alors, le RAC a lancé la première salve, ce vendredi matin, en présentant son rapport des deux années et demie d’actions d’Emmanuel Macron sur le climat.

« Des occasions manquées »

Les ONG pointent déjà les dépassements chaque année des budgets carbone [des plafonds d’émissions de gaz à effet de serre] que la France s’est fixée dans la loi, secteur par secteur, pour être dans les clous de l’accord de Paris sur le climat. « Ils ont été dépassé de +4,5 % en 2018, indique Morgane Créach, directrice du RAC. Le rapport cite en particulier le secteur des transports comme le mauvais élève. Les voitures neuves émettaient davantage de CO2 en 2018 qu’en 2016 et le transport routier de marchandises a progressé au détriment du fret ferroviaire et du fluvial », pointent les associations.

« Le gouvernement a eu l’occasion à maintes reprises de rectifier le tir via les grandes lois qu’il a entrepris, reprend Morgane Créach. C’est la loi sur l’orientation des mobilités, la loi Egalim, la loi climat énergie… Ou encore la dernière loi de finances votée en décembre dernier. Si elles comprennent des avancées, elles restent à nos yeux autant de rendez-vous manqués car elles ne prennent pas les mesures qui s’imposent aujourd’hui. »

« L’exemple flagrant de l’huile de palme »

Mais il y a pire pour les associations du RAC. Elles dénoncent aussi le décalage qu’il y a, parfois, entre l’élan pour le climat et la nature que tente d’insuffler Emmanuel Macron sur la scène internationale et les politiques menées à domicile. Pour Véronique Andrieux, directrice générale du WWF France, un exemple frappant est celui de l’huile de palme. Utilisée dans l’agroalimentaire et comme biocarburant, la demande mondiale pour cette huile peu chère explose, poussant à des déforestations massives là où la production se concentre. Essentiellement en Indonésie et en Malaisie. « La France a une position ambitieuse sur la scène européenne, où elle pousse pour que soit discutée une réglementation contraignante sur la déforestation importée, indique Véronique Andrieux. Elle est aussi l’un des rares pays à avoir adopté une stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée qui intègre non seulement les impacts sur la déforestation, mais aussi la protection des écosystèmes naturels. »

Seulement, cette SNDI est à l’arrêt depuis un an, regrette Véronique Andrieux. « Surtout, parallèlement, le gouvernement fait son maximum pour éviter que soit supprimé l’avantage fiscal dont bénéficie l’huile de palme pour les agrocarburants, alors même que cette suppression a été votée par le parlement. » La directrice de WWF rappelle ainsi la cacophonie de novembre dernier, lorsqu’en plein examen du budget 2020, les députés avaient voté un report à 2026 de l’effacement de l’huile de palme sur la liste des biocarburants qui bénéficient d’un régime fiscal favorable. Face au tollé suscité par ce report, l’Assemblée avait fait marche arrière le lendemain, contre l’avis du gouvernement. « On s’attendait donc à ce que l’huile de palme soit sortie des biocarburants au 1er janvier 2020, reprend Véronique Andrieux. Dans les faits, ce n’est toujours pas le cas. Le 18 décembre, nous avons appris que le gouvernement pousse, en sous-main, pour la publication d’un arrêté qui modifierait la définition de l’huile de palme. Ceci afin que les acides gras de palme restent éligibles à l’exonération fiscale. »

Pas que la France ?

Pour le RAC, c’est alors le signe que le gouvernement privilégie les intérêts d’une grande entreprise au détriment de l’intérêt commun. Et par grande entreprise, ils entendent ici Total qui importe de l’huile de palme pour la bioraffinerie de la Mède [Bouches-du-Rhône] pour en faire du biodiesel.

Un constat qui inquiète ces ONG au moment où s’ouvre une nouvelle décennie qui sera décisive dans lutte contre le changement climatique. Jean-François Julliard n’épingle pas d’ailleurs que la France. « On pourrait dresser ce même bilan négatif pour la grande majorité des pays aujourd’hui, note-t-il. Or, s’il n’y a pas une remise en cause sérieuse de nos modèles de société aujourd’hui, si on ne s’attaque pas à des transformations en profondeur de notre modèle économique, nos modes de productions et de consommations, nous ne parviendrons pas à enrayer cette crise climatique mondiale. »